Ourlet maigre xéro-thermophile

Rédacteur : Guy Chézeau

Physionomie-écologie

L’ourlet forestier désigne le milieu de transition établi selon une bande assez étroite entre la pelouse et le manteau préforestier.

En Poitou-Charentes, l’ourlet xérothermique apparaît sur des sols calcaires filtrants peu profonds de type rendzines. Ces sols se sont formés sur les calcaires marneux du Jurassique ou du Crétacé ; ils sont en conséquence bien développés en Charente et Charente-Maritime mais beaucoup plus rares en Deux-Sèvres et Vienne. Cet habitat est exclusivement associé à la chênaie pubescente.

L’analyse phytosociologique conduit à distinguer en lisière de bois ou en clairière une succession la plupart du temps soumise à une dynamique et constituée par :

  • la végétation d’ourlet, toujours la plus riche floristiquement (Geranion sanguinei) ;
  • le manteau arbustif (Berberidion vulgaris) ;
  • la chênaie de Chêne pubescent (Quercion pubescentis)

Les espèces de l’ourlet sont héliophiles ou de demi-ombre pour certaines ; inféodées aux sols secs et chauds, elles sont dites thermo-xérophiles.
On note la très nette prédominance d’espèces vivaces hémi cryptophytes associées à des chaméphytes ou à des nanophanérophytes (ex. Rosa pimpinellifolia), l’ensemble indiquant le passage de la pelouse rase au manteau arbustif.

Les floraisons sont abondantes et prolongées, aussi l’ourlet constitue-t-il un milieu particulièrement fréquenté par l’entomofaune et, corrélativement, par les prédateurs de cette dernière.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

  • TRIFOLIO MEDII-GERANIETEA SANGUINEI Müller 1962 : pelouses pré-forestières héliophiles à hémi-sciaphiles, calcicoles à acidiclines
    • Geranion sanguinei Tüxen in Müller 1962 : communautés thermophiles, plus ou moins xérophiles

COR 1991

34.41 Lisières thermo-xérophiles

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

nc.

Confusions possibles

S’il est assez aisé de distinguer la végétation de l’ourlet de celle de la pelouse du Mesobromion qui la précède et du manteau qui lui succède lorsqu’on se déplace en direction du milieu forestier, il est en revanche plus délicat de faire la distinction entre l’ourlet xérothermophile (le Geranion sanguinei) de l’ourlet mésophile calcicole (le Trifolion medii)

Dans le second cas, cependant, on note la présence d’un certain nombre d’espèces prairiales absentes dans l’ourlet xérophile.

Plusieurs espèces, notamment des Orchidées, se retrouvent au niveau du Mesobromion en même temps que du Geranion sanguinei : Ophrys apifera, Ophrys scolopax, Orchis ustulata, Anacamptis pyramidalis…d’autres espèces comme Limodorum abortivum, Senecio doronicum, Hypochoeris maculata et Geranium sanguineum signent l’ourlet forestier.

Dynamique

Dans les stations les plus sèches, la dynamique est lente voire nulle ; ailleurs, on assiste au déplacement du manteau, les espèces arbustives puis arborescentes peuvent alors envahir l’ourlet. Lorsque les clairières ou les allées sont de dimension réduite, l’ourlet peut ainsi totalement disparaître.

Valeur biologique

Avec 19 espèces végétales inscrites sur la Liste Rouge régionale, l’ourlet xéro-thermophile est un habitat très original et précieux sur le plan botanique : le Séneçon du Rouergue Senecio doronicum ssp. ruthenensis, Astéracée endémique française inscrite au Livre Rouge National comme taxon prioritaire, y possède ses rares stations régionales. Beaucoup des autres espèces rares de l’habitat sont des plantes méridionales en limite d’aire de répartition (Scorzonera hirsuta, Inula spiraeifolia) ou en aire disjointe (Astragalus hypoglottis, Centaurea triumfetti, Xanthoselinum austriacum).

