Chênaie pubescente

Rédacteur : Geneviève Gueret

Physionomie – écologie

Cette forêt se présente tantôt comme un taillis dense, d’une hauteur de 10 à 15 m avec un recouvrement pouvant atteindre 90%, tantôt comme un « pré-bois » où les pelouses alternent avec les faciès forestiers. Dans tous les cas, la strate arborée est dominée par le Chêne pubescent, essence à croissance lente, à fût court et tortueux et écorce noirâtre (d’où le nom local de « chêne noir »), à face inférieure des feuilles, bourgeons et jeunes rameaux velus, facilement reconnaissable l’hiver à ses feuilles marcescentes. Le Chêne pubescent est exigeant en chaleur et lumière ; il supporte bien la sécheresse et peut vivre plus de cinq siècles. Dans les secteurs où les 2 espèces cohabitent, il s’hybride facilement avec le Chêne pédonculé. C’est dans cet habitat que l’Erable de Montpellier a son optimum biologique, accompagné souvent par l’Alisier torminal Sorbus torminalis, plus rarement par le Cormier Sorbus domestica.
La strate arbustive est caractérisée par des arbustes bas tels que la Viorne lantane, les cornouillers mâle et sanguin et, dans les manteaux externes, différents rosiers ainsi que le Cerisier de Ste Lucie Prunus mahaleb (Charente surtout) et le Genévrier Juniperus communis. Le Buis Buxus sempervirens est parfois abondant dans l’est de la région. L’Alisier blanc Sorbus aria, caractéristique exclusive mais très rare, n’est connu que des environs d’Angoulême et au nord de Poitiers. À l’interface manteau/ourlet les lianes comme la Garance Rubia peregrina et le Tamier Tamus communis sont très fréquentes. La strate herbacée intra-forestière est peu diversifiée lorsque la canopée est fermée et ne s’enrichit que dans les faciès plus ouverts (=pré-bois), où certaines espèces de l’ourlet peuvent alors pénétrer en sous-bois. Les ourlets des chênaies pubescentes sont souvent très riches et constituent le refuge de nombreuses plantes à affinités méridionales ou sud-européennes.
Cet habitat se rencontre généralement sur roche-mère calcaire, du Jurassique supérieur ou du Crétacé : calcaires durs du Coniacien, calcaires blancs crayeux à spongiaires du Campanien, calcaires tendres du Turonien supérieur, marnes du Kimméridgien, calcaires marneux maestrichtiens, calcaires argilo-sableux de Cénomanien, sables et calcaires glauconieux du Coniacien, formations superficielles argilo-limono-sableuses plaquées sur calcaire marneux. Le sol est maigre, de type brun calcaire ou rendzine, l’humus un mull calcique, le pH>7. L’eau peut stagner en surface l’hiver, mais les sols ont une faible réserve utile en eau et se déshydratent à la belle saison. L’ambiance micro-climatique est nettement thermophile.
En fonction de la nature de leur substrat – type de roche-mère, profondeur, teneur en argile, réserves hydriques – et de leur situation géographique, les chênaies pubescentes régionales présentent une forte variabilité.
Celle-ci oscille entre un pôle mésophile où le Chêne pédonculé accompagne le Chêne pubescent et un pôle xérophile avec pénétration d’espèces sempervirentes telles que le Chêne vert, le Rosier sempervirent ou le Filaire à feuilles larges qui assure une transition avec la véritable chênaie verte centre-atlantique où ces espèces deviennent prépondérantes.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

Classe Querco roboris-Fagetea sylvaticae Br-Bl &Vlieger in Vlieger 1937
Quercion pubescenti-sessiliflorae Br-Bl 1932
Sous-Alliance Sorbo ariae-Quercenion pubescentis Rameau 1996

COR 1991

41.71 Chênaies blanches occidentales et communautés apparentées
41.711 Bois occidentaux de Quercus pubescens

Directive habitat 1992 : Non retenu

Confusions possibles

Des confusions sont possibles entre la chênaie pubescente surtout son faciès xérophile sur calcaires durs – et la chênaie verte : celle-ci – outre la forte dominance (voire l’exclusivité) du Chêne vert et d’autres espèces sempervirentes – se distingue par son tapis herbacé plus pauvre en raison d’un sous-bois très sombre où le Lierre présente souvent un recouvrement important. Le Chêne pubescent, lorsqu’il est présent, ne joue qu’un rôle effacé. La situation géographique est aussi déterminante, la chênaie verte ne s’éloignant guère – sauf exceptions (peuplements des Chaumes Boissières en Charente) – de plus de 30km du littoral alors que la chênaie pubescente est potentiellement présente sur l’ensemble des sols calcaires de la région Poitou-Charentes.

Dynamique

Ce milieu est souvent en continuité spatiale et temporelle avec les pelouses calcicoles du Mesobromion et du Xerobromion avec lesquelles il tend à former des complexes d’un grand intérêt. Exploitée généralement en taillis, la chênaie pubescente apparaît comme un habitat stable en raison de conditions édaphiques assez contraignantes (sécheresse, pauvreté trophique).

