Forêts de pin maritime

Rédacteur : Guy Chézeau

Physionomie – écologie

La forêt de Pin maritime et Chêne vert correspond à une formation mixte qui se développe au niveau de la dune boisée sur une bonne partie du littoral centre atlantique où elle constitue un habitat endémique. On observe là le résultat d’une gestion forestière ancienne sur des sables d’origine marine modelés par le vent en dunes ayant souvent de fortes teneurs en calcaire (sables coquilliers) et fixés par les plantations.

Les forestiers y ont favorisé une espèce pionnière, le Pin maritime Pinus pinaster au détriment du Chêne vert Quercus ilex, espèce climacique. La bordure maritime est parfois occupée par une chênaie verte pure, le chêne présentant une meilleure résistance aux embruns. Le chêne se développe volontiers sous le couvert bien éclairé du boisement de pins maritimes. Le pin, espèce héliophile disparaît par contre en sous bois de chêne vert.

L’importance variable de l’une ou l’autre espèce favorise selon les cas le développement en sous bois d’espèces fortement héliophiles (daphné, cistes, troène, clématites en sous bois de pin) ou au contraire plus ou moins sciaphiles (fragon petit houx, chèvrefeuille des bois, lierre, en sous bois de Chêne vert). La flore herbacée est riche en Orchidées (Céphalanthère rouge Cephalanthera rubra, Céphalanthère à feuilles en épée Cephalanthera longifolia, Epipactis à fleurs pendantes Epipactis phyllanthes, Platanthère à fleurs verdâtres Platanthera chlorantha). Un parasite, le Monotrope sucepin Monotropa hypopitys, peut également y être observé. S’y ajoutent un peu partout des espèces nitrophiles ou liées au piétinement qui témoignent d’une importante fréquentation humaine liée à l’explosion d’activités ludiques dites « vertes » (Centaurée rude Centaurea aspera et Queue de lièvre Lagurus ovatus indiquée rare par les botanistes du XIXème siècle). Les espèces de lisière pénètrent plus ou moins profondément en suivant les allées forestières (Clématite flamme Clematis flammula, Chèvrefeuille des bois Lonicera periclymenum…)

La forêt de Pin maritime des Landes correspond à une formation en grande partie artificielle liée à la plantation de résineux pour une production rapide de bois sur des terrains privés (à 99% selon le CRPF) sur une superficie de 29000 ha sur le sud de la Charente Maritime et le sud ouest de la Charente. Toujours selon le CRPF (Centre Régional de la Propriété Forestière) le Pin maritime occupe 65% des boisements sur un territoire boisé à plus de 47 %. Il y a là une politique forestière qui a consisté à privilégier de manière très importante une espèce, le Pin maritime, dont l’indigénat sur le secteur est considéré comme vraisemblable. Ces boisements ont été favorisés sur des sols acides (pH voisin de 5) correspondants aux sables argilo-sableux du Tertiaire. Ces sols toujours ingrats, souvent hydromorphes, ont donné lieu à une forte et ancienne déprise agricole. Cette culture mono spécifique du pin a été remise en cause par les techniciens avec quelques difficultés sans attendre les importants dégâts occasionnés par les récents ouragans (décembre 1999) qui ont mis à mal ces plantations fragiles parce qu’équiennes.

Le sous bois peut se trouver totalement absent dans les plantations très jeunes n’ayant pas encore subi de dépressage. En futaie régulière, apparaissent les espèces du fourré acidiphile et en futaie claire les espèces climaciques avec le châtaignier, le chêne pédonculé ou le chêne tauzin.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

  • QUERCETEA ILICIS Br.-Bl., Roussine & Nègre 1952
    • Querco ilicis-Pinenion maritimi Géhu &Géhu-Franck
      • Association : Pino pinastri-Quercetum ilicis

COR 1991

  • 42.811 : forêts de Pins et de Chênes verts des Charentes
  • 42.813 Plantations de Pins maritimes des Landes

Directive habitat et Cahiers d’habitats

  • 2180 Dunes boisées littorales thermo–atlantiques à chêne vert

Confusions possibles

Aucune confusion n’est possible pour ce qui est de l’habitat type de Pin maritime et Chêne vert sur le littoral et encore moins pour la
plantation mono spécifique artificielle de pin maritime des landes.

Dynamique

La forêt dunaire peut être soumise à une dynamique naturelle sur sa façade littorale.

La gestion forestière peut entraîner une forte dynamique du pin au détriment du chêne.

