Passage en force de l’Etat pour imposer des « réserves de substitution » dans le Poitou-Charentes

Communiqué de presse du collectif d’associations engagées dans les recours contre les 93 «réserves de substitution» (méga-bassines) du Poitou-Charentes

Le 11 juin 2024

En mars 2023, quelques jours avant les événements de Sainte-Soline, les associations soussignées faisaient le point dans un communiqué de presse sur leurs recours entrepris contre les méga-bassines en Poitou-Charentes. Aujourd’hui, nous déplorons de nouveau le passage en force de l’État pour imposer ces méga-bassines, soumettant l’intérêt général à l’intérêt de quelques-uns. La violence commence ici, dans l’accaparement de l’eau !

1. Le rôle ambigu des services de l’État

Dans nos recours et dans les instances de l’eau, c’est bien l’État qui, manquant à son devoir de neutralité et à son rôle de médiation, agit pour pérenniser l’irrigation intensive d’une minorité d’exploitations agricoles au détriment des milieux, de l’eau potable, des agriculteurs non connectés aux méga-bassines, des autres usagers économiques, de l’environnement et de la nature en général.

Ce passage en force se caractérise ainsi pour les quatre réserves, dites de substitution, construites ou en cours de construction en Deux-Sèvres :

  • Mauzé-sur-le-Mignon : le remplissage de la première méga-bassine est entrepris en décembre 2022 alors que le Mignon est à sec ! Démonstration que les seuils permettant le remplissage sont parfaitement inadaptés.
  • Sainte-Soline : alors que les travaux sont commencés, le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) s’autosaisit du dossier pour évaluer si une demande préalable de dérogation espèces protégées aurait été nécessaire. La conclusion est sans appel « les arrêtés préfectoraux d’autorisation de 2017 et de 2020 auraient dû être précédés de la procédure de demande de dérogation espèces protégées ». L’État négligeant vis-à-vis du code de l’environnement !
  • Priaires : possible conflit d’intérêt de Madame la maire de Val-du-Mignon, signataire du permis de construire et future bénéficiaire de la méga-bassine.
  • Épannes : cette réserve, comme l’ensemble des 93 en Poitou-Charentes, pérennise un modèle agricole responsable du déclin de la biodiversité et, plus particulièrement, de l’avifaune de plaine composée des espèces busards cendré et Saint-Martin, oedicnème criard et outarde canepetière.

Plus généralement, le calendrier des travaux de construction des 16 réserves de la Sèvre Niortaise-Mignon étant validé dans une commission présidée par la Préfète des Deux-Sèvres, l’État soutient de fait les démarrages de travaux en ayant connaissance des contentieux juridiques en cours.

2. L’État garant de la concertation pour la gestion de l’eau

Dans d’autres territoires, pour obtenir les subventions publiques pour la construction des méga-bassines, des projets territoriaux pour la gestion de l’eau (PTGE) sont entrepris à la hâte. L’État par l’intermédiaire des préfets est garant de ces procédures de concertation. Les associations soussignées, qui s’impliquent à des degrés divers dans ces PTGE, ont des exigences :

  • L’État doit faire respecter le cadre des instructions gouvernementales et des textes et règlements en vigueur.
  • Les études sur les volumes prélevables et les débits biologiques doivent être intégrées dans les projets de PTGE pour être soumis aux Commissions Locales de l’Eau des SAGE.
  • Avant toute validation, les associations exigent des engagements fermes de la profession agricole sur des économies d’eau et sur des mesures agroenvironnementales chiffrées et planifiées, avec notamment des mesures spécifiques sur les aires d’alimentation des captages en eau potable, ainsi que sur les zones humides et zones soumises à des protections règlementaires (Natura 2000, Arrêtés préfectoraux de protection de biotope, Arrêtés de protection des habitats naturels, …).

