Invalidation de 5 méga bassines sur 6 : un revers pour les irrigants de la Pallu

Important revers pour les irrigants de La Pallu
La cour d’appel de Bordeaux invalide cinq des six méga bassines qu’ils voulaient construire

Les irrigants et l’État auront tout tenté pour contrer le jugement du Tribunal Administratif de Poitiers annulant l’autorisation préfectorale des 6 méga-bassines du bassin de La Pallu en saisissant la Cour d’Appel de Bordeaux, qui a rendu son arrêt le 8 juillet 2026 :
Piètre résultat pour eux : CINQ sont invalidées.

TROIS parce que les irrigants voulaient les construire dans des zones Natura 2000, vouées à la protection d’une espèce en risque élevé d’extinction (l’Outarde canepetière) ce qui est interdit ;

DEUX à Champigny en Rochereau, « Aux Suppes » et « Le Russon. » et UNE à Jaunay-Marigny « La Sablière »

UNE (La Lise à Champigny en Rochereau) parce que le « protocole » élaboré par l’État l’avait classée dans les 11 ouvrages abandonnés en réduisant à 30 le projet initial de 41 méga bassines dans le bassin du Clain.

UNE (La Michèle à St Martin La Pallu) parce qu’il aurait fallu obtenir une dérogation qui n’a pas été demandée : elle est en sursis pour 18 mois, le temps de tenter d’obtenir une improbable dérogation à l’interdiction de détruire une espèce protégée, l’Outarde canepetière, espèce menacée emblématique du Poitou-Charentes.

Alors que le tribunal administratif de Poitiers s’était appuyé sur les règles de la gestion quantitative pour annuler les six ouvrages, ayant constaté qu’ils étaient surdimensionnés par rapport à la ressource disponible, la cour d’appel a choisi de prendre en considération des arguments qui relèvent de la protection de la nature, faune et flore, ce qui constitue une avancée considérable qui fera jurisprudence dans la contestation des méga bassines. Une nouvelle fois la justice le démontre : il est faux de dire que les recours contre les méga bassines seraient abusifs.

Les méga bassines de La Pallu sont donc à la fois une atteinte injustifiable à la nature, mais aussi une aberration par rapport à la ressource. Car le surdimensionnement est flagrant : pour l’ensemble du bassin du Clain les irrigants veulent pouvoir disposer en période de basses eaux (l’été) de 30 millions de mètres cubes, alors que les milieux peuvent au mieux fournir environ 15 millions selon l’étude HMUC du bassin du Clain. Cette dernière fait autorité depuis son achèvement il y a TROIS ans et ses résultats, les volumes prélevables, ont été validés par la CLE en juin 2023. Rappelons qu’ils reposent sur un modèle de réchauffement climatique qui apparaît aujourd’hui trop optimiste. Comment prétendre dans ces conditions que La Pallu pourrait supporter avec 6 bassines 30% d’augmentation des prélèvements annuels par rapport à la moyenne des prélèvements sur 10 ans ?

Miser sur du stockage hivernal est un leurre : la ressource mobilisable est faible, et il est désormais prouvé scientifiquement par l’étude HMUC que des prélèvements hivernaux importants mettraient en péril l’été suivant le niveau des nappes et le débit des rivières qu’elles soutiennent.
Ajoutons qu’avec les canicules, de nombreux mètres cubes stockés en surface sont voués à disparaître, par évaporation.

Avec ce jugement l’avenir de l’agriculture sur le bassin de La Pallu se dessine enfin. Place à l’adaptation au changement climatique tout autant qu’à la mise en œuvre dès maintenant des actions en permettant l’atténuation ; iI y aura ainsi assez d’eau sur ce secteur pour l’irrigation agricole, sans avoir recours aux réserves dites de substitution.

Mais ce futur désirable n’adviendra qu’à trois conditions :

  • La première est de restaurer les capacités naturelles du territoire à retenir et filtrer les eaux pluviales et à en améliorer la capacité d’infiltration vers les nappes.
  • La deuxième est de prioriser l’usage de l’eau utilisée par l’agriculture en réservant prioritairement l’irrigation aux cultures participant réellement à la souveraineté alimentaire et les plus favorables au revenu des agriculteurs (maraîchage, arboriculture, fourrages pour les animaux, cultures à haute valeur ajoutée comme le melon, les semences…). L’irrigation des cultures à vocation énergétique est à proscrire. Les agriculteurs prouvent déjà qu’ils savent s’adapter, mais ils le feront d’autant mieux quand ils seront soutenus par des politiques publiques financées.
  • La troisième, qui demandera certainement le plus de courage aux décideurs, est de remettre à plat les volumes d’eau historiques accordés aux irrigants il y a maintenant plus de 20 ans. C’est la condition pour penser, dans l’intérêt général, le partage équitable et responsable d’une ressource commune rare et fragile.

Vienne Nature, LPO Poitou-Charentes, Que Choisir Ensemble Vienne, Confédération Paysanne 86 et Poitou-Charentes Natures