Espèces indicatrices

[plante2] *Arbutus unedo, Cephalanthera longifolia, Cephalanthera rubra, *Cistus monspeliensis, Daphne gnidium, *Epipactis phyllantes, Juniperus communis, Monotropa hypopitys, *Osyris alba, Pinus pinaster, *Phillyrea angustifolia, Quercus ilex, Rubia peregrina
[plante1] Anthoxanthum odoratum, Calluna vulgaris, Erica ciliaris, Genista tinctoria, Lobelia urens, Molinia caerulea, Pteridium aquilinum
[oiseaux] Caprimulgus europaeus, Dendrocopos major, Loxia curvirostra, Parus cristatus,
[coleopteres] Calosoma sycophanta, Ergastes faber, Nalanda fulgicollis
[lepidopteres] Bupalus piniara, Clavistega sylvestrana, Dendrolimus pini, Hyloicus pinastri, Petrophora chlorosata, Thaumatopea pityocampa, Thera sp.
[orthopteres] Cyrtaspis scutata, Ephippiger ephippiger, Leptophyes punctatissima, Oecanthus pellucens, Meconema meridionale, Pholidoptera griseoaptera
[champignons] Agaricus silvaticus, Antrodia serialis, Auriscalpium vulgare (sur cônes de pin), Cantharellus lutescens, Cortinarius cedretorum, Dacrymyces variisporus, Gomphidius glutinosus (sous épicéa), Gomphidius roseus (sous pin), Gomphidius rutilus (sous pin), Hydnellum ferrugineum, Hygrophoropsis aurantiaca, Hygrophorus latitabundus, Hypholoma capnoides, Lactarius deliciosus,Lactarius deterrimus (sous épicéa), Lactarius sanguifluus, Lactarius semisanguifluus, Leucocortinarius bulbiger (sous cèdre), Mycena seynesii (sur cônes de pin), Phaeolus schweinitzii, Phellinus pini, Pseudohydnum gelatinosum, Ramaria abietina, Ramaria fennica (sous épicéa), Ramaria gracilis, Ramaria ochraceovirens, Russula amara, Russula drimeia, Russula queletii, Russula sanguinaria, Russula torulosa, Sparassis crispa, Strobilurus esculentus (sous épicéa), Strobilurus tenacellus (sous pin), Suillus bellini, Suillus bovinus (sous pin), Suillus collinitus (sous pin), Suillus granulatus (sous pin), Suillus grevillei (sous mélèze), Suillus luteus, Suillus placidus (sous pin à 5 aiguilles), Trichaptum abietinum, Trichaptum hollii, Tricholoma auratum, Tricholoma equestre, Tricholoma myomyces, Tricholoma terreum, Tricholomopsis rutilans
[lichens] Chaenotheca ferruginea, Imshaugia aleurites

Valeur biologique

La forêt littorale de pin maritime et chêne vert constitue un habitat endémique du Poitou-Charentes (il déborde sur le sud de la Vendée ainsi que sur le nord du Médoc), ceci lui confèrant une valeur biologique de premier plan. Elle peut héberger localement des espèces végétales ou animales possédant une valeur patrimoniale comme la pirole Pyrola chlorantha ou le raisin d’ours Arctostaphyllos uva-ursi en Oléron ou des espèces à caractère méditerranéen comme les cistes.

L’ourlet à Garance et Ciste à feuilles de sauge, constitué d’un mélange d’espèces méditerranéennes et atlantiques, constitue une association originale, le RUBIO PEREGRINAE – CISTETUM SALVIFOLIAE.

Ce milieu possède une valeur paysagère autant que sociale de grande importance ce qui a amené l’Office National des Forêts à pratiquer une politique de communication suite au dépérissement du Pin maritime apparu dans les années 1990. La disparition des pins suite à plusieurs étés très secs notamment, a entraîné l’introduction de résineux de remplacement moins sensibles à la présence de coquilles calcaires dans les sables dunaires (Pin d’Alep, Pin parasol Cupressus variés…)

Un certain nombre d’espèces animales trouvent dans la forêt littorale comme dans la pinède artificielle un milieu refuge voire, pour les oiseaux, un lieu de nidification

En lisière, dans la zone de contact aves l’arrière-dune, une espèce de l’annexe II de la Directive habitats – le Cynoglosse des dunes Omphalodes littoralis – forme parfois de petites stations (Ré, Oléron).

Menaces

La forêt dunaire à Pin maritime et Chêne vert est soumise un peu partout à de fortes pressions liées à la sur fréquentation touristique, aux aménagements divers sur la dune boisée (parkings) ou à une gestion forestière favorisant l’enrésinement dans une optique productiviste.

La forêt de Pin maritime des Landes, beaucoup moins fréquentée, n’est soumise à aucune autre menace que celles des tempêtes qui, comme l’ouragan de 1999, peuvent entraîner des dégâts considérables avec chablis.

Statut régional

La forêt de Pin maritime et Chêne vert n’existe que sur la frange littorale de 17. La forêt de Pin maritime des Landes couvre plus de 40% de la Double charentaise et saintongeaise.

16 : Double charentaise

17 : Double saintongeaise pour la forêt de Pin maritime des Landes. Iles de Ré (forêts du Lizay, de la Combe à l’Eau, bois Henri IV ), d’Oléron (forêts des Saumonards, de Saint Trojan) et presqu’île d’Arvert (forêt de La Coubre – La Tremblade) pour la forêt littorale de Pin maritime et Chêne vert.

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