Nous sommes, par exemple, particulièrement vigilants sur le PTGE du Clain où le portage a été confié au Conseil Départemental de la Vienne, qui persiste dans son déni quant à l’état préoccupant de la ressource en eau tel que révélé par les études scientifiques. Sur ce bassin, 41 méga-bassines sont en projet (Auxances, Clain moyen, La Clouère, Dive–Bouleure–Clain amont et La Pallu). Or, le Conseil Départemental et le Préfet de la Vienne ont exercé une très forte pression sur l’EPTB Vienne qui avait accepté le principe d’un pilotage du PTGE et qui, de ce fait, y a renoncé.

3. Les données scientifiques remises en cause au profit de l’irrigation

L’état des masses d’eau en Poitou-Charentes est catastrophique. À l’exception de quelques fleuves côtiers, tous les bassins sont classés en Zone de Répartition des Eaux (ZRE), classement justifié par un déséquilibre entre les usages et la ressource en eau. Nous « fêtons » en 2024 les 30 ans de ces classements ZRE pour bon nombre de bassins et, malheureusement, nous ne voyons pas de sortie de crise avant de nombreuses années !

Les études scientifiques, études Hydrologie-Milieux-Usages-Climat (HMUC) pour le bassin Loire-Bretagne et autres études basées sur des débits biologiques pour le bassin Adour-Garonne, démontrent les unes après les autres cet état alarmant de la ressource en eau. Cependant, ces études tant attendues, sont sans cesse repoussées et contestées par les irrigants, voire par les représentants de l’État.

Citons, par exemple :

  • La Commission Locale de l’Eau (CLE) du SAGE Clain du 7 juin 2023 où le Préfet de la Vienne et le Conseil Départemental de la Vienne se sont opposés à la validation de l’étude HMUC sur ce sous-bassin, souhaitant in fine beaucoup plus d’eau pour l’irrigation agricole que ce que préconise l’étude.
  • La Commission Locale de l’Eau (CLE) du SAGE Charente où, dans la révision des seuils estivaux sur l’Aume et la Couture, les scénarios les plus restrictifs pour l’irrigation ont mystérieusement disparu.
  • Sur le bassin du Curé, l’étude HMUC est tout simplement impossible à réaliser par les méthodes classiques car les appareils de mesure des niveaux d’eau n’ont jamais été installés.

4. Notre engagement reste intact

Notre collectif dresse en Annexe 1 l’état des recours contre les 93 méga-bassines en projet dans le Poitou-Charentes et rappelle les raisons de son engagement :

  • Il ne s’agit pas de substitution parce que les réserves permettront de prélever des volumes d’eau d’irrigation supérieurs à ceux prélevés actuellement, alors que la ressource en eau diminue.
  • Il s’agit de l’accaparement de volumes d’eau colossaux par quelques exploitants au détriment d’un accès raisonnable et équitable à l’eau pour tous les usagers. Rappelons que les irrigants ne représentent qu’entre 6 et 10% des agriculteurs alors qu’ils consomment 58% de l’eau douce en France (Chiffres 2010-2019 https://www.notre-environnement.gouv.fr/).
  • Les projets, par leurs dimensions, font courir un risque à la ressource en eau, au détriment des milieux naturels et de l’approvisionnement en eau potable.
  • Les pompages massifs dans les nappes, mêmes hivernaux, conduiront à détériorer encore plus les milieux aquatiques et leur cortège de biodiversité : poissons, amphibiens, odonates…
  • Le modèle agricole sous-jacent aux projets impactera significativement l’avifaune de plaine (outarde canepetière, oedicnème criard, busards cendré et Saint-Martin), espèces patrimoniales qui ont motivé pour leur protection la création de neuf sites Natura 2000 sur le territoire picto-charentais.
  • Les études d’impact des projets sont insuffisantes, inadaptées aux enjeux locaux et le niveau de respect de la réglementation européenne concernant les sites Natura 2000 pose question.
  • L’usage de l’eau pour l’irrigation doit avoir une contrepartie sérieuse en matière d’agroécologie, ce qui n’est pas réellement prévu dans les projets actuels. La façon dont les « protocoles d’accord » Sèvre niortaise-Mignon et Clain ont été établis et mis en oeuvre jusqu’à présent ne peut qu’inquiéter quant à la sincérité des promoteurs des projets concernés. Les engagements pris par les bénéficiaires de méga-bassines ne sont pas à la hauteur des enjeux. Ce point a été clairement mis en évidence dans l’étude indépendante commandité par le Comité de Bassin Loire Bretagne et restituée fin 2023.
  • Les projets représentent une mal-adaptation aux changements climatiques et une contribution supplémentaire au déclin de la biodiversité.

