Prairie oligotrophe à Molinie

Rédacteur : Olivier Collober

Physionomie -écologie

La Molinie bleue (Molinia caerulea) est une graminée sociale indifférente au pH mais dépendante des sols pauvres en éléments nutritifs et engorgés ou temporairement humides. On la rencontre dans des milieux aussi variés que les bois humides, les bas marais ou les landes humides. Mais elle est surtout une espèce typique des prairies humides non fertilisées soumises à des fluctuations de niveau d’eau qui se développent aux abords des nappes phréatiques. Sa préférence marquée pour les biotopes ouverts et ses exigences écologiques propres (présence d’eau et pauvreté des nutriments) lui ont valu d’attribuer son nom à un habitat élémentaire particulier, la « prairie oligotrophe à Molinie », représenté par une formation herbeuse caractéristique, la Moliniaie.

Du point de vue de sa physionomie, la Moliniaie est une formation relativement basse et diversifiée quand elle est régulièrement entretenue par le pâturage où par la fauche. Elle regroupe alors tout un cortège d’espèces parmi lesquelles la Molinie bleue reste discrète. Par contre, l’arrêt de ces modes d’exploitation profite rapidement à la Molinie qui devient alors dominante, constituant une prairie dense et haute (jusqu’à 1, 50 m), puis exclusive, particulièrement sur les terrains siliceux, pour ne plus former qu’une friche très appauvrie et facilement reconnaissable à ses touffes élevées caractéristiques (touradons).

Du point de vue de sa composition floristique, la prairie oligotrophe à Molinie regroupe de nombreuses associations végétales autour d’un ensemble d’espèces relativement constant, parmi lesquelles des Cypéracées (Carex panicea, Cyperus longus…) mais aussi une assez grande diversité de dicotylédones (Cirsium dissectum, Potentilla erecta, Scorzonera humilis, Succisa pratensis, Valeriana dioïca). Ainsi, en Poitou-Charentes, on dénombre pas moins de 7 variantes différentes selon le pH, les gradients d’atlanticité, de trophisme, de topographie, d’hydromorphie ou encore en fonction de la dynamique végétale. La présence des espèces indicatrices en abondance ou au contraire des espèces discriminantes est donc essentielle pour qualifier l’habitat et le dissocier d’autres groupements où la Molinie bleue, qui dispose d’une relative amplitude écologique, peut être également présente. La classification phytosociologique actuelle regroupe chacune de ces variations spécifiques dans deux grands ensembles déterminés par les conditions édaphiques.

On distingue ainsi plus précisément au niveau régional ;

  • les prairies à Molinie neutres ou basiques (Eu-molinion) présentes sur les sols neutres, calcaires ou marneux, humides et peu perméables, existant au contact des nappes ou en périphérie des bas marais alcalins. Les associations de ces prairies peuvent présenter une forte diversité floristique du fait de la présence possible d’espèces communes avec les pelouses calcicoles mésophiles (34-32) et les bas marais alcalins (54-2) comme par exemple Anacampsis palustris, Dactylorhiza fuchsii, Inula salicina, Galium boreale, Genista tinctoria, Gentiana pneumonanthe, Juncus subnodulosus, Parnassia palustris, ou encore Sanguisorba officinalis.

Les formations régionales les plus caractéristiques concernent les pelouses hygrophiles et thermophiles subméditerranéennes (6410-4) qui occupent les milieux forestiers ouverts (en lisière ou issues de la déforestation) et qui rassemblent :

– le pré à Chlore perfoliée et Silaüs des prés (BLACKSTONIO-SILAETUM SILAI), qui comprend lui-même une variation à Lotier maritime, Lotier fin, Laîche tomenteuse, Cirse acaule et Iris maritime sur les calcaires marneux, une autre variation à Bruyère à balais, Choin noircissant, Peucédan des cerfs et Genêt couché sur terrains sidérolithiques et une troisième variation régionale à Carvi verticillé et Scorsonère humble sur substrat paratourbeux,

– le pré à Potentille rampante et à Canche moyenne (POTENTILLO-DESCHAMPSIETUM MEDIAE) sur les sols marneux plus tassés, association complétée par la Centaurée des prés et la Brunelle à feuille d’hysope.

  • les prairies à Molinie acidiphiles (Junco-Molinion) qui se développent à la marge des zones humides et des étangs sur les terrains primaires (granite, gneiss, schistes, sables…). Le cortège des espèces constantes de ces prairies acidiphiles est constitué par Scorzonera humilis et Cirsium dissectum dans des parties soumises à une relative sècheresse et par Juncus acutiflorus et Carum verticillatum dans les secteurs plus longuement engorgés. Ces associations sont complétées par Cirsium palustre, Galium uliginosum, Lotus uliginosus, Valeriana dioica et par diverses espèces prairiales hygrophiles qui acceptent des sols moyennement oligotrophes à oligotrophes.

Certaines espèces caractéristiques permettent de définir plusieurs sous-types au sein de cet ensemble :

les prés humides et bas marais acidiphiles atlantiques (6410-6) représentatifs des systèmes prairiaux ou tourbeux qui rassemblent le pré à Cirse des anglais et à Scorzonère humble (CIRSIO-SCORZONERETUM HUMILIS), le bas marais à Carvi verticillé et à Joncs à fleurs aigües (CARO-JUNCETUM ACUTIFLORI), le bas marais à Mouron délicat et à Grassette du Portugal (ANAGALLIDO-PINGUICULETUM LUSITANICAE) ;

les pairies ouvertes acidiphiles atlantiques (6410-7) caractéristiques des landes et forêts hygrophiles ouvertes et qui comprennent le pré à Lobélie brûlante et à Agrostide des chiens (LOBELIO-AGROSTIETUM CANINAE) et, peut-être, le pré à Laîche ponctuée et à Agrostide des chiens (CARICI-AGROSTIETUM CANINAE) ;

le pré humide atlantique amphibie (6410-8) qui caractérise les bords d’étangs ou de mares oligotrophes, au-dessus des ceintures amphibies à Littorelle, et qui comprend le bas marais à Canche des marais et à Agrostide des chiens (DESCHAMPSIO-AGROSTIETUM CANINAE) ;

la moliniaie hygrophile atlantique (6410-9) représentative des landes et forêts temporairement humides, dominée par la Molinie bleue et le Carvi verticillé (CARO-MOLINIETUM CAERULEAE) ;

le pré humide thermo-atlantique sur sol à assèchement estival (6410-10) présent dans les landes et forêts temporairement humides, représenté par la moliniaie à Bruyère à balais (ERICO-MOLINETUM CAERULEAE) ;

la moliniaie acidiphile subatlantique à pré-continentale (6410-13) observée dans les landes et forêts ouvertes hygrophiles sur argile et représentée par le pré sub-forestier à Succise des prés et Silaüs des prés (SUCCISO-SILAEETUM SILAI).

