Les pesticides en Charente-Maritime en 2024 : aucun progrès, bien au contraire !

SOS Rivières et Environnement et Charente-Maritime Pesticides publient ce mardi 26 mai un communiqué de presse sur les achats de substances et de produits pesticides de l’année 2024 en Charente Maritime.

Sur le site pesticides-charentemaritime.fr, sont téléchargeables :

Source des informations – Les fichiers BNVD de données présentant les achats de substances et de produits pesticides sont téléchargeables à partir du site Les données de l’OFB (Office Français de la Biodiversité).
Les données des achats 2024 ont été publiés en avril 2026.

En 2024, avec 1 887 tonnes de substances pesticides d’achats totaux, dont 1 122 tonnes de substances soumises à la redevance pour pollutions diffuses (RPD), le département présente des hausses respectives d’achats + 11,8 % et de + 9,3 % par rapport à l’année 2023. Au niveau national, ces augmentations sont moindres avec + 7,3 % pour l’ensemble des substances et + 3,4 % pour les substances soumises à la RPD. En 2024, la Charente-Maritime reste dans le peloton de tête des départements les plus contaminés aux pesticides de synthèse et se place en 7ème position pour les achats de pesticides soumis à la RPD (8ème position en 2023). Cette situation est d’autant plus inquiétante que les substances les plus dangereuses présentent une hausse encore plus forte malgré nombre de retraits de substances CMR (cancérigènes,
mutagènes, reprotoxiques). Cette hausse apparait plus localisée dans la moitié nord du département.

En 2024, les substances CMR progressent de 23 %, totalisant 409 tonnes pour 60 substances utilisées, pesant 36 % de l’ensemble des substances soumises à la RPD. Cette hausse concerne les herbicides, les
molluscicides et les fongicides.

Il en est de même pour les achats de substances classées perturbateurs endocriniens (PE) avérés ou suspectés. En 2024, il est constaté une hausse de leurs tonnages de 25 % après deux années de baisse. Les 64 substances PE dans le département totalisent 664 tonnes. 31 de ces substances sont également classées CMR. Quatre substances pesticides perturbateurs endocriniens avérés ou suspectés sont fortement employées et tous en hausse. Ce sont les herbicides : le glyphosate (269 t, contre 213 t en 2023), la pendiméthaline (48 t), le propyzamide (28 t), ainsi qu’un fongicide : le folpel (184 t). Les trois derniers sont classés CMR.

Les 294 substances achetées dans le département, dont 206 sont soumises à la redevance pour pollutions diffuses, se répartissent principalement dans les fonctions suivantes :

  • 87 substances herbicides présentent une hausse de + 11 % en 2024 avec un total de 665 tonnes. Elle s’explique par une forte augmentation du glyphosate (+ 27 %). Il pèse pour 40 % de l’ensemble de ces substances. Comme les années précédentes, la Charente-Maritime est le département le plus gros acheteur de glyphosate en France.
  • 93 substances fongicides ont été achetées pour un total de 1 099 tonnes, en hausse de + 13,5 %. Les substances soumises à la RPD sont en hausse de + 6 % avec 420 tonnes et les substances Autre (20 substances) avec 679 tonnes sont en hausse de + 19 %. L’interdiction de substances très toxiques a eu pour conséquence une hausse de 20 % de l’ensemble des fongicides CMR, en particulier du folpel (149 t en 2023, 184 t en 2024), et Santé A. Les substances Autre progressent, mais elles nécessitent des dosages bien supérieurs à l’hectare, n’étant ni systémiques, ni persistants.
  • 51 substances insecticides ont été utilisées pour un total de 70 tonnes identique à l’an passé. Celles soumises à la RPD (33 substances) totalisent 26 tonnes, elles sont en hausse de + 13 %. Les substances Autre au nombre de 18 régressent de -4 % et totalisent 44 tonnes. Concomitamment, incluses dans les substances soumises à la RPD, des solutions de biocontrôle avec une action de confusion sexuelle sont en forte hausse et fonctionnent sous forme de piège, bien moins impactant que les pulvérisations.

Chaque année sont apportés des éléments de preuves supplémentaires aux milliers d’études déjà accessibles sur l’impact mortifère de ces substances, que ce soit la disparition de 80 % des insectes volantsou sur des cancers spécifiques (Inserm- cohorte Agrican). Une nouvelle étude menée par des chercheurs français et péruviens, publiée en avril 2026, établit le lien entre exposition aux pesticides et cancers alors qu’aucun des 31 pesticides pris en compte dans leurs recherches n’était classé comme cancérogène avéré par l’OMS (Organisation mondiale de la Santé). Ils ont constaté que « le risque de développer un cancer était en moyenne 150 % plus élevé » dans les zones où les habitants étaient davantage exposés à leur dispersion en raison de l’effet cocktail de ces substances.

Depuis l’année 2018, une surincidence de cancers pédiatriques est détectée dans la plaine d’Aunis. Parmi les causes envisagées, figure l’hypothèse de l’impact des usages de produits pesticides dans ce secteur où les grandes cultures occupent 87 % de la surface totale du territoire. La réaction de la société civile avait conduit la communauté d’agglomération de La Rochelle à ouvrir une session de concertation entre les résidents et la profession agricole en janvier 2023. Cette démarche portait l’espoir d’un infléchissement de l’usage massif de pesticides tant au niveau départemental que local. Mais on constate que l’année suivante, en 2024, les pratiques phytosanitaires ne semblent pas en avoir été influencées. Les achats de pesticides de l’année 2024 montrent que la mobilisation des riverains n’a pas été prise en compte. Les quelques maigres progrès des années précédentes ont été relégués par une forte hausse des substances les plus dangereuses.

En même temps que le retour en force des substances les plus toxiques, les groupes de pression de l’agriculture intensive exigent une dérégulation et une déréglementation du cadre juridique élaboré durant des décennies pour tenter de contenir les dommages collatéraux des produits pesticides. L’accès de ces lobbys de l’agrochimie à toutes les strates du pouvoir, du local jusqu’au niveau européen, leurs menaces, les action violentes sapent peu à peu les règles censées veiller sur la santé environnementale, déjà bien insuffisantes.

Aujourd’hui la ligne politique est illisible. Elle combine la soumission à l’intensification des pratiques avec une communication environnementale décrédibilisée. D’un côté, persiste l’évocation d’un objectif de restauration de la biodiversité vague et sans cesse repoussé, indéfectiblement associé à l’agroécologie. De l’autre, sous la pression des deux principaux syndicats agricoles, des firmes du pesticides et des grandes coopératives, et de leurs relais parlementaires, un forcing est mené pour nous ramener trente ans en arrière vers une intensification de pratiques cumulativement toujours plus destructrices.

A grand renfort de communication, des mesures insuffisantes se succèdent. La règlementation des zones de non traitement en décembre 2019 suivie d’un simulacre de concertation en 2022, un plan Ecophyto qui patine malgré plus d’un milliard de subventions, multiples autres dispositifs, des labels trompeurs tel le HVE3 qui autorise les pires substances….

Il reste à espérer qu’une réduction va enfin s’enclencher avec une protection véritable et efficace des zones d’alimentation de captages et que l’Etat va enfin mettre en œuvre ses prérogatives dans le cadre des zones soumises à contrainte environnementale. Jusqu’en 2024, les programmes Re-source fondés sur un cadre contractuel à grand renfort de dizaines de millions d’euros n’ont pas eu d’impact sur la réduction globale des substances pesticides.

SOS Rivières et Environnement et Charente Maritime Pesticides