Espèces indicatrices

[plante2] Anthericum ramosum, Aquilegia vulgaris, Aster linosyris, *Astragalus hypoglottis, *Bellis sylvestris ssp.pappulosa, Bupleurum falcatum, Campanula persicifolia, *Centaurea triumfetti, Cephalanthera longifolia, Digitalis lutea, *Euphorbia esula ssp.tristis Filipendula vulgaris, Fragaria viridis, Geranium sanguineum, Helleborus foetidus, Hypericum montanum, *Hypochoeris maculata, Inula salicina, *Inula spiraeifolia, *Laserpitium latifolium, Lathyrus latifolius, Limodorum abortivum, *Limodorum trabutianum, Lithospermum purpureocaeruleum, Melampyrum cristatum, Orobanche gracilis, *Peucedanum officinale, *Rosa pimpinellifolia, *Scorzonera hirsuta, *Scorzonera hispanica, Securigera varia, *Senecio doronicum ssp. ruthenensis, *Seseli libanotis, Stachys heraclea, Tanacetum corymbosum, *Thalictrum minus, Trifolium rubens, Veronica austriaca ssp. teucrium, Vicia tenuifolia, Vincetoxicum hirundinaria, *Viola alba, *Viola suavis, *Xanthoselinum austriacum
[plante1] Brachypodium pinnatum, Bromus erectus, Campanula rapunculus, Carex hallerana, Festuca marginata, Helianthemum nummularium, Lathyrus niger, Melittis melissophyllum, Origanum vulgare, Pulmonaria longifolia, Rubia peregrina, Viola hirta
[briophytes] Ctenidium molluscum, Ditrichum flexicaule, Entodon concinnus, Hypnum lacunosum, Pleurochaete squarrosa,
Scleropodium purum
[champignons] Amanita ovoidea, Calocybe gambosa, Tuber aestivum, T. brumale, T. excavatum, T. melanosporum, T. mesentericum
[reptiles] Hierophis viridiflavus, Lacerta bilineata
[orthopteres] Oecanthus pellucens, Pholidoptera griseoaptera, Platycleis albopunctata, Platycleis tessellata

Menaces

On est là en présence d’un habitat menacé. Les profondes modifications dans la gestion des espaces forestiers (enrésinements, mécanisation de l’entretien…) mettent en péril le Geranion sanguinei. La chênaie pubescente produit peu de bois de valeur, elle est exploitée pour le bois de feu et valorisée par la chasse, l’entretien des allées peut être négligé.

Ailleurs, la mise en culture des terrains jusqu’à l’extrême limite du manteau forestier a fait totalement disparaître l’ourlet.

Le maintien d’un ourlet conséquent et en bon état est fortement dépendant d’une bonne gestion. A l’intérieur des boisements, il est nécessaire de favoriser le maintien de secteurs ouverts conséquents, clairières et chemins forestiers. L’entretien du manteau est alors, de manière idéale, manuel et à défaut mécanique, l’ourlet étant soumis à une fauche retardée.
L’ourlet externe doit être favorisé par l’existence d’une bande non cultivée et son entretien soumis aux mêmes règles.

L’ourlet xéro-thermophile constitue l’habitat de nombreuses plantes rares du Poitou-Charentes

Statut régional

L’habitat est présent dans les 4 départements, quoique avec des fréquences variables. Les plus beaux exemplaires se rencontrent sur calcaires jurassiques durs du nord 17, extrême sud 79 et nord-est 16, en lisière de bosquets relictuels de chênaies pubescentes correspondant à l’ancienne « sylve d’Argenson ».

16 : forêt de Boixe, forêt de Tusson, bois des environs d’Aigre

17 : bois de St Christophe, bois de Benon, forêt de Benon

79 : bois du Grand Breuil, forêt de Chizé, Chênaie de Viron, bois de Breuillac

86 : vallée du Talbat, coteau des Pendants, bois des environs de Vendeuvre-du-Poitou

 

Ourlet maigre mésophile

Rédacteur : David Suarez

Physionomie-écologie

Les ourlets mésophiles se présentent sous la forme de lisières herbacées situées en marge des boisements et des fourrés qui se développent sur des sols profonds et bien drainés. Ces conditions stationnelles étant particulièrement favorables à la croissance rapide des phanérophytes (arbres et arbustes), cet habitat est souvent ponctuel et fugace en l’absence d’entretien régulier ; c’est pourquoi on le rencontre le plus souvent sur les talus des routes forestières, les layons pare-feux, les bords des chemins, sous les lignes haute-tension traversant les bois… Le cortège végétal y est dominé par les dicotylédones, nombreuses et variées avec des floraisons échelonnées très appréciées par les insectes butineurs. Ces ourlets présentent une grande variabilité, définie par le type de sol et les conditions micro-climatiques locales (exposition, humidité ambiante, température…) :

Sur les terrains calcaires, on observe deux sous-alliances distinctes : en lisière des boisements thermophiles du QUERCION PUBESCENTI-PETRAEAE, habituellement occupée par l’ourlet xéro-thermophile du GERANION SANGUINEI en station sèche, un groupement mésophile appartenant au TRIFOLIO MEDII-GERANIENION SANGUINEI peut se développer à la faveur de conditions locales plus fraîches (exposition nord, combes…), avec l’Ancolie commune Aquilegia vulgaris, la Gesse noire Lathyrus niger, l’Origan Origanum vulgare… Sur sol plus profond, en bordure des chênaies-charmaies et chênaies-frênaies, l’ourlet du TRIFOLIO MEDII-AGRIMONIENION MEDII trouve les conditions optimales pour son implantation. Il est caractérisé par le Trèfle intermédiaire Trifolium medium, souvent en stations denses, la Véronique petit-chêne Veronica chamaedrys, la Vesce des haies Vicia sepium