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

  • MOLINIO CAERULAE – JUNCETEA ACUTIFLORI, Br.-Bl. 1950 : prairies hygrophiles à mésohygrophiles sur sol oligotrophe à mésotrophe.
    • Juncion acutiflori Br.-Bl. & Tüxen 1952 : communautés atlantiques sur sol mésotrophe
    • Molinion caeruleae Koch 1926 : communautés sur sol paratourbeux, basique, oligotrophe
    • Deschampsio mediae-Molinion arundinaceae de Foucault 1984 : communautés basses, paratourbeuses, thermophiles

COR 1997

  • 37.22 Prairies à Jonc acutiflore
  • 37. 31 Prairies à Molinie et communautés associées
    • 37. 311 Prairies à Molinie sur calcaire
    • 37. 312 Prairies à Molinie acidiphiles

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

6410 « Prairies à Molinia sur sols calcaires, tourbeux ou argilo-limoneux »

Confusions possibles

La Molinie bleue étant une espèce très compétitive et relativement tolérante aux modifications du régime hydrique, sa seule présence est insuffisante pour qualifier l’habitat. Pour éviter toute confusion avec d’autres groupements, la Molinie doit être accompagnée par les autres espèces indicatrices du cortège. Lorsque ces espèces sont présentes en quantité, l’habitat alors est facilement identifiable. Mais il devient plus difficile à dissocier notamment des autres prairies humides lorsque les espèces indicatrices deviennent moins abondantes suite à la dégradation des facteurs écologiques essentiels à leur maintien, comme par exemple, en cas d’assèchement progressif du milieu (drainage) ou d’apports organiques (eutrophisation).

Par ailleurs, la prairie à Molinie est un habitat parmi d’autres à
l’intérieur des milieux oligotrophes humides. Au sein de cette mosaïque, il est parfois délicat de la différencier des autres groupements avec lesquels elle entre en contact. En outre, elle présente souvent des stades d’évolution ou de transition particulièrement difficiles à discerner et peut alors être aisément confondue avec des groupements très proches qui traduisent une dynamique progressive ou régressive (moliniaie landicole ou moliniaie tourbeuse). A ce titre, en présence de stades très évolués, lorsque la Molinie est devenue presque exclusive, il faut prendre garde à ce qu’elle ne dissimule pas en réalité un autre groupement comme cela peut être le cas, par exemple, sur certains secteurs marneux ou tourbeux dégradés à la suite d’un drainage.

Dynamique

Dans sa configuration type, la prairie oligotrophe à Molinie est le résultat de l’action anthropique dans le processus d’évolution naturelle. Lorsque la prairie n’est plus régulièrement entretenue par le pâturage ou par la fauche, la dynamique végétale conduit au remplacement des espèces prairiales caractéristiques par une friche à Molinie très dense, un groupement paucispécifique presque exclusivement constitué par la Molinie bleue. Ce groupement peut évoluer en lande humide ou plus directement en fourré hygrophile composé de saules, de bouleaux ou de trembles. L’évolution spontanée conduira à terme à l’apparition d’une chênaie oligotrophe.

Mais la dynamique végétale peut être compromise par l’action de l’homme lorsque celui-ci intervient sur les facteurs écologiques permettant l’expression de l’habitat comme par exemple en drainant la parcelle ou en l’amendant. Ces pratiques conduisent au remplacement des espèces indicatrices par d’autres espèces et groupements de valeur patrimoniale moindre sans pour autant faire disparaître la Molinie bleue. Au contraire, la prolifération de la Molinie ou du Jonc acutiflore peut traduire un assèchement ou un enrichissement excessif de la prairie humide acide ou du bas marais au détriment des groupements caractéristiques.

Espèces indicatrices

[plante2] Agrostis canina, *Allium ericetorum, Anacamptis laxiflora, *Carex binervis, Carex flacca, Carex panicea, *Carex punctata, Carum verticillatum, Cirsium dissectum, Cirsium tuberosum, Cyperus longus, *Deschampsia media, *Deschampsia setacea, *Dianthus superbus, *Galium boreale, Galium debile, *Gentiana pneumonanthe, Hydrocotyle vulgaris, Inula salicina, *Iris sibirica, Juncus acutiflorus, *Juncus squarrosus, Juncus subnodulosus, Lobelia urens, Molinia caerulea, *Nardus strica, Pedicularis sylvatica, *Potentilla anglica, Potentilla erecta, Ranunculus flammula, Sanguisorba officinalis, Scorzonera humilis, Scutellaria minor, *Selinum carvifolia, Senecio erucifolius, Serratula tinctoria subsp. tinctoria, Silaum silaus, Succisa pratensis, Veronica scutellata, *Valeriana dioica.
[plante1] *Anacamptis palustris, Angelica sylvestris, Baldelia ranunculoides subsp. reptans, Blackstonia perfoliata, Calluna vulgaris, Carex pallescens, *Carex pulicaris, Carex tomentosa, Centaurea thuillieri, Cirsium palustre, Colchicum autumnale, Dactylorhiza fuchsii, Dactylorhiza maculata, Deschampsia cespitosa, *Drosera intermedia, Eleocharis multicaulis, Eleocharis palustris, *Epilobium palustre, Erica ciliaris, Erica scoparia, Erica tetralix, Galium uliginosum, Genista tinctoria, *Gratiola officinalis, *Iris spuria subsp. maritima, Juncus conglomeratus, Lathyrus pannonicus, Lotus maritimus, Lotus uliginosus, Mentha arvensis, Oenanthe fistulosa, Ophioglossum vulgatum, *Parnassia palustris, Potentilla reptans, *Prunella hyssopifolia, *Pinguicula lusitanica, *Stellaria palustris, *Taraxacum palustre, *Trifolium patens, Ulex minor, Ulex gallii, Viola lactea, *Viola palustris.
[briophytes] Moliniaies neutres ou basiques : Bryum pseudotriquetrum, Calliergonella cuspidata, Campylium stellatum, Drepanocladus lycopodioides, Fissidens adianthoides

