Parois siliceuses

Rédacteur : David Ollivier

Physionomie – écologie

Les parois rocheuses siliceuses du Poitou-Charentes sont principalement composées de roche granitique et plus localement de formations géologiques schisteuses. Ces falaises verticales ne permettent l’installation de la végétation qu’à l’occasion des fissures de la roche et les végétaux y sont plutôt dispersés, localisés et discrets. Le sol issu de la dégradation de la roche est pauvre en bases et en nitrates. L’enrichissement en matières azotées contribue à la variabilité de l’habitat en favorisant la présence de plantes nitrophiles au détriment du cortège spécifique caractéristique. Les plantes vasculaires sont représentées surtout par les fougères accompagnées d’une certaine abondance de lichens et de bryophytes. Selon l’exposition et les conditions d’humidité, les périodes de sécheresse peuvent être prolongées et les amplitudes thermiques parfois importantes (conditions héliophile et thermophile), ce qui favorisent la présence d’une flore particulièrement spécialisée tels que les sedums ou le Nombril de Vénus. En revanche, certaines espèces supportant mal la dessiccation, telles que la Doradille de Billot Asplenium obovatum subp. billotii vont préférer les roches très ombragées et dont les fissures collectent les eaux de pluie.

En Poitou-Charentes, l’habitat est entièrement regroupé dans les falaises eu-atlantiques siliceuses (Asplenio billotti-Umbilicion rupestris) et se décline en 2 associations végétales et plusieurs groupements à statut incertain :

  • en conditions thermophiles et héliophiles, communauté à Umbilicus rupestris et Silene vulgaris ssp. bastardii ( Umbilico rupestris-Silenetum bastardii )
  • en conditions hygrophiles-sciaphiles, communauté à Asplenium obovatum ssp. billotii et Umbilicus rupestris (Umbilico rupestris-Asplenietum billotii).

Au titre des groupements de statut incertain, il faut mentionner une communauté à Polypodium cambricum (existe aussi sur rochers calcaires mais avec une composition floristique différente), une communauté appauvrie ne possédant que quelques Asplenium et/ou Polypodium vulgare.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF2004

ASPLENIETALIA SEPTENTRIONALIS Oberdorfer al. ex Loisel

Asplenio billotii-Umbilicion rupestris de Foucault

Umbilico rupestris-Silenetum vulgaris ssp. bastardii (Godeau) de Foucault, Godeau Bouzillé in de Foucault

Umbilico rupestris-Asplenietum billotii de Foucault

CORINE 1991

62.21 Falaises siliceuses des montagnes médio-européennes

62.212 Falaises siliceuses hercyniennes

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

8220-13 Végétation chasmophytique des pentes rocheuses silicicoles

Confusions possibles

Il n’existe pas de confusion possible avec un autre habitat naturel. Les falaises siliceuses, outre la nature de la roche, présentent une végétation relativement différente des parois calcaires, composée en autres d’Asplenium septentrionale, Umbilicus rupestris ou encore d’Asplenium obovatum subsp. billotii. Certaines fougères, apparemment indifférentes à la nature de la roche, telles que Asplenium trichomanes, ont en fait différencié des sous-espèces distinctes selon le substrat : ssp.quadrivalens sur calcaire et ssp.trichomanes sur silice.

L’abondance des lichens caractérise assez souvent les parois siliceuses, contrairement aux parois calcaires où ils sont généralement moins fréquents.

Dynamique

La végétation des parois siliceuses peut se développer grâce à l’accumulation d’humus et de particules minérales au sein des fissures de la roche. Le sol est donc de très faible profondeur parfois même quasi inexistant et ne permet généralement pas l’installation d’espèces ligneuses hormis peut être quelques Ericacées dans les anfractuosités les plus prononcées.

La dynamique naturelle de ce type d’habitat est donc quasiment stable.

Il arrive parfois que le lierre « escalade » la falaise pour former une nappe dense et uniforme au détriment de la végétation chasmophytique des parois.