Sur les terrains neutres à légèrement acidophiles, toujours sur sol profond, l’ourlet du TRIFOLIO MEDII-TEUCRIENION SCORODONIAE fait son apparition, avec l’Aigremoine eupatoire Agrimonia eupatorium, la Vesce de Cassubie Vicia cassubica, la Knautie des champs Knautia arvensis

Enfin, sur les terrains granitiques nettement acides des confins du Poitou-Charentes (nord-est de la Charente, sud-est de la Vienne et nord des Deux-Sèvres), en contact avec les chênaies acidophiles du QUERCION ROBORI-PETRAEAE, on observe un habitat appartenant à la classe des MELAMPYRO PRATENSIS-HOLCETEA MOLLIS, avec deux alliances représentées dans la région : le CONOPODIO MAJORIS-TEUCRION SCORODONIAE, caractérisé par la Stellaire holostée Stellaria holostea, le Mélampyre des prés Melampyrum pratense, la Gesse des montagnes Lathyrus linifolius ssp montanus, la Germandrée scorodoine Teucrium scorodonia… Et le HOLCO MOLLIS-PTERIDION AQUILINI, un faciès principalement occupé par la Fougère aigle Pteridium aquilinum.

Ces ourlets sont bien représentés dans l’ensemble de la région Poitou-Charentes, au sein de nombreux massifs boisés de toute taille, mais les surfaces qu’ils occupent sont souvent réduites.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

  • TRIFOLIO-GERANIETEA Müller 1962 : ourlets calcicoles à acidiclines
    • Trifolion medii (Müller 1962) : communautés xéroclines à mésophiles, mésothermes
  • MELAMPYRO PRATENSIS-HOLCETEA MOLLIS Passarge 1994 : ourlets des sols acides et oligotrophes
    • Holco mollis-Pteridion aquilini (Passarge 1994) : communautés dominées par Pteridium aquilinum
    • Conopodio majoris-Teucrion scorodoniae (Julve ex Boullet & Rameau) : communautés atlantiques à subatlantiques

COR 1991

  • 34.42 Lisières mésophiles

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

Nc

Confusions possibles

Cet habitat ne peut guère être confondu qu’avec l’ourlet thermophile du GERANION SANGUINEI, qui se développe sur des stations plus sèches, avec des plantes adaptées qui présentent le plus souvent une surface foliaire réduite. La plus grande difficulté concerne la caractérisation des différents types d’ourlet mésophiles tant leur variabilité est importante. En effet, en fonction des conditions climatiques locales, du type et de la profondeur du sol, les cortèges végétaux diffèrent au sein d’un même secteur. En terrain acide, il est aussi assez délicat de distinguer le TRIFOLIO MEDII-TEUCRIENION SCORODONIAE, qui appartient à l’alliance du TRIFOLION MEDII, du CONOPODIO MAJORIS-TEUCRION SCORODONIAE, car plusieurs espèces, dont la Germandrée scorodoine Teucrium scorodonia, sont présentes dans les 2 groupements.

Dynamique

Les ourlets mésophiles sont des formations végétales transitoires entre le stade prairial et le fourré arbustif, et leur maintien nécessite des actions d’entretien régulier permettant de bloquer la dynamique évolutive. Ils se développent sur des sols assez profonds et bien drainés, très fertiles et favorables à une croissance rapide de la végétation arbustive et arborée, ce qui fait de cet habitat un milieu très fugace, rapidement colonisé par les ronces et les arbustes comme le Prunellier, l’Eglantier et l’Aubépine monogyne. On notera que les ourlets stabilisés par la fauche régulière se montrent bien plus riches en espèces végétales que ceux qui apparaissent suite à des actions ponctuelles d’exploitation forestières où qui se développent dans des prairies abandonnées.