Moliniaies acidiphiles : Aulacomnium palustre, Calliergonella cuspidata, Dicranum bonjeanii, Drepanocladus aduncus, Sphagnum auriculatum

[lepidopteres] Coenonympha oedippus, Euphydryas aurinia, Heteropterus morpheus, Maculinea alcon, Maculinea teleius
[orthopteres] Mecostethus parapleurus, Chorthippus parallelus, Metrioptera roeselii, Pteronemobius heydenii, Ruspolia nitidula, Stethophyma grossum
[champignons] Agrocybe pediades

Valeur biologique

Les prairies oligotrophes à Molinie constituent des biotopes semi-naturels dont les surfaces ont considérablement régressé à l’échelle régionale au cours de ces dernières décennies.
D’un point de vue floristique, l’habitat offre une grande diversité notamment dans les milieux calcaires. Il abrite des cortèges d’espèces originaux qui recherchent le mode de fonctionnement hydrique de ces prairies à niveau variable et qui sont très sensibles à l’eutrophisation. Avec 27 espèces figurant sur la Liste Rouge Régionale dont 4 protégées au niveau national et 3 au niveau régional, sa richesse en plantes rares/menacées est exceptionnelle.

D’un point de vue faunistique, les différents types de moliniaies
hébergent également des espèces patrimoniales comme le Damier de la Succise ou l’Azuré des mouillères, deux espèces de papillons emblématiques protégés au niveau national et européen. En outre, ces prairies font partie d’un véritable ensemble fonctionnel avec d’autres habitats de zones humides oligotrophes comme les bas marais, les landes humides ou les tourbières dont l’intérêt patrimonial n’est plus à démontrer.

Pour ces raisons, les prairies oligotrophes à Molinie ont une valeur patrimoniale très élevée. Elles représentent aujourd’hui un habitat rare et disséminé en Poitou-Charentes qui nécessiterait des mesures de préservation strictes.

Menaces

Au siècle dernier, les prairies à Molinie étaient fauchées pour produire un foin de qualité nutritive médiocre ou, plus souvent, pour faire de la litière. Depuis quelques décennies toutefois, ces prairies « maigres » ne correspondent plus aux besoins d’un élevage moderne productif. La valorisation de ces sols pauvres a donc été à l’origine du remplacement presque systématique des prairies à Molinie par des cultures plus rentables et productives impliquant le drainage des parcelles et l’apport d’engrais chimiques et organiques. Les dernières prairies à Molinie qui subsistent encore sont donc menacées par l’évolution des pratiques agricoles et par les modes de gestion qui influent sur le régime hydrique (pompage excessif des nappes phréatiques) ou sur le trophisme (pâturage intensif, épandages, eutrophisation des eaux). A l’inverse, l’absence totale de gestion (déprise) aboutit à la fermeture du milieu et à son boisement progressif.

La conservation de l’habitat passe donc par le maintien de l’alimentation et du niveau d’eau ainsi que par une gestion adaptée (usage agricole extensif) enrayant la dynamique spontanée de la végétation.

Statut régional

L’habitat est très disséminé sur l’ensemble de la région : les sous-types acidiphiles, bien qu’en fort déclin, restent assez répandus alors que le sous-type calcicole est beaucoup plus localisé.

17 : landes de Cadeuil, landes de Montendre, prairies de la Double Saintongeaise

16 : Confolentais, Double Charentaise, Pays Bas (forêt de Jarnac et environs), vallée de la Boême

79 : prairies de Gâtine et de l’Argentonnais, communal de Périgné, communal des Bouasses

86 : Montmorillonnais, vallée de la Bouleur

 

Prairie humide Atlantique eutrophe

Rédacteur : David Suarez

Physionomie -écologie

Cet habitat se développe généralement sur les sables et limons du lit majeur des grands et moyens cours d’eau soumis aux inondations hivernales, mais aussi de façon plus ponctuelle et fragmentaire en bordure des ruisseaux et rivières de moindre importance, ou parfois en queue d’étang. Il s’agit de milieux herbacés dont la dynamique est bloquée au stade prairial par l’action humaine et qui, lorsque les conditions stationnelles et le mode de gestion (fauche annuelle) sont optimums, se présentent sous la forme de prairies denses et hautes à grande diversité floristique, et dont la floraison débute de mars (fin des inondations) avec la Fritillaire pintade et s’étend jusqu’à juin (période traditionnelle de fauche). La variabilité de ces prairies est très importante et dépend principalement de 2 facteurs :

La présence d’inondations hivernales est indispensable car elles apportent une couche de limons qui enrichit le sol et favorise le développement d’une flore spécialisée à dominante d’hémicryptophytes, gourmande en éléments nutritifs et adaptée à l’immersion prolongée. En cas d’absence d’inondations, ou si leur durée est courte, on observe une modification de la structure des prairies, qui évoluent vers la prairie méso-hygrophile à mésophile, nettement moins productive en biomasse végétale.

Le mode de gestion des prairies humides influe directement sur la physionomie de l’habitat :

– lorsqu’elles sont fauchées, on observe un cortège appartenant au BROMION RACEMOSI, avec différents faciès : prairies à Séneçon aquatique Senecio aquaticus et Fritillaire pintade Fritillaria meleagris sur alluvions calcaires (fleuve Charente et ses affluents), prairies à Jonc diffus Juncus effusus sur sols eutrophisés par les intrants agricoles, prairies à Jonc noueux Juncus subnodulosus sur sols paratourbeux et prairies à Scirpe des bois Scirpus sylvaticus sur alluvions et sables acides issus du massif central (bordure nord-est de la Charente et sud-est de la Vienne) et du massif armoricain (nord des Deux-Sèvres). En cas d’abandon des fauches annuelles, on observe des prairies de transition à Populage des marais Caltha palustris et Oseille crépue Rumex crispus, qui évolue rapidement vers la mégaphorbiaie eutrophe puis vers la forêt alluviale.

– lorsqu’elles sont pâturées, généralement par des bovins en Poitou-Charentes, le cortège végétal des prairies humides est moins diversifié : les joncs, peu appréciés par les bêtes, dominent souvent (Juncus effusus, J. conglomeratus, J. inflexus…), accompagnés par la Renoncule âcre Ranunculus acris.