Les associations soussignées renouvellent leur demande d’un moratoire sur les projets de réserves de substitution.

Les signataires :
L’Association agréée de Pêche et de Protection du Milieu Aquatique des pêches sportives Saint-Maixentaises,
L’Association de Défense de l’Environnement de Migné-Auxances (ADEMA),
L’Association de Protection, d’Information, d’Etude de l’Eau et son Environnement (APIEEE),
L’Association Protection et Avenir du Patrimoine en Pays d’Aigre et en Nord Charente (APAPPA),
La Confédération paysanne de la Vienne,
La Fédération Poitou-Charentes Nature (PCN),
La Fédération de Charente-Maritime pour la pêche et la protection du milieu Aquatique,
La Fédération des Deux-Sèvres des Associations Agréées pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique (AAPPMA),
Le Groupe Ornithologique des Deux-Sèvres (GODS),
La Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO),
Nature Environnement 17 (NE17),
SOS Rivières et Environnement,
UFC Que choisir de la Vienne,
Vienne Nature.

Voir document annexe pour le détail sur les recours.

Lire aussi :

Les arrêtés des méga-bassines de La Pallu et Aume-Couture sont annulés !

Les arrêtés des méga-bassines de La Pallu et Aume-Couture sont annulés !

Suite au passage de deux recours*, portés par notre réseau d’association, au Tribunal Administratif de Poitiers le 19 septembre dernier, le jugement est tombé : les deux arrêtés sont annulés.

*La Pallu en Vienne pour 6 réserves dites de « substitution » / Aume Couture en Charente, Charente-Maritime et Deux-Sèvres pour 9 réserves.

A nouveau, Vienne Nature, la LPO Poitou-Charentes et la Confédération paysanne de la Vienne porte notre voix dans un communiqué de presse.

Communiqué de presse du 03/10/2023

Ce mardi 3 octobre, les jugements du Tribunal administratif de Poitiers ont été prononcés pour deux affaires concernant les méga-bassines du Poitou-Charentes : La Pallu (86) avec 6 réserves dites de « substitution » et Aume-Couture (16-17-79) avec 9 réserves. Les deux arrêtés sont annulés.

Ce nest pas de la substitution !

Le juge retient enfin l’argument d’une augmentation nette des prélèvements pour irrigation du fait de la construction de méga-bassines.

Depuis les premiers recours, les associations argumentent sur ce point, en ayant fait les calculs pour les neuf projets (93 méga-bassines) du Poitou-Charentes, et affirment que ce n’est pas de la substitution. La substitution veut que des volumes d’eau prélevés en période de hautes eaux (« hiver ») viennent remplacer ceux que l’on aurait pu faire en période de basses eaux (« été »), donc qu’il y ait une baisse des prélèvements estivaux et pas d’augmentation des prélèvements annuels.

Le juge a suivi les moyens énoncés par le rapporteur public le 19 octobre concernant la « gestion équilibrée et durable de la ressource en eau » (article L211-1 du Code de l’environnement) :

  • Pour La Pallu, l’augmentation des prélèvements sur l’année serait de 15 à 30 % par rapport aux prélèvements actuels ; ce serait de 32 à 38 % supérieur aux volumes calculés dans l’étude scientifique Hydrologie Milieux Usages Climat (HMUC). Cependant, le juge n’a pas retenu, sur ce dossier, les éléments pourtant soulignés par le rapporteur public sur les approximations de l’étude d’impact sur le total des prélèvements, à savoir que l’étude d’impact omet de mentionner des prélèvements hivernaux existants, 6 millions m3.
  • Pour l’Aume-Couture, la construction des 9 méga-bassines ramènerait les volumes prélevés aux volumes de 2000-2001, période d’irrigation intensive et déraisonnable ! D’où une incompatibilité avec le Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE). Le juge souligne qu’il a été omis de mentionner, dans l’étude d’impact, les réserves existantes (3 millions m3) et que les effets cumulés avec celles-ci n’ont pas été étudiés.