Espèces indicatrices

[plante2] Agrimonia eupatoria, *Agrimonia procera, Aquilegia vulgaris, Astragalus glycyphyllos, Clinopodium vulgare, Conopodium majus, Euphorbia angulata, Hieracium maculatum, Hieracium sabaudum, Hieracium umbellatum, Holcus mollis, Hypericum pulchrum, Knautia arvensis, Lathyrus linifolius ssp montanus, Lathyrus niger, Lithospermum officinale, Lithospermum purpuro-caeruleum, Melampyrum pratense, Melittis melissophyllum, Origanum vulgare, Peucedanum gallicum, Polygonatum odoratum, Potentilla sterilis, Primula vulgaris, Pulmonaria angustifolia, Silene nutans, Solidago virgaurea, Stachys officinalis, Stellaria holostea, Teucrium scorodonia, Trifolium medium, Veronica chamaedrys, *Vicia cassubica, Vicia sepium
[plante1] *Anthericum liliago, Anthericum ramosum, Anthriscus sylvestris, Asphodelus albus, Brachypodium pinnatum, Brachypodium sylvaticum, Campanula glomerata, Campanula trachelium, Cruciata laevipes, Digitalis lutea, Fragaria vesca, Geranium sanguineum, Hypericum hirsutum, Hypericum montanum, Hypericum perforatum, Lathyrus latifolius, Mycelis muralis, *Myosotis sylvatica, Pteridium aquilinum, Sedum cepaea, Silene dioica, Trifolium rubens, Vicia cracca, Vincetoxicum hirundinaria, Viola odorata
[briophytes] Ourlets calcicoles : Entodon concinnus, Homalothecium lutescens, Hypnum lacunosum, Pleurochaete squarrosa, Thuidium philiberti

Ourlets calcifuges/oligotrophes : Brachythecium albicans, Ceratodon purpureus, Hypnum cupressiforme, Pleurozium schreberi

[reptiles] Elaphe longissima, Hierophis viridiflavus, Lacerta bilineata
[lepidopteres] Callophrys rubi, Cupido alcetas, Erynnis tages, Leptidea sinapis, Maniola jurtina, Melanargia galathea, Mellicta athalia, Minois dryas, Pararge aegeria, Polyommatus icarus, Pyrgus malvae, Pyronia tithonus
[orthopteres] Chorthippus vagans, Ephippiger ephippiger, Gomphocerippus rufus, Pholidoptera griseoaptera, Platycleis albopunctata, Platycleis tessellata

Valeur biologique

Cet habitat est encore relativement bien représenté en Poitou-Charentes. Néanmoins, la plupart des stations existantes sont de faible surface. Même si la richesse floristique est moindre que celle de l’ourlet thermophile, on y observe néanmoins quelques espèces patrimoniales, comme la rare Vesce de Cassubie Vicia cassubica, la Phalangère à fleurs de lys Anthericum liliago, l’Aigremoine odorante Agrimonia procera ou le Myosotis des bois Myosotis sylvatica. Ces ourlets abritent également de nombreux invertébrés butineurs (lépidoptères, hyménoptères) et phytophages (Orthoptères, mollusques) qui attirent des prédateurs (reptiles, amphibiens, araignées, carabes…). Cette diversité floristique et faunistique fait de l’ourlet mésophile un habitat à forte valeur biologique.

Menaces

Largement réparti au sein de la plupart des massifs boisés de la région Poitou-Charentes, cet habitat ne semble pas menacé, si ce n’est par sa dynamique naturelle à évolution rapide. Néanmoins, les entretiens périodiques qui permettent son maintien ne sont pas toujours effectués à des périodes favorables (trop précoces), ou sont répétés trop souvent, ce qui favorise les graminées et conduit rapidement à un cortège prairial de moindre intérêt. De plus, les stations de certaines espèces végétales sensibles, comme la Vesce de Cassubie Vicia cassubica, nécessiteraient des mesures de protection.

Statut régional

L’habitat est présent et assez répandu dans les 4 départements.

 

Ourlet nitrophile mésophile à méso-hygrophile

Rédacteur : David Ollivier

Physionomie-écologie

Les ourlets nitrophiles mésophiles à méso-hygrophiles sont des habitats naturels herbacés linéaires composés majoritairement de dicotylédones assez hautes (env. 1 mètre) et souvent à larges feuilles (adaptées à l’ombre). Ils se développent sur des sols riches en matières azotées, frais à humides, mais rarement gorgés d’eau (marécageux) ou inondables (milieux alluviaux), au niveau des chemins forestiers, des clairières intra forestières et des lisières externes. Ils sont avant tout associés aux forêts fraîches sur sol riche, telles l’ormaie rudérale, mais également aux forêts de bas de pente (frênaie-chênaie par ex.).

Les ourlets nitrophiles diffèrent en fonction de la quantité de lumière qu’ils reçoivent. Ainsi, on peut distinguer dans notre région deux grands types de végétations : les communautés héliophiles à hémi-héliophiles, relativement bien éclairées, représentées par l’AEGOPODION PODAGRARIAE et les communautés sciaphiles à hémi-sciaphiles, adaptées aux conditions plus ou moins ombragées, représentées par l’alliance du GEO URBANI-ALLIARION PETIOLATAE.