Les prairies humides artificielles, semées de graminées à haute valeur fourragère (Grande Fétuque Festuca arundinacea, ray-grass) et engraissées chimiquement, constituent également une variante de cet habitat, sans grande valeur biologique. Elles sont souvent pâturées de façon intensive.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

  • AGROSTIETEA STOLONIFERAE Th. Müll. & Görs 1969 : prairies méso- à eutrophes des sols engorgés ou inondables
    • Potentillo anserinae-Polygonetalia avicularis Tüxen 1947 : inondations de courte durée
      • Bromion racemosi Tüxen in Tüxen & Preising 1951 : prairies fauchées
      • Alopecurion utriculati Zeidler 1954 : prairies thermo-atlantiques
      • Potentillion anserinae Tüxen 1947 : prairies piétinées et pâturées, méso-hygrophiles, eutrophes
      • Mentho-Juncion inflexi Müller & Gors 1969 ex de Foucault 1984 : prairies pâturées neutroclines
    • Eleocharitetalia palustris de Foucault 1984 : prairies longuement inondables
      • Oenanthion fistulosae de Foucault 1984 : communautés atlantiques

COR 1991

  • 37. 21 Prairies humides atlantiques et sub-atlantiques
    • 37. 214 Prairies à Séneçon aquatique (SENECIONETUM AQUATICI)
    • 37. 217 Prairies à Juncus effusus (EPILOBIO-JUNCETUM EFFUSI)
    • 37. 218 Prairies à Jonc subnoduleux (JUNCETUM SUBNODULOSI)
    • 37. 219 Prairies à Scirpus sylvaticus
  • 37. 22 Prairies à Jonc acutiflore (JUNCION ACUTIFLORI)
  • 37. 24 Prairies à Agropyre et Rumex (AGROPYRON-RUMICION CRISPI pp.)
    • 37. 241 Colonies de Juncus effusus, J. conglomeratus, J. inflexus des prairies fortement pâturées
    • 37. 242 Prairies inondables à Agrostis stolonifera, Festuca arundinacea…
  • 37. 25 Prairies humides de transition à hautes herbes (CALTHION). Prairies abandonnées évoluant vers 37. 1
  • 81. 2 Prairies humides améliorées (pâturage intensif humides, souvent drainés)

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

Nc

Confusions possibles

Les prairies humides atlantiques peuvent être confondues avec d’autres habitats herbacés avec lesquels elles sont souvent en contact direct : les mégaphorbiaies eutrophes et marécageuses, qui se distinguent par la quasi absence de graminées, mais dont certaines espèces végétales caractéristique se retrouvent dans le cortège des prairies (Filipendula ulmaria, Thalictrum flavum, Euphorbia villosa…), les prairies mésophiles qui peuvent se développer en contact sur des zones plus élevées, où lorsque les inondations hivernales se font plus rares et plus courtes, et dont le cortège est dominé par des espèces non hygrophiles (Dactylis glomerata, Arrhenatherum elatius, Leucanthemum vulgare…). Les prairies à molinie, dont la physionomie peut rappeler celles des prairies atlantiques, ne se développent que sur des sols tourbeux ou paratourbeux et la présence de la Molinie bleue Molinia caerulea suffit généralement à différencier ces deux habitats.

Espèces indicatrices

[plante2] *Achillea ptarmica, Agrostis stolonifera, Alopecurus pratensis, Anacamptis laxiflora, Bromus racemosus, Cardamine pratensis, Carex cuprina, Carex disticha, Carex hirta, *Carex vulpina, Eleocharis palustris, Festuca arundinacea, *Fritillaria meleagris, Galium palustre, *Gratiola officinalis, *Inula britannica, Juncus effusus, Juncus inflexus, Lotus uliginosus, Lysimachia nummularia, Mentha arvensis, Oenanthe fistulosa, Oenanthe silaifolia, Polygonum amphibium var. terrestre, Potentilla anserina, Ranunculus repens, Rumex crispus, Senecio aquaticus, Silene flos-cuculi, Teucrium scordium
[plante1] Althaea officinalis, Caltha palustris, Calystegia sepium, Centaurea thuillieri, Cirsium palustre, *Dactylorhiza incarnata, Epilobium hirsutum, Epilobium parviflorum, Equisetum palustre, Euphorbia villosa, Filipendula ulmaria, Iris pseudacorus, Galium debile, Galium palustre, Gaudinia fragilis, Juncus acutiflorus, Juncus conglomeratus, Juncus subnodulosus, Lathyrus pratensis, Lycopus europaeus, Lysimachia vulgaris, Lythrum salicaria, Mentha aquatica, Phalaris arundinacea, Plantago major, Potentilla repens, Pulicaria dysenterica, Ranunculus acris, Ranunculus flammula, *Ranunculus ophioglossifolius, Scirpus sylvaticus, Solanum dulcamara, Stachys palustris, Thalictrum flavum, Valeriana officinalis, Veronica scutellata
[briophytes] Brachythecium mildeanum, Calliergonella cuspidata, Didymodon insulanus, Eurhynchium hians, Eurhynchium stokesii, Weisia squarrosa
[oiseaux] Cisticola juncidis, Crex crex, Motacilla flava, Saxicola rubetra
[amphibiens] Rana dalmatina, Rana temporaria
[lepidopteres] Lycaena dispar
[orthopteres] Chorthippus dorsatus, Chorthippus parallelus, Conocephalus discolor, Mecostethus parapleurus, Metrioptera roeselii

Dynamique

Les prairies humides atlantiques sont issues de défrichements souvent anciens des complexes forestiers hygrophiles qui peuplaient autrefois le lit majeur des cours d’eau. En l’absence d’actions anthropiques (pâturage, fauche), elles évoluent rapidement vers la mégaphorbiaie, puis vers le fourré hygrophile, dominé par les saules et les jeunes frênes, et enfin la forêt alluviale qui constitue le stade climacique de cette série de végétation. En cas de drainage, ou de modification notable du régime hydrique du cours d’eau avoisinant, on observe l’apparition d’espèces végétales plus mésophiles et à terme une prairie mésophile s’installe. En cas de boisement artificiel (peupleraie), le fort ombrage qui en résulte finit par appauvrir le cortège végétal, qui comporte de nombreuses espèces héliophiles.

