Vade-mecum de l’ornithologue en Poitou-Charentes

Vade-mecum de l’ornithologue en Poitou-Charentes

Ce petit fascicule présente de manière synthétique les espèces d’oiseaux nicheurs présentes sur les 4 départements de Poitou-Charentes. Il est destiné aux ornithologues participant à l’inventaire des oiseaux nicheurs dans le cadre de la réalisation d’un atlas régional sur la période 2005-2008.

Mode d’emploi :

Le biotope où l’oiseau peut être trouvé et le type de site où le nid peut être classiquement installé.

   La période de reproduction, en général depuis les premières parades nuptiales jusqu’à l’envoi des derniers jeunes.

Une alerte sur de possibles confusions, qu’elles soient visuelles ou sonores.

  Les indices à rechercher pour prouver la nidification.

  Une ou plusieurs techniques de prospection.

  La sensibilité au dérangement de l’espèce.

La durée d’incubation.
Des éléments sur la nidification et sur la sortie et l’émancipation des jeunes.

Bruant des roseaux

Espèce à rechercher dans les roselières, les jonchaies, les cariçaies pourvues de saules et en général les broussailles des zones humides. Le nid, en coupe, est parfaitement caché, construit à terre ou très près du sol dans les herbes sèches, dans un amas de branchages ou entre des racines. Semble peu à peu coloniser les milieux cultivés.

Les premiers chants sont émis dès la mi-mars. Le nid est construit par la femelle, en général début avril. La ponte commence ensuite. Les oiseaux quittent de façon assez précoce (dès fin juillet) les sites de nidification.

Le chant émis d’un poste élevé, de la mi-mars à la mi-juillet, est une répétition hachée de notes brèves et simples : “ tsia-tsi-tsi-tsia-tsitsi ”. Moins terrestre que les autres bruants, cette espèce s’observe souvent dans les branches basses des saules ou dans les buissons dans lesquels elle cherche sa nourriture. Une femelle s’envolant de tout près, d’un vol hésitant et traînant, a de grandes chances d’être une couveuse.

Dans les milieux favorables, l’oiseau, ni discret, ni farouche, est observable toute la journée.

La ponte comporte généralement 4 ou 5 œufs qui sont couvés
pendant 12 à 14 jours. Une seconde ponte est rare (début juillet).

Après avoir été nourris par les deux adultes pendant un peu moins d’une quinzaine de jours, les jeunes sortent du nid et continuent de recevoir la becquée pendant environ trois semaines. A partir de la mi-juillet, ils deviennent erratiques.

Eric PRUD’HOMME, Charente Nature

Mouette tridactyle

Habituée des falaises escarpées, donc peu de sites favorables dans la région ! A rechercher éventuellement sur les phares en mer (disparue récemment de l’île de Ré, après des cas de nidification sur le phare des Baleineaux), à la longue-vue depuis la côte ou mieux, lors d’un tour en bateau. Nid garni d’algues sèches.

Ponte de mi-mai à juin.

A peine plus grande que la Mouette rieuse, queue peu échancrée, bec jaune (en période de reproduction) et courtes pattes sombres.

Observation visuelle des oiseaux volant autour de l’édifice ou de la falaise ou qui y sont posés. Fientes sur les corniches de phares (attention aux confusions avec fientes de Grands Cormorans).

Voir ci-dessus.

Inconnue.

Une ponte par an. Généralement 2 œufs (1-3). Incubation 25-32 jours.

Les jeunes quittent le nid entre 35 et 50 jours.

Nicolas GENDRE, LPO Charente-Maritime

Sterne pierregarin

Îlots et diguettes d’anciens marais salants, îles sableuses, même sur des plans d’eau intérieurs. Niche en colonies souvent associées à d’autres espèces (Mouettes rieuses, Avocettes). Le nid, au sol, est une petite dépression souvent garnie de végétaux ou petits
coquillages.

Ponte de mai à juillet. Pic de ponte en mai. Les nidifications tardives peuvent être dues à la submersion d’une colonie, en particulier sur la Loire.

Confusion possible avec la Guifette moustac (qui a la queue plus courte et le croupion plus gris et qui chasse à la surface de l’eau) ou la Sterne naine qui est plus petite, environ la moitié de la pierregarin.

Parades nuptiales (poursuites dans les airs avec poissons) dès le retour d’Afrique en avril. Couple posé sur un îlot favorable, avec offrande de poissons, capturés en plongeant dans l’eau, et parades. Envol groupé de la colonie avec cris d’alarme “ kriii-arrrt ” en cas d’intrusion humaine (ou d’un prédateur) aux abords du site.

Observation directe, visuelle ou sonore.

Très sensible aux dérangements. Abandons fréquents du site et
report des colonies souvent à plusieurs kilomètres.

Une ponte par an (mais fréquentes pontes de remplacement). 2-3 œufs. Incubation 21-22 jours.