Encore de nombreux combats à venir

Nos associations sont satisfaites des jugements prononcés aujourdhui : ils donnent un coup darrêt à la campagne de désinformation qui depuis des années présente les méga-bassines comme un moyen de diminuer les prélèvements. C’est la même tentative d’intox qui pousse certains aujourd’hui à récuser les études qui démontrent l’incapacité de la ressource à satisfaire les prétendus besoins d’irrigation intensive. Mais la ressource ne sera pas la seule gagnante de ces jugements : sa surexploitation irait de pair avec l’accaparement et un bond des inégalités d’accès à l’eau. Avec la création de méga-bassines, la majorité des irrigants d’aujourd’hui seraient en effet sacrifiés, y compris les adhérents des SCAGE non raccordés !

Cependant, nous regrettons que d’autres moyens avancés n’aient pas été entendus par le juge comme la destruction d’habitat d’espèce protégée, le non-respect de la réglementation Natura 2000 et la destruction de zones humides.

Les prochaines batailles pour les associations concernent :

  • Les gestions structurelle et conjoncturelle de nos cours d’eau. Les bassins versants du Poitou-Charentes sont en Zone de Répartition des Eaux (fort déséquilibre entre la ressource et les prélèvements en eau) depuis trente ans. La loi de 2006 sur l’eau et les milieux aquatiques n’est toujours pas respectée dans nos départements. Les gestions structurelle et conjoncturelle doivent être revues à l’aune des études HMUC.
  • La réalisation de vrais projets de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE). La concertation qui doit conduire à la rédaction d’un PTGE ne doit pas être un moyen de freiner la nécessaire transition des irrigants vers la sobriété et l’agroécologie. Nous renvoyons à notre communiqué de presse du 28 septembre 2023 sur le PTGE Clain.
  • Nous demandons au préfet de la Vienne de stopper la mise en place du protocole du bassin du Clain pour la construction et la gestion des réserves dites de substitution, protocole récusé par la majorité des acteurs locaux de la gestion de l’eau.

Vienne Nature, la LPO, la Confédération paysanne de la Vienne

Le Monde (03/10/2023) Mégabassines : la justice annule les projets de quinze retenus d’eau en Nouvelle Aquitaire

Libération (03/10/2023) La justice annule deux projets de mégabassines en Poitou-Charentes

Reporterre (03/10/2023) La justice annule 15 projets de mégabassines en Nouvelle-Aquitaine

Charente Libre (03/10/2023) La justice enterre la création de 15 réserves de substitution dont sept en Charente

Sud Ouest (03/10/2023) Méga bassines : 15 projets de retenues d’eau annulés par la justice en Nouvelle-Aquitaine

France 3 Poitou-Charentes (03/10/2023) JT 19/20

France 2 (03/10/2023) Journal 20h

France Info (03/10/2023) Méga-bassines » : la justice annule deux projets de retenues d’eau en Poitou-Charentes

France Bleu (03/10/2023) Méga-bassines : la justice annule la création de quinze réserves en Poitou-Charentes

La Nouvelle-République (03/10/2023) Mégabassines : deux projets annulés en Poitou-Charentes

Centre Presse (03/10/2023) Vienne : les mégabassines de La Pallu annulées


Lire aussi :

Les méga-bassines au tribunal (septembre 2023)

La CLE nie la vérité sur la ressource en eau (juin 2023)