Valeur biologique

Les prairies humides atlantiques, lorsqu’elles sont exploitées de façon extensive, sont des habitats à très forte valeur biologique : elles sont le lieu de reproduction de deux espèces emblématiques menacées d’extinction dans la région : le Râle des genêts Crex crex, dont il ne subsiste à l’heure actuelle qu’une vingtaine de couples nicheurs en Poitou-Charentes, et qui est strictement inféodé à cet habitat, et le Cuivré des marais Lycaena dispar, papillon menacé à l’échelle européenne et dont la chenille se nourrit sur les oseilles (Rumex ssp). Au niveau floristique, ces prairies accueillent encore de belles populations de Fritillaire pintade Fritillaria meleagris, liliacée en régression alarmante au niveau national. D’autres espèces rares, comme l’Achillée sternutatoire Achillea ptarmica, la Gratiole officinale Gratiola officinalis, la Renoncule à feuilles d’ophioglosse Ranunculus ophioglossifolius ou l’Inule d’Angleterre Inula britannica, y sont présentes de façon plus sporadique. Au printemps, les Grenouille rousse Rana temporaria et agile Rana dalmatina se rassemblent dans les cuvettes encore inondées pour y pondre. D’une façon générale, la forte diversité floristique de cet habitat attire tout un cortège d’invertébrés phytophages, qui sont à leur tour prédatés par de nombreux vertébrés insectivores : amphibiens, reptiles, oiseaux, chauves-souris… Les prairies humides atlantiques jouent donc un rôle très important dans la chaîne alimentaire des zones humides.

Menaces

Les prairies humides atlantiques, comme la plupart des habitats des zones humides, sont en régression alarmante en Poitou-Charentes, comme au niveau national. Les menaces sont nombreuses : la qualité nutritive et la teneur en eau des terrains sur lesquels elles se développent sont très favorables à la culture du maïs, et certaines vallées, autrefois très riches, ne sont aujourd’hui qu’une immense monoculture de maïs sans aucun intérêt biologique. Les plantations de peupliers, bien que moins traumatisantes, constituent elles aussi une menace importante pour cet habitat. La gestion hydraulique des cours d’eau (recalibrage, gestion du débit) peut s’avérer également défavorable en limitant les crues hivernales. Il est d’ailleurs étonnant de constater qu’un habitat aussi riche en biodiversité et menacé un peu partout en Europe ne soit pas inscrit à l’annexe 1 de la Directive « Habitats, Faune, Flore ».

Statut régional

Habitat disséminé sur l’ensemble de la région mais les derniers grands blocs, peu altérés par l’agriculture intensive ou les modifications hydrauliques, sont devenus rares. Ils ont fait l’objet, en général, d’une inscription aux grands inventaires de faune, de flore et d’habitats des trois dernières décennies (ZNIEFF, ZICO, ZPS, ZSC)

16 : moyenne vallée de la Charente, en amont et en aval d’Angoulême

17 : moyenne vallée de la Charente (de Cognac à Rochefort)

79 : vallées de la Boutonne, de l’Autize, du Thouet

86 : vallées de la Vienne, du Clain, de la Creuse, de la Gartempe

 

Prairie humide méditerranéenne à Scirpe en boule

Rédacteur : Jean Terrisse

Physionomie -écologie

Physionomiquement, l’habitat a une structure de prairie hygrophile moyenne à haute (jusqu’à plus d’1m), plus ou moins ouverte et laissant voir le substrat entre les touffes des Cypéracées, des Joncacées ou des Graminées dominantes. La localisation topographique de l’habitat varie en fonction des 2 sous-types rencontrés dans la région : dépressions humides en arrière de systèmes dunaires vivants (Oléron) ou fossiles (baie d’Yves), ou cuvette dans des dépôts de la fin du Cénomanien (Cadeuil). Le substrat est à dominante sableuse – sables riches en calcite coquillère dans le 1er cas, sables quartzeux colorés par les oxydes de fer, de manganèse et de titane dans le second -, imprégné durant l’hiver et au début du printemps par une nappe fluctuante d’eau chargée en calcaire. La fraction organique est variable mais en principe faible (pas d’accumulation tourbeuse comme dans les bas-marais ou les tourbières), en raison du fort battement estival de la nappe et du pH élevé qui favorisent l’activité microbiologique et la minéralisation de la litière. La végétation est souvent structurée en mosaïque ouverte où de petites plantes annuelles à cycle court, très dépendantes des variations interannuelles de la nappe, forment parfois de micro pelouses fugaces au sein des touffes de joncs, de scirpes et de laîches. Celles-là connaissent surtout un développement printanier et disparaissent rapidement et à mesure de l’aggravation du déficit hydrique estival.

Régionalement, l’habitat se décline en 2 sous-types :

– au sein de dépressions interdunaires sub-inondables : communauté à Scirpe jonc et Choin noirâtre (HOLOSCHOENO-SCHOENETUM NIGRICANTIS) des situations primaires, avec accumulations organiques plus ou moins nettes (île d’Oléron), ou communauté à Samole de Valérand et Scirpe jonc (SAMOLO VALERANDI-SCIRPETUM HOLOSCHOENI), des situations secondaires (anciennes carrières de sable) sans accumulation organique (baie d’Yves) ; dans les 2 cas, l’habitat est en contact latéral avec ceux de la xérosère dunaire (dunes grises de Gascogne à Immortelle, Raisin de mer, Armoise de Lloyd) et, parfois (forêt de St Trojan à Oléron) en lien dynamique avec des aulnaies arrière-dunaires ; Les micro-pelouses à thérophytes associées, très originales, sont riches en Gentianacées – divers Blackstonia et Centaurium, dont autrefois Centaurium chloodes, aujourd’hui considérée comme disparue et au bord de l’extinction en France, le Trèfle bardane Trifolium lappaceum…

– au sein de bas-marais sur sables cénomaniens en situation arrière-littorale (le site de Cadeuil, aujourd’hui distant de la mer d’une quinzaine de kilomètres était en situation littorale lors de la transgression flandrienne quaternaire) : communauté à Laîche ponctuée et Scirpe jonc (CARICI PUNCTATAE-SCIRPETUM HOLOSCHONEI), associée à une micro-pelouse thérophytique avec le Scirpe sétacé Scirpus setaceus, la Chlore imperfoliée Blackstonia imperfoliata…

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

  • MOLINO CAERULEAE-JUNCETEA ACUTIFLORI Br.-Bl. 1950 : prairies hygrophiles à méso-hygrophiles, sur sol oligotrophe à mésotrophe
    • Holoschoenetalia vulgaris Br.-Bl. ex Tchou 1948 : communautés méditerranéennes
  • Molinio arundinacea-Holoschoenion vulgaris Br.-Bl. ex Tchou 1948 : communautés élevées mésohygrophiles méridionales.