Espèces indicatrices

[plante2] *Asplenium foreziense, *Asplenium obovatum subp. billotii, *Asplenium septentrionale, Asplenium trichomanes ssp trichomanes, Micropyrum tenellum, Sedum album, sedum rupestre, Umbilicus rupestris
[plante1] Coincya cheiranthos, Digitalis purpurea
[briophytes] Amphidium mougeotii Barbilophozia attenuata, Barbilophozia barbata, Bartramia pomifera, Campylopus pilifer, Campylopus polytrichoides Cynodontium bruntonii, Dicranoweisia cirrata, Diplophyllum albicans, Grimmia decipiens, Grimmia laevigata, Grimmia montana, Hedwigia ciliata, Jamesionella autumnalis, Marsupella emarginata, Metzgeria conjugata, Plagiothecium nemorale, Plagiothecium succuletum, Pterogonium gracile, Racomitrium heterostichum, Racomitrium lanuginosum, Scapania compacta, Schistostega pennata, Targionia hypophylla, Tritomaria quinquedentata
[lichens] Buellia sp., Chrysothrix candellaris, Cladonia coccifera gr, Diploschistes scruposus, Lecanora orosthea, Lepraria sp., Parmelia conspersa, Parmelia omphalodes, Parmelia pulla, Pertusaria lactea, Rhizocarpon gr.geographicum, Tephromela atra, Umbilicaria pustulata
[champignons] Geopora arenosa

Valeur biologique

Les parois rocheuses siliceuses abritent une flore originale et très spécialisée participant à la biodiversité ordinaire mais aussi patrimoniale du Poitou-Charentes. Certaines espèces sont en effet rares à très rares pour la région, telles que la Doradille de Billot Asplenium obovatum subsp. billotii disséminé en quelques localités au sein du Poitou-Charentes et la Doradille du Forez Asplenium foreziense connue seulement d’une unique station contenant une seule touffe.

Les parois rocheuses servent par ailleurs de support de nidification à certains oiseaux rares dans la région et protégés tels que le Faucon pèlerin ou simplement d’habitat de chasse et d’hivernage à d’autres espèces non nicheuses.

Menaces

La végétation des parois rocheuses se développe sur un sol quasi inexistant et de ce fait est très sensible à l’érosion et au piétinement. Quelques exemples en région Poitou-Charentes montrent que la pratique intensive de « sports de nature » tels que l’escalade sur ce type de parois nuit au maintien de cet habitat naturel sensible en bon état de conservation d’autant que la pratique de ce sport est parfois accompagnée de traitements herbicides de la roche.

Les plantes à croissance relativement difficile et lente mettront beaucoup de temps à recoloniser ce type de milieu après de telles perturbations d’origine anthropique.

La proximité des activités humaines telles que la présence d’une zone urbaine dans l’environnement proche des falaises constituent parfois une menace de banalisation des espèces de cet habitat soit par apparition d’espèces exogènes envahissantes échappées des jardins voisins, soit par une gestion plutôt « jardinée » pratiquée parfois par les services d’entretien municipaux. Ce type de gestion se traduit souvent par l’introduction d’espèces horticoles et par l’usage d’herbicides.

Statut régional

Dans la région Poitou-Charentes, ce type de milieu est localisé aux affleurements cristallins présents aux confins du Limousin des départements de la Charente et de la Vienne, mais aussi à la faveur de discordances géologiques (Ligugé, 86) ou encore au sein de la Gâtine Poitevine dans le département des Deux-Sèvres. Il manque totalement en Charente-Maritime.

Sites remarquables :

16 : gorges de l’Issoire (St Germain-de-Confolens), vallée de la Tardoire
79 : vallée de l’Argenton (nombreux sites), vallée de la cascade de Pommiers
86 : Iles de Pont (Ligugé), vallée de la Gartempe (Lathus-Saint-Rémy, Saulgé)

Les parois siliceuses abritent 2 fougères rares en région Poitou-Charentes

 

Parois calcaires

Rédacteur : David Ollivier

Physionomie – écologie

Les falaises calcaires du Poitou-Charentes sont pour la plupart composées de calcaire du Jurassique moyen et supérieur qui a la propriété d’être assez dur et de calcaire plus tendrecomme le tuffeau du Crétacé supérieur. Ces parois sont souvent façonnées par l’érosion qui permet le rajeunissement du milieu. Le substrat issu de la dégradation de la roche est riche en base et généralement pauvre en azote. L’enrichissement en matières azotées est un facteur de variabilité et favorise l’apparition de plantes nitrophiles ( Parietarietalia judaicae ) telles que Chelidonium majus et/ou Geranium robertianum. L’exposition au soleil et les conditions d’hygrométrie influent sur la composition spécifique de la végétation des parois calcaires. Cette dernière héberge souvent des espèces naturalisées échappées des jardins telles que Centranthus ruber, Dianthus caryophyllus, Cheiranthus cheiri ou encore le figuier Ficus carica, parfois naturalisé dans certaines falaises du sud de la région.