Les jeunes, semi-nidifuges, quittent le nid 3 ou 4 jours après
l’éclosion. Volent à 25-30 jours, mais sont encore nourris par les adultes (durant cette phase, il ne s’agit plus d’indices fiables de
nidification, car la dispersion migratoire est entamée). Les jeunes sont indépendants à 2-3 mois.

Hervé ROQUES, LPO Charente-Maritime

Sterne naine

Niche près de l’eau sur les substrats sablo-graveleux du littoral ou des cours d’eau, les marais arrière-littoraux, les salines et plus
rarement à l’intérieur des terres dans les sablières et sur les îlots peu végétalisés des plans d’eau (comme en Deux-Sèvres en 1992).

Cette sterne revient de son aire d’hivernage des côtes d’Afrique de l’Ouest à partir de la mi-avril et peut s’installer pour nicher jusqu’en juin, voire juillet notamment après l’échec d’une première
nidification.

Parades nuptiales et offrande de poisson du mâle à la femelle,
défense (aérienne) du site de nidification à l’arrivée d’un prédateur, adulte en position de couveur, nourrissages de partenaire au nid ou de poussins au sol.

Observation à distance sur les sites de reproduction d’autres espèces de laridés (et particulièrement d’autres sternes) et de limicoles.
Niche plus rarement isolément.

Très forte ! toute intrusion sur un site de nidification ou une
approche trop marquée est susceptible de faire échouer une
reproduction ou de faire avorter une velléité de reproduction.

Environ 21 jours. Ponte de 2 à 3 œufs (plus rarement 4) qui éclosent surtout en juin et juillet. Il n’y a normalement qu’une ponte
annuelle, mais les pontes de remplacement sont fréquentes chez cette espèce très vulnérable à la montée des eaux.

Dans les jours qui suivent l’envol à l’âge de 3 semaines, les jeunes abandonnent le site qui les a vus naître et entament leur migration vers le sud.

Michel FOUQUET, GODS/ONCFS

Guifette noire

Marais ouverts avec prairies inondées pâturées, où la nappe d’eau est comprise entre 20 et 40 cm lors de l’installation et se maintient jusqu’en juillet. La végétation basse ou flottante est indispensable pour supporter les nids. Les réseaux de fossés ou de mares sont
primordiaux pour l’alimentation des oiseaux car ils y capturent des petits poissons et insectes. Les prairies plus ou moins inondées
peuvent être également favorables à l’alimentation.

Les premiers oiseaux arrivent à partir de mi -avril et s’installent en mai. Les nicheurs sont visibles jusqu’en juillet, au-delà, ce sont
plutôt des migrateurs.

A partir de mai, tout comportement agressif d’une guifette envers un rapace, un corvidé ou un bovin mais aussi toute allée et venue régulière sont des signes de la présence d’une éventuelle colonie à proximité. Autour de la colonie les adultes sont bavards et envoient des « ki riek » réguliers et grinçants.

La prospection réalisée à partir de début mai, de préférence le matin, consiste en des parcours dans les secteurs favorables.

Espèce très sensible au dérangement animal ou humain. Le pâturage permet de maintenir un milieu accueillant mais il peut aussi
occasionner un dérangement important.

Les 2 à 3 œufs sont couvés durant 20-22 jours par la femelle
principalement. L’éclosion a lieu de fin mai à fin juin selon la date d’installation de la colonie.

Agés de 2-3 jours, les jeunes quittent le nid et fréquentent les
alentours de la colonie 20 jours durant environ. Passé leurs 30 jours, la colonie est désertée.

Vincent DELECOUR, LPO Charente-Maritime

Pigeon colombin

Espèce cavernicole choisissant les vieux trous d’arbres des
boisements clairs, des haies et même des parcs (trous de murs,
carrières et nichoirs à l’occasion), mais qui recherche pour se nourrir des espaces dégagés.

Les chants débutent dès février-mars jusqu’à août ou septembre, près de la cavité.

Le “ P’tit bleu ” porte bien son nom ; il est plus petit et plus svelte que le Pigeon ramier, il ne possède pas de marque blanche en vol (soutenu et rapide) mais une large barre sombre, bien visible, au bout de la queue. Il pourrait être confondu avec un pigeon
domestique qui aurait perdu son croupion blanc.

Ce pigeon chante souvent près de son nid en poussant des “ rhoû(o) ” vigoureux, ou des “ Hoû-rou ” enchaînés par séries de 7 à 10, mais ce n’est pas un chant qui s’impose pour qui ne le recherche pas. On peut repérer le Colombin par son vol nuptial, planant, avec les ailes relevées en V.

Transect avec les oreilles à l’affût.

Inconnue.

3 pontes successives de mars à fin août, le plus souvent de 2 œufs, couvés 18 jours, surtout par la femelle.