COR 1991

  • 37.4 Prairies humides méditerranéennes à grandes herbes

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

  • 6420-1 Prés humides littoraux thermo-atlantiques de Vendée et d’Aunis*(NB : synonyme p.p. avec le 2190-3 : Bas-marais dunaires )
  • 6420-2 Prés humides littoraux thermo-atlantiques des Landes et des Charentes

Confusions possibles

La situation arrière-dunaire du sous-type 6420-1 permet une identification aisée, d’autant plus que l’habitat occupe des cuvettes immédiatement reconnaissables au sein de grands ensembles dunaires. L’identification du sous-type 6420-2 est moins aisée car l’habitat occupe des situations moins typiques et souvent sur des surfaces moindres ; néanmoins, sa localisation sur le site unique de Cadeuil (des mentions en Double charentaise, dans les « landes de Montendre » demanderaient confirmation) doit faciliter les recherches : la présence de taches de Scirpe jonc Scirpus holoschoenus doit alors immédiatement attirer l’attention et stimuler la recherche de Carex punctata que sa couleur verdâtre rend plus cryptique.

Une confusion semble exister cependant sur la position exacte de l’habitat puisque les 2 communautés de l’HOLOSCHOENO-SCHOENETUM et du SAMOLO-SCHOENETUM sont rapportées au 6420-1 dans le Cahier des habitats agropastoraux (vol.2) et au 2190-3 dans le Cahier des habitats côtiers ! Leur rattachement aux habitats dunaires (2190-3) nous paraît logique d’un point de vue écologique global et du fait de leur localisation, alors que leur inféodation aux prairies humides (6420-1) résulte plus d’une approche purement botanique et d’une volonté de rapprocher dans une même entité ces 2 groupements du CARICI-SCIRPETUM aux côtés desquels ils voisinent en effet dans le synsystème phytosociologique. Le problème est identique à celui des forêts littorales à Pin maritime et Chêne vert qui peuvent être indifféremment classées avec les dunes (approche écologique), ou avec les forêts de conifères (approche floristique).

Dynamique

Pour le 6420-1 : en situations primaires sables (dunes d’Oléron), la dynamique semble très faible, du moins tant que la nappe aquifère garde un fonctionnement naturel (battement saisonnier lié aux seules variations de la pluviométrie) ; dans les situations secondaires où l’habitat s’est reconstitué sur le site d’anciennes carrières de sable creusées dans des cordons dunaires fossiles (baie d’Yves), une nette tendance à l’embroussaillement a lieu, tant par le haut, avec des espèces de fruticée méso-xérophile (Troëne, ronces, Aubépine monogyne), que vers le bas avec la forte dynamique du Saule roux dont les semences ont bénéficié de la mise à nu des sables lors de l’exploitation pour s’implanter.

Pour le 6420-2 : les sables de Cadeuil sont aujourd’hui activement exploités et les grandes fosses d’extraction qui trouent le site ont une double influence sur l’habitat ; directe, par la destruction de surfaces significatives (comme cela a été le cas au cours de la dernière décennie pour des secteurs situés à l’est de la route Rochefort-Royan) ; indirecte, par rabattement de la nappe, dont les effets peuvent se faire sentir, comme l’a montré une étude hydro-géologique, jusqu’à plus d’1 kilomètre du front de taille. L’assèchement du substrat peut alors entraîner une altération de la flore et, surtout, l’invasion de l’habitat par des espèces moins hygrophiles mais plus compétitives qui finiront par provoquer sa destruction.

Espèces indicatrices

[plante2] Anagalis tenella, *Blackstonia imperfoliata, Calamagrostis epigeios, Carex flacca, *Carex punctata, *Carex scandinavica, *Dactylorhiza incarnata, *Epipactis palustris, Hydrocotyle vulgaris, *Juncus anceps, Juncus maritimus, Juncus subnodulosus, *Liparis loeselii, *Salix arenaria, Samolus valerandi, Scirpus holoschoenus, *Sonchus maritimus, *Spiranthes aestivalis, *Teucrium scordium ssp.scordioides, *Trifolium lappaceum
[plante1] Agrostis stolonifera, *Anacamptis coriophora ssp.fragrans, *Anacamptis palustris, Blackstonia perfoliata, Carex arenaria, Centaurium erythraea, Centaurium pulchellum, Cladium mariscus, Cynodon dactylon, Epilobium parviflorum, Juncus articulatus, Juncus inflexus, *Juncus striatus, Lotus tenuis, Lotus uliginosus, Lysimachia vulgaris, Lythrum salicaria, Mentha suaveolens, Molinia caerulea, Parentucellia viscosa, Phragmites australis, Potentilla reptans, Pulicaria dysenterica, Ranunculus flammula, Ranunculus sardous, Schoenus nigricans, Scirpus setaceus
[amphibiens] Hyla meridionalis, Pelobates cultripes

Valeur biologique

La prairie humide méditerranéenne est considérée comme un habitat menacé en Europe et figure à l’Annexe I de la Directive 92/43/CEE, dite « Directive Habitats ». En Poitou-Charentes, elle n’est présente que dans quelques rares sites du littoral de Charente-Maritime où les surfaces couvertes sont infimes (probablement pas plus de 20 ou 30 hectares en tout).

Sur le plan floristique, l’habitat présente une valeur très élevée comme biotope pour de nombreuses plantes rares ou menacées : le Liparis de Loesel Liparis loeselii y possède son unique localité régionale et l’Orchis odorant Anacamptis coriophora fragrans ou le Spiranthe d’été Spiranthes aestivalis leurs plus belles populations ; il est le « centre de dispersion » en Poitou-Charentes pour des plantes à l’écologie spécialisée comme le Jonc à 2 tranchants Juncus anceps, la Chlore imperfoliée Blackstonia imperfoliata, la Germandrée faux-scordium Teucrium scordioides ou le Trèfle bardane Trifolium lappaceum. Il était enfin le biotope de la Petite centaurée à fleurs serrées Centaurium chloodes, dont 153 pieds étaient encore comptés en 1963 en arrière de la baie de Bonne Anse, mais disparue depuis par l’invasion du milieu par le Séneçon en arbre, et considérée comme au bord de l’extinction en France (dernières stations dans les Landes et les Basses-Pyrénées).

Lorsqu’il est associé à des mares, l’habitat est fréquenté par le Crapaud à couteau Pelobates cultripes, un amphibien très localisé en France et inscrit à l’annexe II de la Directive Habitats.