Les ourlets nitrophiles héliophiles sont localisés principalement au niveau des lisières externes des boisements frais (frênaie, ormaie…) et leur composition spécifique est conditionnée par le type d’entretien réalisé ou par les milieux naturels adjacents :

  • les ourlets externes forestiers à Ortie (URTICO DIOICAE-CRUCIATETUM LAEVIPEDIS et URTICO DIOICAE-AEGOPODIETUM PODAGRARIAE),
  • les bords de chemins à Anthrisque des bois Anthriscus sylvestris (ANTHRISCETUM SYLVESTRIS),
  • les talus forestiers et chemins forestiers à Sureau yèble Sambucus ebulus (SAMBUCETUM EBULI)

Les ourlets nitrophiles sciaphiles de notre région présentent également une certaine variabilité liée à l’influence des cortèges spécifiques des milieux naturels dont ils matérialisent la lisière (milieux boisés et milieux ouverts) :

  • lisières sur sols profonds à Alliaire officinale et Cerfeuil enivrant (ALLIARO PETIOLATAE-CHAEROPHYLLETUM TEMULI),
  • lisières ombragées, pieds de falaises ou de murs, sur sols frais (CHELIDONIO MAJI – PARIETARIETUM OFFICINALIS)
  • lisières ombragées des bords de chemins à Cerfeuil enivrant et Géranium luisant (CHAEROPHYLLO TEMULI-GERANIETUM LUCIDI),
  • talus forestiers : communauté à Torilis du Japon (TORILIDETUM JAPONICAE)
  • lisières fraîches à Cardère poilue (DIPSACETUM PILOSII).

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

GALIO APARINES-URTICETEA DIOICAE : ourlets nitrophiles des sols plus ou moins humides

  • Galio aparines-Alliarietalia petiolatae Oberd. ex Görs & Th.Müll. 1969 : communautés des sols bien alimentés en eau
    • AEGOPODION PODAGRARIAE Tüxen 1967 : communautés hémi héliophiles
    • GEO URBANI-ALLIARION PETIOLATAE W.Lohmeyer & Oberd. ex Görs & Th.Müll. 1969 : communautés sciaphiles

CORINE 1991

37.72 Franges des bords boisés ombragés (AEGOPODION,GEO-ALLIARION)

Directive Habitats 1992

6430-6 Végétations des lisières forestières nitrophiles, hygroclines, héliophiles à semi-héliophiles

6430-7 Végétations des lisières forestières nitrophiles, hygroclines, semi-sciaphiles à schiaphiles

Confusions possibles

La végétation des ourlets nitrophiles comme celle des autres types d’ourlets est marquée par la pénétration des espèces végétales de la forêt et des milieux ouverts adjacents dont ils constituent la lisière. La présence de nombreuses espèces nitrophiles permet de distinguer la végétation de ces ourlets de celles des autres types.

Quelques confusions peuvent néanmoins subsister avec la végétation des ourlets hygrophiles (voir fiche « Ourlet hygrophile ») dont la composition spécifique comprend également quelques espèces nitrophiles.

Dynamique

La dynamique naturelle des lisières nitrophiles est en général progressive. La lisière a tendance à être colonisée par les espèces ligneuses du manteau arbustif de la forêt et à gagner sur le milieu ouvert, déplaçant ainsi le front de colonisation de la forêt.

Néanmoins, les lisières nitrophiles sont en général stabilisées lorsqu’elles se trouvent sur les bords de chemins et de routes, en lisières externes ou au bord de certaines clairières, par l’entretien régulier de ces espaces. Il peut également arriver que la végétation nitrophile des lisières s’étende au sein des forêts dans le cas de la remise en lumière du sol suite à une coupe à blanc des arbres.

Espèces indicatrices

[plante2] Lisières héliophiles : Aegopodium podagraria, Cruciata laevipes, *Lamium maculatum, Silene dioica 
[plante1] Lisières héliophiles : Anthriscus sylvestris, Chelidonium majus, Cirsium arvense, Dactylis glomerata, Galeopsis tetrahit, Galium aparine, Glechoma hederacea, Heracleum sphondylium, Lamium album, Ranunculus ficaria, Roegneria canina, Sambucus ebulus, Urtica dioica

Lisières sciaphiles  : Alliaria petiolata, Anthriscus sylvestris, Brachypodium sylvaticum, Bryonia dioica, Campanula trachelium, Cardamine impatiens, Carduus crispus, Chaerophyllum temulum, *Dipsacus pilosus, Epilobium montanum, Euphorbia stricta, Galium mollugo ssp. erectum, Geranium lucidum, Geranium robertianum, Geum urbanum, Glechoma hederacea, Lamium galeobdolon, Lapsana communis, Moehringia trinervia, Mycelis muralis, Poa nemoralis, Scrophularia nodosa, Torilis japonica, Veronica chamaedrys, Viola reichenbachiana