Combat contre les méga-bassines : quand l’Etat instrumentalise les évènements de Sainte-Soline pour étouffer le débat démocratique (mars 2023)

Les associations unies dans l’action juridique contre les 93 « réserves de substitution » (méga-bassines) du Poitou-Charentes (mars 2023)

Mégabassines : des remplissages autorisés alors que la rivière le Mignon est à sec (décembre 2022)

Communiqués de Vienne Nature sur les méga-bassines (novembre 2022)

La légalité de la méga-bassine de Sainte-Soline (novembre 2022)

*photo Aurélien Prudor

Les méga-bassines au tribunal

Les méga-bassines au tribunal

Notre fédération Poitou-Charentes Nature ainsi que ses associations membres mènent des recours juridiques contre les projets de réserve de substitution depuis plusieurs années maintenant.

Vienne Nature et la LPO Poitou-Charentes viennent de publier un communiqué pour faire le point sur des affaires toujours en cours.

Communiqué de presse du 19/09/2023

Ce mardi 19 septembre, deux affaires concernant les méga-bassines du Poitou-Charentes passent en audience au Tribunal administratif de Poitiers : La Pallu (86) et Aume-Couture (16-17-79).

Sauver La Pallu (86)

Avant même les projets de méga-bassines, La Pallu était déjà un cas d’école pour la destruction d’un cours d’eau, de ses zones humides et de ses nappes superficielles en raison des aménagements contre nature qui y avaient été réalisés, dont des prélèvements d’irrigation très excessifs.
Mais avec les 6 méga-bassines autorisées en mai 2021 par la Préfecture de la Vienne pour près de 1,5 Mm3 d’eau, on atteindrait le pire du pire !
Les milieux naturels, déjà fortement dégradés, ne s’en remettraient pas : les volumes disponibles dans le sous-bassin de la Pallu sont simplement inférieurs aux capacités de stockage des réserves. Dès lors au regard de la gravité de la situation hydrique, ces réserves prolongeraient et aggraverait une situation de crise. Cela s’inscrit dans une gestion déséquilibrée de la ressource en eau.

Les méga-bassines de l’Aume-Couture (16-17-79)

Le projet de méga-bassines sur ce territoire concerne la création et l’exploitation de 9 retenues de substitution sur les bassins de l’Aume et de la Couture (3 départements concernés) avec un volume total de 1,6 Mm³ d’eau pour une vingtaine d’irrigants.
L’Aume et la Couture sont deux petits affluents de la Charente et le projet de réserves vise à augmenter les prélèvements totaux d’environ 1.5 million de m3, bien au-delà du seuil fixé par le SAGE de Charente, avec des risques sur l’alimentation en eau potable qui prélève aussi en nappe superficielle et profonde, tout cela au détriment des rivières et de sa faune.
Le projet a été autorisé par un arrêté préfectoral le 20 janvier 2021 et a été attaqué par les associations Poitou-Charentes Nature, LPO et l’APAPPA.

Le combat juridique contre les méga-bassines n’est pas terminé.

Dans l’attente du jugement qui sera connu d’ici deux semaines, nous rappelons que le combat juridique contre les projets de méga-bassines n’est pas terminé, contrairement à ce que laissent entendre les autorités depuis plusieurs mois.

Dans le cas du bassin du Clain, la plupart des méga-bassines sont sous le coup de recours juridiques (24 sur 30). Celles de La Pallu ont été examiné en audience aujourd’hui, 19 autres attendent la réponse du Conseil d’État[1]. Seules les 6 bassines de La Clouère pourraient être construites si l’Agence de l’eau décide de les financer[2].

Dans les deux cas, La Pallu et Aume-Couture, le rapporteur public propose l’annulation des arrêtés préfectoraux.

Pour La Pallu, c’est le Code de l’Environnement qui est violé dans une disposition essentielle qui impose dans ce cas de figure une gestion équilibrée de la ressource.

