Pavements

Rédacteur : Guy Chezeau

Physionomie – écologie

Cet habitat est formé d’un tapis végétal ras discontinu occupant les espaces présents entre les pavés au sol ou dans les fissures d’autres types de revêtements durs. Il s’agit d’un milieu soumis à un piétinement et ou à un roulage intenses. Le sol n’est pas véritablement développé mais simplement constitué d’éléments plus ou moins décomposés, toujours enrichis en azote et mélangés à la terre ou au sable qui ont servis à sceller les pavés lors de leur mise en place.

Ces derniers sont constitués de matériaux la plupart du temps allochtones (granite, grès reconstitué, dalles de calcaire ou de ciment….). Les conditions de vie au niveau de ces microhabitats sont sévères : gorgés d’eau après une pluie, arides en période de sécheresse, soumis à des désherbages fréquents, ils ne peuvent être colonisés que par un faible nombre d’espèces.

Parmi les hémicryptophytes, l’espèce la plus représentée est la Sagine rampante, accompagnée de quelques thérophytes comme le Pâturin annuel auxquels se joignent des mousses du genre Bryum, l’ensemble constituant une végétation à faible recouvrement.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

Saginion procumbentis Tüxen Ohba in Géhu, Richard Tüxen 1972

Communautés eurosibériennes, mésophiles à mésohygrophiles, dans les interstices des pavés, riches en Bryophytes pionniers.

Polycarpion tetraphylli Rivas-Martinez 1975

Communautés méditerranéennes occidentales, pré-estivales, à irradiation thermoatlantique.

COR 1991

86 p.p. Villes et villages

Confusions possibles

Un groupement végétal est très voisin et montre la plupart des mêmes espèces. Il s’agit du Polygono arenastri – Coronopodion squamati Br.-Bl. correspondant à la végétation des pelouses urbaines très piétinées et négligées. Cependant, l’absence des pavés permettra d’éviter la confusion.

Dynamique

Il n’y a pas de dynamique naturelle sauf cas exceptionnel lié à l’abandon avec arrêt du piétinement.

Espèces indicatrices

[plante2] Sagina procumbens
[plante1] (Euphorbia maculata), Poa annua, Plantago major ssp.major, Polycarpon tetraphyllum, Polygonum aviculare, Portulaca oleracea, Sagina apetala, Saxifraga tridactylites, *Tragus racemosus, *Tribulus terrestris, Verbena officinalis
[briophytes] Barbula convoluta, Bryum argenteum, Bryum bicolor, Lunularia cruciata, Marchantia polymorpha
[lichens] Collema tenax

Valeur biologique

Ce type d’habitat ne renferme en général pas d’espèce végétale patrimoniale (sauf dans certaines localités du littoral 17 où peuvent apparaître des espèces thermophiles comme la Croix-de-Malte Tribulus terrestris) ; c’est un milieu pratiquement azoïque, les pavés même disjoints ne permettant pas l’installation d’espèces animales. Sa valeur biologique reste donc faible.

Menaces

Le Saginion procumbentis correspond à une communauté qui n’a jamais été banale ni répandue en Poitou-Charentes, les pavements ne constituent pas, en effet, une technique très utilisée dans les cours de ferme ou les chemins sur des sols qui restent filtrants et sèchent rapidement.

Les pavements modernes sont parfaitement ajustés et ne laissent place à aucune espèce végétale, on peut donc souhaiter que les rares pavements anciens encore rescapés soient conservés en l’état.

Statut régional

Ces milieux n’ont fait l’objet d’aucun inventaire en région, ils sont par conséquent mal connus. On peut cependant estimer qu’ils subsistent essentiellement en milieu urbain.

 

Ruines et vieux murs

Rédacteur : Guy Chezeau

Physionomie – écologie

Ces habitats créés par l’homme sont artificiels, cependant un abandon prolongé leur confère des analogies importantes avec les milieux rocheux naturels. Si la nature du substrat ne joue qu’un rôle limité, l’exposition et surtout le nombre et l’importance des anfractuosités constituent des facteurs primordiaux conditionnant la nature de la végétation et la présence d’une faune conséquente. La proximité géographique ou historique des activités humaines a pour conséquence un enrichissement de ces milieux en azote. L’épaisseur relativement faible du mur détermine des variations de température qui peuvent être assez brutales en fonction des conditions météorologiques mais aussi de l’exposition. Ceci explique en partie l’importance que prennent les Cryptogames dans la végétation : lichens, mousses et fougères. Les plantes à fleurs sont représentées par des thérophytes (pâturin, cardamine…), des hémicryptophytes (pariétaire) et des chaméphytes herbacés (cymbalaire, giroflée) ou succulents (sedum), toutefois lorsque les trous et fissures sont suffisamment importants peuvent se développer des phanérophytes notamment des lianes (lierre) voire des arbustes (figuier). Le recouvrement est très variable, de 10 à 20% en général, il peut atteindre plus de 50% lorsque des lithophytes de type lichens et mousses se développent en utilisant leurs proprietés de reviviscence.