[briophytes] Eurhynchium praelongum, Eurhynchium speciosum, Pseudoscleropodium purum, Thuidium tamariscinum
[lepidopteres] Araschnia levana, Anthocharis cardamines, Argynnis sp., Pararge aegeria, Plusiinae (Noctuidae)

Valeur Biologique

Cet habitat se compose la plupart du temps d’espèces banales et doit son intérêt biologique à sa position d’interface (zone de transition, écotone) entre la forêt et le milieu ouvert adjacent. Il est ainsi source de diversité au sein d’un massif forestier et peut constituer des milieux refuges ou couloirs de circulation (corridors biologiques) pour un certain nombre d’espèces.

Menaces

Les ourlets nitrophiles sont des habitats relativement répandus et ne connaissent que très peu de menaces dans notre région.

Lorsque les lisières externes sont en contact avec l’agriculture intensive, les ourlets peuvent être absents, remplacés par les cultures qui viennent jusqu’au pied des arbres. Ces lisières peuvent également subir les mêmes traitements chimiques d’origine agricole que la culture voisine, ce qui n’est pas favorable à l’expression de cet habitat.

Enfin, dans le cas très fréquent des lisières forestières longeant des routes, les ourlets sont soumis à l’entretien des talus et bermes pratiqués par les services municipaux de voirie : des fauches trop précoces ou trop fréquentes, l’aspersion de produits phytocides, constituent autant de pratiques très défavorables à la pleine expression de leur diversité.

Statut régional

Bien que les ourlets nitrophiles aient un intérêt patrimonial à l’échelle européenne, ils sont assez répandus dans notre région. Ce sont rarement des habitats d’espèces rares ou patrimoniales en Poitou-Charentes.

Les ourlets nitrophiles occupent de petites surfaces linéaires en lisière des forêts fraîches au sein des 4 départements de notre région.

 

Ourlet hygrophile

Rédacteur : David Ollivier

Physionomie-écologie

Les ourlets hygrophiles sont des habitats naturels de transition entre un boisement alluvial ou une prairie inondable et un cours d’eau. Ils se développent donc la plupart du temps sur les berges et sur la terrasse alluviale associée, le plus souvent sur des sols gorgés d’eau et chargés en matières organiques et/ou azotées. Soumis à aucune gestion d’origine anthropique (fauche, pâturage), cet habitat de type mégaphorbiaie est composé de grandes herbes de 1 à 2 mètres, le plus souvent disposées de manière linéaire le long des berges. Ces ourlets présentent une certaine variabilité en fonction de leur position au sein du bassin versant.

La communauté fluviale estuarienne à Angélique des estuaires Angelica heterocarpa (ANGELICION LITORALIS) se rencontre aux sommets des berges des fleuves au niveau de leur estuaire, sur des sols argilo-limoneux toujours gorgés d’eau. Il s’agit d’un habitat linéaire et composé de hautes herbes (env. 1,50 m). L’influence des marées régulières et de la légère salinité qu’elles occasionnent sont des conditions nécessaires à l’installation de ce groupement végétal. L’Angélique des estuaires est une endémique de la façade atlantique française que l’on rencontre dans notre région, en Charente-Maritime au niveau de l’estuaire de la Charente et de la Gironde. Cet habitat connaît une certaine variabilité au niveau des marais maritimes plus ou moins enrichis en matières organiques avec la présence du groupement à Guimauve officinale et Laîche cuivrée et du groupement à Chiendent à fleurs serrées et Guimauve officinale (AGROPYRO PUNGENTIS-ALTHAETUM OFFICINALIS).

Les ourlets riverains mixtes (CONVOLVULION SEPIUM) se rencontrent quant à eux sur les berges et les terrasses alluviales bordant les cours d’eau de plaine. Ils sont généralement associés aux milieux alluviaux riverains tels que les forêts alluviales ou les prairies inondables, sur des sols de natures diverses (limons, sables, argile…) gorgés d’eau. Cette végétation des berges résiste à de courtes périodes d’immersion régulières, lors des crues hivernales. La composition spécifique est dominée par quelques espèces de grande taille et des lianes qui confèrent à cet habitat sa physionomie, telles que la Baldingère, l’Angélique sauvage ou le Liseron des haies.