On distingue 2 types de communautés différentes pouvant s’installer sur ces parois selon le niveau d’éclairement. La première, plutôt héliophile et thermophile, se rencontre sur les falaises continentales sèches ( Potentilletalia caulescentis ) avec Asplenium ruta-muraria, Parietaria judaica et Ceterach officinarum. La végétation, composée surtout de plantes vasculaires, est généralement clairsemée et localisée au niveau des fissures.

La seconde, sciaphile, comprend au moins 5 communautés végétales distinctes, dont 4 sont rares et localisées :

  • une communauté basale, répandue, à Scolopendre et divers Asplenium, colonisant les rochers calcaires forestiers de toute la région ;
  • une communauté à Polypodium cambricum, thermo-sciaphile, connue surtout dans la moitié sud de la région ;
  • une communauté à Asplenium trichomanes ssp.pachyrachis, continentale-thermophile, connue seulement des environs de Poitiers, d’ Angles-sur-l’Anglin et d’Angoulême ;
  • une très rare communauté à Cystopteris fragilis, et diverses autres fougères, de talus forestier en ambiance climatique fraîche (nettes affinités avec la végétation des falaises calcaires ombragées collinéennes ou montagnardes) ;
  • une communauté thermophile et hygrophile se développant au niveau de suintements ombragés et de sources calcaires, généralement en exposition sud et dominée par Adiantum capillus-veneris (Adiantetea capilli-veneris). L’abondance de cette fougère facile à reconnaître confère à ce groupement végétal une physionomie en forme de draperie tout à fait particulière. Cette communauté, d’origine méditerranéenne, est surtout répandue en Charente (environs d’Angoulême) mais elle se raréfie fortement plus au nord.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF2004

ADIANTETEA CAPILLI-VENERIS Braun-Blanquet

ADIANTETALIA CAPILLI-VENERIS Braun-Blanquet

Adiantion capilli-veneris Braun-Blanquet

ASPLENIETEA TRICHOMANIS Br.-Bl. In Meier Braun-Blanquet

POTENTILLETALIA CAULESCENTIS Br.-Bl. In Braun-Blanquet Jenny

Potentillion caulescentis Br.-Bl. In Braun-Blanquet Jenny

Cystopteridion fragilis (Nordhagen) Richard

PARIETARIETALIA JUDAICAE Rivas-Martinez ex Rivas-Goday

Parietario judaicae-Centranthion rubri Rivas-Martinez

CORINE 1991

62.1- Végétation des falaises continentales calcaires sèches
62.51– Falaises continentales humides méditerranéennes
62.52– Falaises continentales humides septentrionales

Directive Habitats 1992

8210– Pentes rocheuses calcaires avec végétation chasmophytique

Confusions possibles

Il n’existe pas de confusion possible avec un autre habitat naturel. En effet les falaises calcaires se distinguent non seulement par la nature de la roche mais aussi par une végétation relativement différente des parois siliceuses, même si quelques fougères, indifférentes à la nature de la roche, telles que Asplenium trichomanes, peuvent être présentes dans les deux cas.

D’autre part, quelques espèces des falaises humides septentrionales se retrouvent au sein d’autres habitats naturels, souvent en contact avec ce dernier lorsqu’elles sont insérées en contexte forestier. Il s’agit des forêts de pentes sur calcaire ( Tilio-acerion  ; COR : 41.41) dont la strate herbacée comporte aussi une certaine abondance de Phyllitis scolopendrium.

Dynamique

L’érosion naturelle des parois calcaires contribue au rajeunissement permanent de la végétation. D’autre part, le sol de très faible profondeur, parfois quasi inexistant, ne permet généralement pas l’installation d’espèces ligneuses. Dans les fissures les plus profondes et les plus stables, ou sur des corniches, les ligneux arrivent tout de même à s’installer pour former des fourrés de corniche tels que les fourrés à Prunus mahaleb, Rhamnus alaternus, Rhamnus saxatilis (en Charente seulement) ou sous une forme plus nitrophile à Ulmus minor et Sambucus nigra.

Dans le cas de fissures prononcées ou lorsque que la pente devient moins abrupte il est possible d’observer une végétation proche de celle des corniches caractérisée par la présence de divers sedums et parfois même celle des pelouses sèches calcicoles (pelouse à Seslérie bleue, par exemple).

Enfin, il arrive parfois que le lierre « escalade » la falaise pour former une nappe dense et uniforme au détriment de la végétation chasmophytique caractéristique de ce type de parois.