Menaces

Bien que la plupart des sites abritant l’habitat bénéficient de mesures de protection et/ou de gestion conservatoire, celui-ci possède une grande sensibilité intrinsèque aux variations de certains facteurs, au premier rang desquels le fonctionnement hydrique : toute cause altérant ce fonctionnement – enfoncement excessif et prolongé de la nappe, pollution, eutrophisation par les intrants agricoles, salinisation – est susceptible d’avoir de sévères répercussions : altération des cycles bio-géochimiques, altération de la flore, stimulation de la dynamique etc. De ce point de vue, l’implantation de carrières (ou l’extension de carrières existantes) a un impact catastrophique sur l’habitat.

La plantation d’arbres (peupliers dans certaines dépressions arrière-dunaires) ou la simple dynamique naturelle dans des systèmes secondaires non stabilisés (SAMOLO-HOLOSCHOENETUM) sont également susceptibles de nuire à son état de conservation. Sur certains sites enfin (baie de bonne Anse) l’implantation de complexes résidentiels (la Palmyre dans les années 60) peut favoriser l’apparition de plantes exogènes invasives, parfois destructrices de l’habitat, comme ici le Séneçon en arbre Baccharis halimifolia.

Statut régional

L’habitat n’existe que sur le littoral de la Charente-Maritime où il est très rare et ne couvre que de toutes petites surfaces. Toutes ses occurrences figurent aux grands inventaires de faune et de flore récents (ZNIEFF, NATURA 2000).

17 : arrière-dunes de la forêt de St Trojan, réserve naturelle du Marais d’Yves, landes de Cadeuil

 

Mégaphorbiaie marécageuse

Rédacteur : Anthony Le Fouler

Physionomie -écologie

Il s’agit d’une formation herbacée naturelle à dominance de dicotylédones à larges feuilles et à inflorescences vives. Cette végétation inféodée aux zones humides atteint souvent plus d’un mètre de hauteur, avec un recouvrement important d’un petit nombre d’espèces. Elle se développe sur la partie supérieure des berges des cours d’eau, en lisière de forêts humides, dans les prairies hygrophiles en absence d’actions anthropiques et parfois dans les peupleraies à gestion extensive. La taille et la forme de cet habitat varient donc du linéaire sur de courtes distances à de grandes étendues spatiales. Les plantes caractéristiques des mégaphorbiaies sont pour la plupart des dicotylédones sociales très dynamiques. Elles colonisent avec vigueur les milieux humides dès leur abandon, et ce, particulièrement en situation exposée à la lumière (après une coupe par ex.) et sur des sols engorgés une grande partie de l’année. Cette végétation s’épanouit à partir de juin sur des sols profonds, enrichis annuellement par les débris des pousses de l’année. Les inondations occasionnelles apportent également des limons et de la matière organique. La production de biomasse dans ces milieux est souvent très importante. Malgré cette richesse en matières nutritives, les sols restent relativement pauvres en azote (milieu mésotrophe).

La flore des mégaphorbiaies marécageuses est relativement peu diversifiée, le fort pouvoir colonisateur des quelques plantes dominantes rendant ce milieu défavorable aux plantes de plus petite taille. Néanmoins, selon la nature et l’acidité du sol, cet habitat présente une certaine diversité en termes de composition floristique. Sur les sols alcalins, trois associations sont présentes dans la région. La mégaphorbiaie à Epilobe hirsute et Prêle géante (EPILOBIO HIRSUTI-EQUISETETUM TELMATEIAE) se rencontre en situation pionnière sur des substrats à texture très fine, surtout de type marneux, sur des sols frais à humides, voire suintants. La mégaphorbiaie à Grand Pigamon et Guimauve officinale (THALICTRO FLAVI-ALTHAEAETUM OFFICINALIS), est plutôt liée aux substrats limoneux des grandes vallées. La troisième association, d’influence thermo-atlantique, occupe les petites vallées des zones calcaires (EUPHORBIO VILLOSAE-FILIPENDULETUM ULMARIAE). Une mégaphorbiaie marécageuse liée aux sols acidiclines, le JUNCO ACUTIFLORI-FILIPENDULETUM ULMARIAE, se rencontre préférentiellement sur la zone armoricaine du département des Deux-Sèvres et présente une composition floristique différente, dominée par la Reine des près Filipendula ulmaria, le Jonc acutiflore Juncus acutiflorus et l’Oenanthe safranée Oenanthe crocata.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

FILIPENDULO ULMARIAE – CONVOLVULETEA SEPIUM Géhu & Géhu-Frank 1987

  • Filipenduletalia umariae de Foucault & Géhu : communautés mésotrophes des dépressions sujettes à inondation phréatique, sur sol riche en matière organique
    • Thalictro-Filipendulion ulmariae B. Foucault 1984

COR 1991

  • 37.1 Peuplements de Reine des prés et communautés associées

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

  • 6430 Mégaphorbiaies hydrophiles d’ourlets planitiaires et des étages montagnard et alpin
    • 6430-1 Mégaphorbiaies mésotrophes collinéennes

Confusions possibles

Cet habitat peut être confondu avec les mégaphorbiaies eutrophes des eaux douces et les lisières forestières nitrophiles, des communautés végétales plutôt dominées par des espèces nitrophiles comme l’Ortie Urtica dioica et le Liseron des haies Calystegia sepium (37.7 – Lisières humides à grandes herbes). La végétation des mégaphorbiaies marécageuses est souvent en mélange avec celle des magnocaricaies. Le mode de pollinisation des plantes de ces deux habitats diffère et constitue donc un moyen de les distinguer : entomogamie (propagation des pollens par les insectes butineurs) pour les mégaphorbiaies et anémogamie (propagation des pollens par le vent) pour les magnocaricaies. Il existe également une difficulté de caractérisation de l’habitat lorsque celui-ci se présente sous la forme intermédiaire entre une prairie humide récemment abandonnée et la mégaphorbiaie. Ce cas de figure peut parfois être rattaché au Calthion palustris (37.25 – Prairies humides de transition à hautes herbes). De manière générale, une mégaphorbiaie marécageuse ne présente pas ou très peu de graminées prairiales.