On pourra distinguer entre d’une part les facades très chaudes et ensoleillées des murs riches en lithophytes et en chasmophytes appartenant à la classe des Asplenietea trichomanis, abritant la majeure partie de la faune et d’autre part les facades plus humides avec mousses et fougères de la classe des Parietarietea judaicae.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

Communautés nitrophiles, seules présentes en ville :

PARIETARIETEA JUDAICAE Rivaz-Martinez in Rivaz Goday 1964

Syn. : Cymbalario-Parietarietea diffusae Oberdorfer, Görs, Korneck, Lohmeyer, Müller, Philippi Seibert 1967 nom. nud. (atr. 2B, 8)

Parietarietalia judaicae Rivaz-Martinez ex Rivaz Goday 1964

Communautés vivaces non nitrophiles

ASPLENIETEA TRICHOMANIS (Br.-Bl. In Meier Br.-Bl. 1934) Oberdorfer 1977

COR 1991

86.1 Villes

86.2 Villages

Confusions possibles

L’artificialité de ces habitats rend les confusions difficiles, pourtant l’identification phytosociologique ne semble pas toujours facile, spécialement lorsque le nombre des espèces est faible. Il n’est en effet pas rare d’avoir à faire à une végétation monospécifique (pariétaire) ou limitée à un très petit nombre d’espèces.

Dynamique

La dynamique est faible voire nulle lorsque la végétation muricole est installée ; les interventions humaines souvent drastiques peuvent entrainer par contre une réinstallation puis une évolution rapide de cette même végétation.

Sur les ruines laissées à l’abandon, on assiste à l’évolution vers un mileu préforestier avec l’installation d’espèces arbustives puis d’arbres correspondant au manteau.

Espèces indicatrices

[plante2] (Centranthus rubrer) , (Cheiranthus cheiri), (Corydalis lutea), (Corydalis ochroleuca), (Cymbalaria muralis), (Dianthus caryophyllus), (Erigeron karvinskianus), Parietaria judaica, Umbilicus rupestris
[plante1] Asplenium adiantum-nigrum, Asplenium ruta-muraria, Asplenium ceterach, Hedera helix, Polypodium cambricum, Polypodium interjectum, Polypodium vulgare, Sedum acre
[briophytes] Anomodon viticulosus, Bryum caespiticium, Bryum capillare, Didymodon rigidulus, Didymodon vinealis, Grimmia crinita, Grimmia orbicularis, Grimmia pulvinata, Homalothecium sericeum, Hypnum cupressiforme, Orthotrichum anomalum, Pseudocrossidium revolutum, Schistidium apocarpum, Tortula muralis, Trichostomum crispulum
[mammiferes] Eliomys quercinus, Myotis mystacinus, Myotis nattereri, Pipistrellus ssp., Plecotus austriacus, Suncus etruscus
[mollusques] Balea perversa, Chilostoma squamatinum, Clausilia rugosa parvula, Lauria cylindracea, Pupilla bigromata, Pupilla triplicata, Pyramidula spp.
[reptiles] Hierophis viridflavus, Podarcis muralis
[oiseaux] Athene noctua, Petronia petronia, Phoenicurus ochruros, Phoenicurus phoenicurus, Troglodytes troglodytes
[arachnides] Segestria ssp.
[coleopteres] Anthophora ssp., Osmia ssp., Sitaris muralis,

Valeur biologique

Ces habitats abritent une flore et une faune constituées d’espèces pouvant paraître banales, pourtant ils constituent des témoins des écosystèmes qui ont accompagné l’homme au
cours des temps historiques dans ses installations en milieu
urbain.

Actuellement, ils participent grandement au maintien de corridors biologiques en secteur urbain.

Menaces

La menace principale vient des réfections qui sont menées au nom de la modernisation et de l’embellissement et qui ont entrainé un ravalement des murs tant en ville que dans la plupart des communes rurales. En rase campagne de nombreux murs de pierre sèche ont également été sacrifiés au bénéfice des remembrements.

Statut régional

Ces habitats ne sont pas recensés au titre des inventaires naturalistes et à ce titre sont souvent mal connus ; leur fonction dans le maintien d’une biodiversité dite « ordinaire » est mise à mal un peu partout, elle est pourtant incontestable, ils mériteraient donc d’être sérieusement répertoriés.
En Poitou-Charentes, les secteurs où les parcelles agricoles sont délimitées par des murs de pierre sèche sont rares, on les rencontre encore dans certaines parties des Deux Sèvres et de la Vienne. Les vieux murs sont toujours en secteur bâti.

Les vieux murs sont le lieu de naturalisation de nombreuses espèces végétales introduites depuis longtemps pour leurs vertus décoratives ou médicinales