Enfin, la communauté riveraine à Petasites hybridus (PETASITION OFFICINALIS), habitat plutôt sub-montagnard, ne se rencontre dans notre région que sur les berges d’un unique petit cours d’eau privilégié (sources de la Touvre, 16). La physionomie de ce type de lisière herbacée est marquée par la dominance du Pétasite hybride et de ses larges feuilles, qui lui confère en plus de sa structure végétale plutôt horizontale, une certaine uniformité physionomique.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

  • FILIPENDULO ULMARIAE-CONVOLVULETEA SEPIUM :

    mégaphorbiaies méso-eutrophes des stations humides

    • Convolvuletalia sepium Tüxen 1950 nom. nud. : communautés riveraines et alluviales, eutrophes, sur sédiment minéral
      • Convolvulion sepium Tüxen in Oberd. 195 : communautés de la partie supérieure et moyenne des cours d’eau et des bordures de lacs
      • Angelicion litoralis Tüxen in W.Lohmeyer et al.1962 : communautés de zones subestuariennes, soumises aux mares d’eau douce
      • Petasition officinalis Sill. 1933

CORINE 1991

  • 37.71 Lisières à grandes herbes des bords de cours d’eau
    • 37.712 Communauté fluviale estuarienne à Angelica heterocarpa
    • 37.713 Ourlet riverain à Althaea officinalis
    • 37.714 Communauté riveraine à Petasites hybridus
    • 37.715 Ourlets riverains mixtes bordant les cours d’eau planitiaires

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

6430 Mégaphorbiaies hydrophiles d’ourlets planitiaires et des étages montagnard à alpin

Confusions possibles

En ce qui concerne les ourlets à Angelica heterocarpa, la confusion est possible avec des mégaphorbiaie-roselières sub-halophiles avec lesquelles ils sont en général en contact : roselière à Angélique des estuaires et Roseau commun, roselière à Angélique des estuaires et Baldingère faux-roseau commun. Ils s’en distinguent par l’absence de la structure verticale caractéristique des roselières.

Quant aux autres ourlets hygrophiles, des confusions sont possibles avec les mégaphorbiaies marécageuses et les communautés à grandes laîches (voir fiches « Mégaphorbiaie marécageuse » et « Magnocaricaies »). Les ourlets hygrophiles se distinguent des magnocaricaies par la présence abondante des plantes dicotylédones dominant l’habitat et lui conférant une structure exubérante.

La distinction d’avec les mégaphorbiaies tient avant tout à richesse du substrat : plutôt mésotrophe pour les mégaphorbiaies marécageuses, plutôt eutrophe pour l’ourlet hygrophile.

Dynamique

La dynamique de la communauté fluviale estuarienne à Angelica heterocarpa est peu marquée. En effet, il s’agit d’un habitat pionnier soumis à l’effet des marées, qui permet un rajeunissement lié au remaniement régulier des berges par le courant et aux dépôts de sédiments.

Les ourlets mixtes riverains et l’ourlet à Pétasite hybride peuvent évoluer vers la fruticée ou la saulaie riveraine puis vers la forêt alluviale de type aulnaie-frênaie-ormaie, si le régime fluvial du cours d’eau auxquels ils sont associés permet l’installation des ligneux (absence de forts courants, inondations courtes…). A l’inverse, si lors de fortes crues la lisière de la forêt alluviale recule, l’espace ainsi libéré sera certainement colonisé par les espèces des ourlets hygrophiles, dont certaines sont déjà présentes en sous-étage.

En revanche l’exploitation agricole (fauche, pâturage) des ourlets, les fait évoluer vers les cortèges spécifiques des prairies inondables pâturées ou de fauche caractérisés par une diversité spécifique plus importante et par une certaine abondance des graminées.

Espèces indicatrices

[plante2] Aegopodium podagraria, Althaea officinalis, *Angelica heterocarpa, Angelica sylvestris, Apium graveolens, (Aster x salignus), Barbarea vulgaris, Bolboschoenus maritimus var. compactus, Calystegia sepium, *Dipsacus pilosus, Galega officinalis, (Impatiens glandulifera), *Inula helenium, *Inula helvetica, *Leonurus marrubiastrum, *Lepidium latifolium, Myosoton aquaticum, Oenanthe lachenalii, *Oenanthe foucaudii, *Petasites hybridus, *Poa palustris, (Reynoutria japonica), Senecio aquaticus, (Solidago canadensis), Sonchus arvensis
[plante1] Atriplex prostrata, Bryonia dioica, Carex cuprina, Dipsacus fullonum, Epilobium hirsutum, Epilobium tetragonum, Eupatorium cannabinum, Filipendula ulmaria, Heracleum sphondylium, Humulus lupulus, Hypericum tetrapterum, Lythrum salicaria, Melilotus altissimus, Mentha suaveolens, Phalaris arundinacea, Phragmites australis, Rumex crispus, Scrophularia auriculata, Scirpus sylvaticus, Stachys palustris, Urtica dioica
[briophytes] Calliergonella cuspidata, Eurhynchium hians, Eurhynchium speciosum, Plagiomnium undulatum, Thuidium tamariscinum
[lepidopteres] Anthocharis cardamines, Araschnia levana, Lycaena dispar, Polygonia c-album
[orthopteres] Stethophyma grossum