Pour Aume-Couture, les motifs d’annulation se cumulent : insuffisance de l’étude d’impact dans la description de l’état initial et des effets cumulés des divers projets de bassines ainsi que l’incompatibilité avec le SDAGE et des capacités financières mal justifiées.

Dans les deux dossiers, le rapporteur public reconnait l’usage abusif du mot « substitution » en ces termes « il y aura plus de volumes prélevés pour l’irrigation après la construction des réserves qu’avant » ! Les associations du Poitou-Charentes engagées dans les recours contre les 93 réserves, dites de substitution, dénoncent cet abus de langage depuis de nombreuses années.

Quel que soit le jugement des deux contentieux dont il est question ce jour, ces affaires juridiques sont loin d’être terminées car elles feront sans nul doute l’objet d’un appel, par l’une ou l’autre partie. Vienne Nature, la LPO et les associations de Poitou-Charentes Nature restent pleinement mobilisées pour dénoncer ces projets démesurés et dénués de bon sens dans un contexte de forte tension sur la ressource en eau.

19 septembre 2023

 

[1] Dive-Bouleure-Clain amont (6), Clain Moyen (8) et Auxance (5).  

[2] Précisons que les recours portent sur les arrêtés préfectoraux autorisant 41 bassines dans le bassin du Clain. Depuis, 10 sont supposées abandonnées à en croire le « protocole », mais aucun nouvel arrêté n’en prend acte.

Lire aussi :

La CLE nie la vérité sur la ressource en eau (juin 2023)

Combat contre les méga-bassines : quand l’Etat instrumentalise les évènements de Sainte-Soline pour étouffer le débat démocratique (mars 2023)

Les associations unies dans l’action juridique contre les 93 « réserves de substitution » (méga-bassines) du Poitou-Charentes (mars 2023)

Mégabassines : des remplissages autorisés alors que la rivière le Mignon est à sec (décembre 2022)

Communiqués de Vienne Nature sur les méga-bassines (novembre 2022)

La légalité de la méga-bassine de Sainte-Soline (novembre 2022)

La CLE nie la vérité sur la ressource en eau

La CLE nie la vérité sur la ressource en eau

Mardi 13 juin, suite à la réunion de la CLE du Clain du 7 juin, le collectif inter-associatif, composé de la Confédération Paysanne Vienne, de la Fédération de pêche et de protection des milieux aquatiques de la Vienne, de la LPO Poitou-Charentes, de l’UFC-Que Choisir 86 et de Vienne Nature, a publié un communiqué de presse :

« Par 31 voix sur 54, sur proposition du Préfet et du Conseil départemental de la Vienne, la CLE[1] du Clain du 7 juin a refusé de valider l’étude scientifique quelle a elle-même commandée… Pourquoi ? Parce que celle-ci démontre que les prélèvements pour lirrigation sont bien trop importants par rapport à ce que peut fournir la ressource, la cause du mauvais état de la masse deau sur le bassin du Clain depuis une trentaine dannées.

Le Préfet et le Conseil départemental de la Vienne, en refusant de la valider, déposent l’étude HMUC[2] à la poubelle pour le bénéfice des adhérents aux SCAGE[3], porteurs de projet de réserves de substitution. Hormis le gâchis d’argent public, il s’agit d’un déni de réalité, un mépris du travail scientifique, un refus de considérer le changement climatique. Les conséquences pour les années à venir seront une dégradation toujours plus importante des milieux, des difficultés pour diluer nos eaux usées dans les cours d’eau réduits à de simples filets d’eau, les ruptures d’eau potable au robinet…

Pourtant, HMUC fournissait les seuils précis des niveaux d’eau en dessous desquels il ne faut pas aller pour préserver l’eau potable et les milieux… Il est, par conséquent, tout à fait irresponsable de ne pas avoir validé ces seuils. Le Préfet et le Conseil départemental de la Vienne ont, par contre, validé des volumes prélevables hivernaux qui permettent de pomper dans les nappes en hiver pour remplir les réserves de substitution sans même valider les seuils qui autoriseraient ces pompages… Ces aménagements de stockage massif d’eau en surface sont nocifs non seulement pour l’eau potable et les milieux, mais aussi pour les agriculteurs. Car ils ne profiteraient qu’à une minorité d’irrigants.