Espèces indicatrices

[plante2] *Adiantum capillus-veneris , Asplenium adiantum-nigrum, Asplenium ruta-muraria, Asplenium trichomanes ssp.pachyrachis, Asplenium trichomanes ssp.quadrivalens, Ceterach officinarum, *Cystopteris fragilis, Parietaria judaica, Phyllitis scolopendrium, Polypodium cambricum, Polypodium interjectum, Sedum album, Sedum rupestre, Silene nutans
[plante1] *Campanula rotundifolia, Cardamine hirsuta, Centranthus ruber, Cheiranthus cheiri, Cymbalaria muralis, Dianthus caryophyllus, Draba muralis, Ficus carica, Geranium lucidum, Geranium robertianum, Hedera helix
[briophytes] Anomodon viticulosus, Cephaloziella baumgartneri, Conocephalum conicum, Didymodon tophaceus, Eucladium verticillatum, Fissidens gracilifolius, Frullania dilatata, Grimma crinita, Grimmia orbicularis, Grimmia tergestina, Gymnostomum calcareum, Gyroweisia tenuis, Jungermannia atrovirens, Leptobarbula berica, Orthotrichum anomalum, Porella arboris-vitae, Porella platyphylla, Radula complanata, Scorpidium circinatum, Seligeria pusilla, Southbya nigrella, Southbya tophacea, Tortella inflexa, Tortella nitida, Tortella tortuosa, Tortula marginata, Weisia crispata
[lichens] Aspicilia calcarea, Caloplaca heppiana, Caloplaca saxicola, Collema cristatum, Lecanora crenulata, L. dispersa, Opegrapha sp., Placynthium nigrum, Protoblastenia rupestris, Verrucaria glaucina, V. nigrescens
[mollusques] Abida secale, Chilostoma squamatinum, Chondrina avenacea, Cochlostoma septemspirale, Granopupa granum, Helicigona lapicida, Pyramidula spp.

VALEUR BIOLOGIQUE

Les parois rocheuses calcaires sèches ensoleillées ( Potentilletalia caulescentis ) abritent une flore originale et très spécialisée participant à la biodiversité ordinaire du Poitou-Charentes. Certaines fougères comme les Asplenium trouvent ici leur milieu de prédilection avec les vieux murs en pierres calcaires qui constituent un milieu de substitution à ce type de végétation.
Les suintements et une exposition ensoleillée (thermophile mais pas héliophile stricte) sur parois calcaires font partie des exigences écologiques d’Adiantum capillus veneris, petite fougère inscrite sur la Liste Rouge des espèces rares et menacées de la région Poitou-Charentes.

Les parois rocheuses servent de support de nidification à certains oiseaux rares dans la région et protégés tels que le Faucon pèlerin, ou simplement d’habitat de chasse et d’hivernage à d’autres espèces telles que le Tichodrome..

Menaces

La végétation des parois rocheuses se développe sur un sol quasi inexistant et de ce fait est très sensible à l’érosion et au piétinement. Ainsi, la pratique – parfois intensive à la bonne saison – de « sports de nature » tels que l’escalade, peut porter préjudice à ce type d’habitat, d’autant qu’elle est parfois accompagnée de traitements herbicides de la roche. Les plantes, à croissance relativement difficile et lente, mettront beaucoup de temps à recoloniser ce type de milieu après de telles perturbations anthropiques.

La proximité des activités humaines telles que la présence d’une zone urbaine dans l’environnement proche des falaises contribue parfois à la banalisation des espèces de cet habitat soit par apparition d’espèces exogènes envahissantes échappées des jardins voisins soit par une gestion plutôt « jardinée » de ces espaces parfois pratiquée par les services municipaux. Ce type de gestion se traduit souvent par l’introduction d’espèces horticoles et par l’usage d’herbicides.

Statut régional

En Poitou-Charentes, région de plaine, ce type de milieu est rare et disséminé, malgré l’importance des sédiments calcaires. C’est en Charente qu’il est le mieux représenté, puis en Vienne et en Charente-Maritime, les Deux-Sèvres, pour partie situés sur le socle armoricain, faisant figure de « parent pauvre »

Sites remarquables :

16 : vallées des Eaux Claires, de l’Anguienne, de la Boême (environs d’Angoulême)
17  : falaises de Meschers (estuaire Gironde)
86 : Vallée de l’Anglin, Rocher du Porteau à Poitiers, coteau de Mauroc à St Benoit

Deux faciès contrastés de l’habitat

Deux fougères rares des falaises calcaires régionales