Valeur Biologique

Les ourlets hygrophiles occupent un espace restreint sur les berges entre le cours d’eau et les milieux alluviaux riverains. Généralement fleuris à partir du mois de juin et pendant tout l’été, ils attirent de nombreux insectes butineurs et pollinisateurs.

La structure verticale et enchevêtrée des ourlets hygrophiles bordant les cours d’eau de plaine permet également aux araignées piégeuses de tisser leurs toiles à l’affût de quelques moucherons ou libellules. Les ourlets hygrophiles sont des zones de maturation et de chasse pour les libellules inféodées aux rivières.

Bien que cet habitat naturel présente un intérêt patrimonial indéniable, il est généralement dominé par quelques espèces, donc plutôt pauvre et composé d’espèces végétales relativement banales.

En revanche la communauté estuarienne à Angelica heterocarpa, héberge des espèces rares, dont l’Angélique des estuaires Angelica heterocarpa, espèce endémique de la façade atlantique Française, protégée à l’échelle nationale et européenne (Dir. Eur. 92/43/CEE), accompagnée sur les vases de la Charente et de la Gironde par l’Oenanthe de Foucaud (Oenanthe foucaudii), également protégé au niveau national.

Enfin, l’ourlet riverain à Pétasite hybride, habitat plutôt continental-montagnard ne se rencontre que très rarement dans notre région. Plusieurs plantes très rares ou en station unique en Poitou-Charentes sont strictement inféodées à l’habitat : l’Inule de Suisse (Inula helvetica), dont la présence dans le nord 16 sur les bords de l’Aume constitue une énigme biogéographique, l’Agripaume faux-marrube (Leonurus marrubiastrum) sur les rives de la Bouleur en sud 86, le Pâturin des marais (Poa palustris) en nord 86 ou encore la Cardère poilue (Dipsacus pilosus) sur les bords du Chambon en sud 79.

Menaces

Toutes les actions susceptibles de modifier le régime hydrologique des hydrosytèmes, telles que la canalisation des ruisseaux, l’enrochement, l’endiguement, les drainages agricoles, les seuils et les barrages, les pompages à vocation agricole, les aménagements de berges, l’urbanisation, sont de nature à porter atteinte à la conservation de cet habitat.

De même, la régulation des cours d’eau conduisant à diminuer la fréquence des périodes de crues n’est pas favorable à son maintien. Il s’agit également d’un habitat assez sensible à l’invasion par des espèces exogènes,
telles que la Renouée du japon (Reynoutria japonica), les
balsamines (Impatiens sp)

Cet habitat supporte en général mal les actions de gestion agricole courantes telles que la fauche et le pâturage, qui le font évoluer vers le cortège spécifique des prairies inondables.

En revanche, il s’accommode très bien des pollutions diffuses et des excès de matières azotées dans l’eau : l’eutrophisation généralisée des cours d’eau de la région favorise ainsi la transformation des mégaphorbiaies mésotrophes en ourlets hygrophiles eutrophes, avec la perte d’originalité floristique qui s’ensuit.

Statut régional

Dans la région Poitou-Charentes, les ourlets hygrophiles sont des milieux à valeur patrimoniale élevée.

Les communautés fluviales estuariennes à Angelica heterocarpa ne sont présentes qu’en Charente-Maritime, au niveau de l’estuaire de la Charente et de la Gironde.

Les ourlets hygrophiles bordant les cours d’eau de plaine sont des habitats ponctuels occupant de petites surfaces, généralement en lisière des forêts alluviales au sein des 4 départements de notre région.

L’ourlet hygrophile prend parfois la forme de nappes extensives de Grand liseron (Calystegia sepium) capables de recouvrir toute la végétation alentour.
L’ourlet hygrophile subhalophile des bordures estuariennes abrite plusieurs plantes remarquables dont, notamment, l’Angélique des estuaires (Angelica heterocarpa), espèce endémique de la façade franco-atlantique.
Le Sphinx de l’épilobe (Proserpinus proserpina) est un papillon de nuit aux mœurs… crépusculaires, dont les chenilles se développent sur divers épilobes dont, notamment, l’Epilobe hirsute (Epilobium hirsutum), une des espèces les plus fréquentes des ourlets hygrophiles.