La CLE est considérée comme le Parlement de l’eau. Par ce passage en force, le Préfet et le Conseil départemental ont porté atteinte à cette instance démocratique en tordant le bras des producteurs d’eau, des agriculteurs, des élus et des associations… Le nombre d’abstentions lors du vote du 7 juin montre que beaucoup, chez les élus et dans les services de l’État, se refusaient à voter sous pression. Préfecture et Conseil Départemental ont perdu tout crédit pour conduire un Projet Territorial pour la Gestion de l’Eau (PTGE) sur le bassin du Clain.

Lors de la CLE du 7 juin, il a été acté d’initier la démarche d’un PTGE. Nous demandons un vrai PTGE fondé sur le socle de connaissances scientifiques et de modalités techniques établi par l’étude HMUC. Car validée ou non, cette étude reste un acquis incontestable et aucune instance scientifique n’a remis en cause la méthode et la robustesse de ses conclusions. »


[1] Commission Locale de l’Eau
[2] Hydrologie Milieux Usage Climat
[3] Société Coopérative Anonyme de Gestion de l’Eau

Lire aussi :

La Nouvelle-République (07/06/2023) « Ressources en eau du Clain : à Poitiers, les élus ont fini d’émettre des réserves sur l’étude HMUC », Xavier BENOIT

Médiapart (21/06/2023) «Une étude montre les limites des mégabassines, elle est torpillée par le préfet», Floriane LOUISON

Campagne Sentinelles de l’eau « A SEC ! »

Campagne Sentinelles de l’eau « A SEC ! »

Cet été encore, FNE Nouvelle-Aquitaine lance la campagne Sentinelles de l’eau « A SEC ! ». L’hiver 2022-2023 s’est avéré très chaud et sec partout en France avec une période exceptionnelle de 32 jours sans pluie. La région Nouvelle-Aquitaine ne fait pas figure d’exception. Les températures élevées dans tous les départements ont conduit à l’assèchement prématuré des cours d’eau.

La campagne vise à mobiliser les citoyens pour faire un recensement de l’état des cours d’eau, tout savoir sur la campagne. Celle-ci sera lancée par un webinaire le :

20 juin 2023 – 18h à 19h

 

 

 

Samedi 11 mars : Alerte sur l’eau dans le bassin du Clain

Samedi 11 mars : Alerte sur l’eau dans le bassin du Clain

2nde rencontre PTGE citoyen « Eau & Agriculture »

Construisons un Projet Territorial de Gestion de l’Eau d’Initiative Citoyenne

 

Samedi 11 mars 2023, de 14h30 à 17h30
ENSI de Poitiers (1 rue Marcel Doré bât. B1, Poitiers)

Inscription obligatoire aux ateliers (voir ci-dessous)

Comment sont partagées et gérées les ressources en eau en général et dans le bassin du Clain en particulier ? Comment satisfaire les besoins en eau potable de qualité, respecter les cours d’eau, les zones humides, la biodiversité qu’ils accueillent et permettre la pérennité d’activités économiques, dont l’agriculture ? Des solutions existent : comment les mettre en œuvre, entre autres dans le cadre d’un Projet Territorial de Gestion de l’Eau ? (Info sur le PTGE ici)

Vienne Nature, la LPO en Vienne, l’UFC Que Choisir de la Vienne, la Confédération Paysanne de la Vienne et la Fédération de pêche de la Vienne vous convient à la seconde étape de l’élaboration du PTGE d’initiative citoyenne et vous proposent une conférence et trois ateliers.

Programme

14h30 – Introduction

14h45 – Conférence : Quels sont les liens entre l’EAU & l’AGRICULTURE ?