Dynamique

Les mégaphorbiaies sont des communautés transitoires qui s’inscrivent dans une dynamique de boisements humides. En conditions défavorables, les plantes de cet habitat se maintiennent dans des refuges : en lisières forestières, sur les chemins ou encore disséminées dans les prairies. La mégaphorbiaie débute sa reformation dès l’abandon des activités pastorales sur les prairies humides ou lors de la destruction de forêts riveraines due aux crues ou aux coupes forestières. Dans de bonnes conditions de luminosité et d’hygrométrie, des plantes vigoureuses colonisent alors rapidement le milieu perturbé ou délaissé. Les espèces prairiales et forestières sont rapidement exclues du cortège. Dans une dynamique naturelle, la mégaphorbiaie va être peu à peu colonisée par des espèces arbustives capables de supporter les contraintes hydriques du sol (saules, Bourdaine, Viorne obier, Nerprun purgatif). Ces fourrés marécageux vont quant à eux évoluer jusqu’à un stade forestier mature : chênaie-frênaie-ormaie ou aulnaie-frênaie.

Espèces indicatrices

[plante2] *Aconitum lycoctonum, *Aconitum napellus, Althaea officinalis, Angelica sylvestris, Epilobium hirsutum, Equisetum telmateia, Eupatorium cannabinum, *Euphorbia palustris, Euphorbia villosa, Filipendula ulmaria, *Lathyrus palustris, Lysimachia vulgaris, Lythrum salicaria, Oenanthe crocata, *Petasites hybridus, Stachys palustris, Symphytum officinale, Thalictrum flavum
[plante1] Achillea ptarmica, Caltha palustris, Cardamine pratensis, Equisetum palustre, Iris pseudacorus, Juncus acutiflorus, Juncus effusus, Heracleum sphondylium, Lychnis flos-cuculi, Lysimachia nummularia, Mentha aquatica, Phalaris arundinacea, Polygonum amphibium, Polygonum bistorta, Ranunculus acris, Ranunculus flammula, Ranunculus repens, Rumex acetosa, Urtica dioica
[briophytes] Amblystegium riparium, Calliergonella cuspidata, Drepanocladus aduncus, Eurhynchium hians, Eurhynchium stokesii
[mammiferes] Arvicola sapidus, Lutra Lutra, Micromys minutus, Mustela lutreola
[reptiles] Natrix maura, Natrix natrix
[oiseaux] Acrocephalus scirpaceus, Cisticola juncidis, Locustella lucinioides
[lepidopteres] Aglais urticae, Araschnia levana, Proserpinus proserpina, Thersamolycaena dispar
[orthopteres] Conocephalus discolor, Conocephalus dorsalis, Mecostethus parapleurus, Metrioptera roeseli, Paracinema tricolor, Stetophyma grossum
[mollusques] Helix pomatia, Hygromia limbata, Succinea putris, Vertigo antivertigo, Vertigo moulinsiana
[coleopteres] Oplia caerulea

Valeur biologique

Les plantes des mégaphorbiaies, vigoureuses et à feuillage dense, forment souvent des groupements végétaux peu diversifiés, avec une nette dominance d’un petit nombre d’espèces. Bien que cet habitat présente une diversité floristique modeste, il héberge potentiellement quelques plantes rares qui lui sont plus ou moins inféodées : Euphorbe des marais Euphorbia palustris, Gesse des marais Lathyrus palustris ou Aconit napel Aconitum napellus, cette dernière très rare et connue d’une unique localité du centre-est de la Charente. Sa capacité d’accueil pour la faune invertébrée est également remarquable : les espèces végétales constitutives, avec leur floraison abondante et leur production élevée, sont une ressource alimentaire essentielle pour les insectes pollinisateurs et phytophages. Leur présence entraîne par la suite celle des insectivores (oiseaux, micromammifères) et des prédateurs associés (Couleuvre à collier, Couleuvre vipérine). Les mégaphorbiaies jouent également un rôle non négligeable dans l’épuration des eaux.

Menaces

La mégaphorbiaie marécageuse est un milieu naturel. Donc, toutes activités agropastorales (fauche, pâturage,…) sont considérées comme des causes de dégradation, voire de destruction de l’habitat. Or, l’exploitant agricole est plus souvent tenté d’agir sur ses prairies à hautes herbes, compte tenu de leur très faible valeur fourragère. La mégaphorbiaie est également un milieu humide. Ainsi, toutes modifications du régime hydraulique des vallées et terrasses alluviales concourent à leur disparition (réduction des inondations du lit majeur, drainage des prairies, endiguement des cours d’eau,…). L’eutrophisation de l’eau (liée à des pollutions diverses) peut conduire au passage à des types de mégaphorbiaies eutrophes. Cette tendance est observée sur de nombreuses rivières du fait des multiples rejets : agricoles (engrais), domestiques (eaux usées non traitées) ou industriels. Même si certaines mégaphorbiaies peuvent se maintenir dans les peupleraies, la plupart du temps, ces dernières sont exploitées de manière intensive (recours aux produits chimiques pour la maîtrise de la végétation herbacée et semis trop denses des peupliers diminuant ainsi l’éclairage favorable aux plantes héliophiles). Les mégaphorbiaies riveraines peuvent enfin être victimes de l’envahissement par des plantes exotiques qui utilisent les vallées comme couloirs de dispersion et peuvent supplanter les espèces indigènes : la Balsamine de l’Himalaya Impatiens glandulifera et la Renouée du Japon Reynoutria japonica sont de ce point de vue les espèces les plus agressives ; elles sont maintenant bien implantées dans le bassin de la Vienne et dans le nord des Deux-Sèvres, notamment. En conséquence, les mégaphorbiaies marécageuses sont en nette régression, et ce particulièrement dans les zones d’agriculture intensive où les prairies sont surexploitées, asséchées ou peu à peu transformées en cultures. Seules les zones humides en déprise agricole, comme localement dans la Venise Verte (79), voient leur surface de mégaphorbiaies s’étendre, mais si, et seulement si, celles-ci ne font pas l’objet – comme c’est souvent le cas – d’une valorisation économique par la plantation de peupliers.

Statut régional

L’habitat est dispersé sur l’ensemble du territoire concerné, notamment le long des principaux cours d’eau :

16 : Charente, Antenne, Tardoire, Né, Echelle, Boëme, Tude, Lizonne

17 : Charente, Boutonne, Antenne, Seugne, Lary, Palais

79 : Argenton, Thouet, Thouaret, Sèvre niortaise, Dive, Autize

86 : Vienne, Clain, Gartempe, Clouère, Vonne, Boivre, Auxances, Salleron