Rédacteur : Jean Terrisse
En situations primaires, l'habitat existe sur les hauts schorres des fonds de baies dans la zone atteinte seulement par les hautes mers de vives eaux (coefficients de l'ordre de 90-100), sous la forme d'une frange plus ou moins large. En situations secondaires, dans les marais endigués, ses occurrences sont plus variables : linéaires le long des étiers ou en bordure de bassins salicoles ou conchylicoles récemment abandonnés ou encore exploités mais à gestion des rives peu intensive, voire peuplements spatiaux colonisant la totalité d'un ancien bassin lorsque l'hydraulique permet encore des arrivées occasionnelles d'eau marine. Le substrat est assez variable : généralement vaseux à sablo-vaseux, parfois enrichi en débris coquilliers (notamment dans les situations secondaires) ou en débris organiques grâce aux laisses de mer déposées par les grandes marées (situations primaires), il présente en général des périodes de dessication marquée en été. Physionomiquement, il s'agit de fourrés bas à moyens (50cm à 150cm), dominés, selon les faciès, par l'une ou l'autre de 2 Chénopodiacées sous-frutescentes et crassulescentes :
En Poitou-Charentes, l'habitat est représenté par 2 communautés végétales distinctes :
PVF 2004
SALICORNIETEA FRUTICOSAE Br. Bl. & Tüxen 1943
SALICORNIETALIA FRUTICOSAE Br. Bl. 1933
COR 1991
Directive Habitats 1992 et Cahiers d'habitats
Sa structure et ses espèces ligneuses dominantes permettent en général d'éviter toute confusion. Une variété couchée de Sarcocornia fruticosa ressemble toutefois beaucoup à Sarcocornia perennis : la position le long du gradient topographique du pré salé, les espèces compagnes et, le cas échéant, l'observation des graines (tuberculeuses chez S.fruticosa, pubescentes chez S.perennis) permettent en général de trancher sur l'identité de l'habitat.
Des situations intermédiaires, d'interprétation délicate, semblent exister entre la communauté à Soude arbrisseau et Agropyre piquant et la prairie glauque à Agropyre piquant (habitat 15.3) : la dominance de l'un ou l'autre des types biologiques - chaméphyte ligneux dans le premier, géophyte à rhizome dans le second - est alors un bon guide pour trancher, de même que la présence d'espèces compagnes différentielles.
La dynamique naturelle interne de l'habitat est très faible du fait des fortes contraintes écologiques ; les liens observés entre les différentes communautés du schorre sont donc plus de l'ordre du simple contact spatial que l'indice d'une possible dynamique.
| Elymus pycnanthus, Sarcocornia fruticosa, Suaeda vera |
| Halimione portulacoides, Puccinellia maritima, Sarcocornia perennis |
| Carduelis cannabina, Luscinia svecica namnetum |
![]() | Epacromius tergestinus |
La communauté à Puccinellie maritime et Salicorne ligneuse est inscrite au Livre Rouge des Phytocénoses terrestres du littoral français (catégorie UICN : « Vulnérable ») et considérée comme « en régression par les aménagements de salines et de bassins ostréicoles ». L'habitat - dans son ensemble - est considéré comme menacé en Europe et figure à l'Annexe I de la Directive 92/43/CEE dite « Directive Habitats ». Sur le plan botanique, aucune espèce de forte valeur patrimoniale n'est connue régionalement au sein de l'habitat.
La communauté à Puccinellie maritime et Salicorne ligneuse nécessite pour son développement l'existence de longues séquences d'atterrissement de prés salés qui permettent la pleine expression du gradient décroissant de submersion par les eaux marines. De telles séquences sont devenues rares sur le littoral de Charente-Maritime où la partie supérieure des séries est généralement tronquée par l'existence de digues. La communauté se retrouve également dans les marais aménagés mais est alors souvent réduite à un mince linéaire le long de certains bassins et, en général, avec une composition floristique moins typique. Dans certains cas exceptionnels toutefois d'abandon de marais aménagés, ni trop récent ni trop ancien, le PUCCINELLIO-SALICORNIETUM FRUTICOSAE peut couvrir la totalité du fond de certains bassins : il s'agit cependant d'une situation éphémère, condamnée à évoluer en quelques décennies vers des habitats plus « continentalisés » avec la ruine du réseau hydraulique, la cessation des arrivées d'eau marine et l'influence des eaux de pluie collectées par le bassin. La communauté à Soude arbrisseau et Agropyre piquant ne semble en revanche pas directement menacée : elle s'adapte bien aux modifications d'habitats et s'implante facilement dans les marais aménagés, à condition toutefois que l'entretien ne soit pas trop « sévère ».
Habitat présent potentiellement sur l'ensemble de la frange littorale de Charente-Maritime et de ses îles. La communauté primaire à Salicorne ligneuse n'existe toutefois que dans certains sites privilégiés, surtout insulaires, où les séquences ne sont pas tronquées par l'endiguement :
17 : baie de Bonne Anse, pointe sud de l'île d'Oléron, Fier d'Ars (île de Ré)