Envol des jeunes à 30 jours environ ; après l’envol, les jeunes
peuvent rester quelques jours avec les adultes, puis des
regroupements locaux se produisent à partir d’août.

Jean-Marie CLAVERY, GODS

Pigeon ramier

Bocage, bois clairs, lisières de forêt mixtes, parcs et jardins boisés. Nid sommaire de brindilles et de feuilles sèches sur un arbre (ou un support artificiel, en ville), de 4 à 16 m au dessus du sol. Densités urbaines pouvant être très fortes.

La plupart des oiseaux de l’ouest de la France sont sédentaires. La nidification commence dès la mi-mars et les derniers jeunes
s’envolent souvent en septembre.

Oiseaux territoriaux, les Ramiers manifestent leur présence sur les sites de reproduction par des roucoulements et des parades aériennes effectuées à proximité du nid. Le vol nuptial est une ascension
rapide accompagnée de claquements d’ailes, suivie d’une lente
descente les ailes déployées. Durant la nidification, souvent un doux, rude et étouffé roucoulement “ houh-krou… ”. Chante toute l’année “ rouh-rou, ro-ro…rou ” doux avec un rythme caractéristique,
strophe répétée 3 à 5 fois. Claquement d’ailes typique à l’envol en guise d’alarme.

Réalisation de points d’écoute en utilisant la méthode des quadrats.

Les couples sont unis durant une saison de reproduction et peuvent rester unis plusieurs années consécutives. 2 ou 3 pontes par an de fin mars à septembre, comportant chacune 1 ou 2 œufs blancs. La
femelle couve pendant 17 jours.

Les jeunes s’envolent à 25-30 jours et deviennent indépendants une semaine plus tard.

Matthieu DORFIAC, Charente Nature

Tourterelle turque

Nicheuse commune et sédentaire, la Tourterelle turque a colonisé les zones urbaines (parcs, jardins) et les petites agglomérations
jusqu’aux villages et hameaux ; elle se nourrit dans les zones
agricoles, mais aussi en ville et à proximité des silos à céréales. Le site de nidification se situe plutôt dans un arbre ou un arbuste,
souvent un résineux, parfois sur une poutre de hangar, un poteau électrique, un rebord de fenêtre, voire un enchevêtrement de fils téléphoniques en façade de maison.

Peut chanter toute l’année, mais les parades ne commencent
réellement qu’à partir de février. Pontes étalées de mars à octobre.

Le chant du mâle est un roucoulement sonore formé de 3 notes non roulées bien distinctes “ rourou-rouh ”, audible toute l’année. La parade nuptiale débute par les révérences du mâle et la recherche de l’emplacement du nid est ritualisée.

Transect, écoute des chants.

Peu sensible au dérangement, ce qui explique peut-être en partie son dynamisme, l’habitat urbain la protégeant en outre des chasseurs.

3 à 5 couvées par an ; la ponte de 2 œufs a lieu surtout entre mars et octobre (pontes avant et après possibles). Les oisillons se signalent par des pépiements et à un âge plus avancé par des “ wrè wrè ” ; après l’envol “ kwii kwii ” nasaux et enfin “ gou-gou-ou-gou ”
monotones.

Séjour au nid de 17 à 18 jours. Envol des jeunes à 19 jours ; ils
reviennent au nid pour passer la nuit et le quittent définitivement 2 ou 3 jours plus tard.

Bernard FONTENAUD, Charente Nature

Tourterelle des bois

Fréquente les milieux bocagers ou cultivés parsemés d’arbres et de bosquets ainsi que les boisements clairs. Le nid est installé à hauteur variable dans un arbre ou dans un fourré ; il est formé de fines
brindilles et de racines.

Migratrice transsaharienne, elle rejoint nos régions fin avril à début mai. Dès leur arrivée, les Tourterelles des bois chantent, paradent et construisent leur nid.

La Tourterelle des bois apprécie l’aubépine et le sureau pour la construction de son nid ; chant “ turrrrr-turrrrr-turrrrr ” sourd, grave, répété ; transport de matériaux pour le nid.

Localiser le nid ? à partir de 2 mètres de hauteur dans une haie plutôt dense.

Espèce farouche très sensible au dérangement, et le seul fait
d’observer avec insistance l’oiseau en train de couver peut suffire à entraîner l’abandon immédiat du nid.

13 à 15 jours. 1 à 2 œufs blancs de forme ovale légèrement brillants, qui éclosent du début du mois de juin jusqu’en juillet. Le plus
souvent, deux pontes par saison.

Les jeunes quittent le nid au bout de 15 jours sans savoir voler et prennent leur envol une semaine après. Ils ne deviendront
indépendants qu’une dizaine de jours plus tard. Leur plumage est alors brunâtre tacheté de sombre sur le dos, grisâtre sur le ventre.

Raphaël BUSSIERE, LPO Vienne