  • Vincent BRETAGNOLLE, écologue & directeur de recherche au CNRS & co-auteur de l’ouvrage Réconcilier Nature & Agriculture avec Vincent Tardieu.
  • Damien LADIRÉ, coordinateur régional du programme Re-Sources “Agir pour l’Eau potable en Nouvelle Aquitaine” (à confirmer)
  • Pascal LEVAVASSEUR, directeur de l’Eau au Syndicat Eaux de Vienne (à confirmer)
  • Jean Claude HALLOUIN, administrateur de Vienne Nature
  • Nicolas FORTIN, éleveur & membre de la Confédération Paysanne

16h – Trois ateliers pour approfondir, questionner et/ou proposer des contributions
(inscription indispensable pour les ateliers, places limitées)

  • Agriculture et biodiversité
    Inscription pour cet atelier à ce lien ou au 05 49 88 99 04
  • Qualité de l’eau & des milieux
    Inscription pour cet atelier à ce lien ou au 05 49 88 99 04
  • Répartition de l’eau pour l’agriculture
    Inscription pour cet atelier à ce lien ou au 05 49 88 99 04

17h15 – Restitution des ateliers, conclusion de la journée & suites de la démarche

Pour plus d’informations :

Journée d’information 22 janvier : Alerte sur l’eau dans le bassin du Clain

Journée d’information 22 janvier : Alerte sur l’eau dans le bassin du Clain

Construisons un Projet Territorial de Gestion de l’Eau d’Initiative Citoyenne

Urgence d’une nouvelle gestion de l’eau dans le bassin du Clain. Vienne Nature, la LPO en Vienne, l’UFC Que Choisir de la Vienne, la Confédération Paysanne de la Vienne, la Fédération de pêche de la Vienne, des citoyens et élu(e)s des collectivités du territoire organisent une journée d’information et de réflexion sur le partage et la gestion durable de l’eau dans le bassin du Clain :

Dimanche 22 janvier, de 14h à 18h
La Villedieu du Clain, salle polyvalente Sud
Inscription obligatoire en ligne à ce lien ou au 05.49.88.99.04

 

Programme

Comment sont partagées et gérées les ressources en eau en général et dans le bassin du Clain en particulier ?
Comment satisfaire les besoins en eau potable de qualité, respecter les cours d’eau, les zones humides, la biodiversité qu’ils accueillent, et permettre la pérennité d’activités économiques, dont l’agriculture ?
Des solutions existent : comment les mettre en oeuvre, entre autres dans le cadre d’un Projet Territorial de Gestion de l’eau ?

14h – Introduction

14h15 – Comment sont partagées et gérées les ressources en eau, en France et dans le bassin du Clain ?
Intervenants : Gabriel Amard, député du Rhône, auteur d’essais sur la gestion publique de l’eau (à confirmer) ; François Bock, Président de la CLE du SAGE Clain ; un représentant de Grand Poitiers Communauté urbaine (à confirmer) ; Nicolas Réveillault, vice-président d’Eaux de Vienne ; Francis Bailly, Président de la Fédération de pêche de la Vienne…

15h45 – Qu’est-ce que la démarche HMUC (Hydrologie, Milieux, Usages, Climat) – Étude Clain ?
Fabien Blaize, responsable du secteur Vienne Aval et Clain à l’EPTB Vienne

16h45 : Vers un PTGE d’Initiative Citoyenne
Des solutions existent : comment les mettre en oeuvre dans le cadre d’un projet territorial ?
Intervenants : Vienne Nature, la LPO Poitou-Charentes, l’UFC-Que Choisir de la Vienne, la Confédération Paysanne de la Vienne, la Fédération de pêche de la Vienne ; Lisa Belluco, députée de la Vienne (à confirmer) ; Léonore Moncond’huy, Maire de Poitiers et Vice Présidente de Grand Poitiers Communauté urbaine ; Christine Graval, Conseillère Régionale de Nouvelle-Aquitaine ; Florence Harris, Conseillère Départementale de la Vienne (à confirmer).

17h45 – Conclusion de la journée

Pour plus d’informations

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