Espèces indicatrices

[plante2] Quercus pubescens, Acer monspessulanum, Cornus mas, Sorbus torminalis, *Sorbus aria, Viburnum lantana, Viola alba ssp.scotophylla
[plante1] Brachypodium pinnatum, Buxus sempervirens, Campanula glomerata, Campanula persicifolia, Carex flacca, *Carex digitata, *Carex montana, Cephalanthera longifolia, Cephalanthera rubra, *Daphne laureola, *Epipactis muelleri, Euphorbia brittingeri, Filipendula hexapetala, Geranium sanguineum, Helleborus foetidus Juniperus communis, Lathyrus latifolius, Lathyrus niger, Ligustrum vulgare, Limodorum abortivum, Lithospermum purpureo-caeruleum, Lonicera xylosteum, Melampyrum cristatum, Melittis melissophyllum, Mercurialis perennis, Orchis mascula, Platanthera chloranta, Polygonatum odoratum, Prunus mahaleb, Quercus ilex, Quercus robur , Rhamnus catharticus, Rubia peregrina, Silene nutans, Sorbus domestica, Tamus communis, Trifolium medium, Trifolium rubens, Veronica teucrium, Viola hirta
[briophytes] Ctenidium molluscum, Rhytidiadelphus triquetrus
[champignons] Agaricus fuscofibrillosus, Amanita ovoidea, A. proxima, A. strobiliformis, Boletus lupinus , B. luteocupreus, B. rhodopurpureus, B. satanas, B. torosus, B. xanthocyaneus, Cortinarius aleuriosmus, C. caerulescens, C. ionochlorus, C. multiformis, C. nanceiensis, C. rapaceus, C. rapaceotomentosus var. violaceotinctus, C. xanthophyllus, Hygrophorus penarius, H. persoonii, H. russocoriaceus, H. russula, Lactarius acerrimus, L. evosmus, L. zonarius, Russula maculata, R. olivacea, Tuber aestivum, T. brumale, T. melanosporum, T. mesentericum, Xerocomus dryophilus
[orthopteres] Cyrtaspis scutata, Meconema thalassinum, Nemobius sylvestris, Phaneroptera falcata, Pholidoptera griseoaptera
[lepidopteres] Clossiana dia, Hipparchia fagi

Valeur biologique

En tant qu’habitat, la chênaie pubescente au sens strict ne possède pas de rareté intrinsèque au niveau régional puisqu’elle représente environ 30% des forêts du Poitou-Charentes. En revanche, ses lisières constituent un biotope de choix pour les ourlets xéro-thermophiles où se réfugie une flore originale et précieuse (voir fiche « Ourlets maigres xéro-thermophiles »). Par ailleurs, elle forme souvent des mosaïques biologiquement très riches avec des milieux ouverts ou semi-ouverts tels que les pelouses calcicoles ou les fourrés thermophiles.
Contrairement aux ourlets, floristiquement très riches, la chênaie pubescente n’abrite qu’un nombre modéré d’espèces végétales patrimoniales : Laîche des montagnes Carex montana, Laîche digitée Carex digitata, Alisier blanc Sorbus aria etc..

Menaces

Dépourvue d’intérêt sylvicole réel, la chênaie pubescente fait souvent l’objet d’enrésinements (Pin noir d’Autriche, Pin sylvestre), qui altèrent sa valeur biologique. À proximité des agglomérations, elle est souvent « mitée » par des constructions ; plus localement enfin, elle peut constituer un site pour la culture de la truffe.

Statut régional

Cet habitat a une répartition assez large dans la région et peut couvrir des surfaces conséquentes au sein des secteurs calcaires, sa fréquence départementale reflétant assez fidèlement l’étendue des affleurements crétacés et jurassiques : très commune en Charente, commune en Charente-Maritime et Vienne, la chênaie pubescente devient plus localisée dans les Deux-Sèvres. C’est dans un petit secteur à cheval sur le nord de 17 et le sud de 79 que se trouvent les exemplaires de cet habitat les plus riches botaniquement de tout le Poitou-Charentes : il s’agit de fragments relictuels d’une ancienne ceinture de forêts s’étendant jusqu’aux environs d’Angoulême et connue sous le nom de « sylve d’Argenson », ensemble aujourd’hui morcelé , défriché et mis en culture depuis le Moyen Age.

16 : forêt de la Braconne, forêt de Boixe
17 : forêt de Benon, bois de St Christophe
79 : forêt d’Aulnay, forêt de Chizé, bois d’Availles
86 : forêt de Lussac, bois de St Benoît, de Chauvigny

 

Forêts de pentes et de ravins à tilleuls et érables

Rédacteur : David Suarez

Physionomie – écologie

Cet habitat, aussi appelé tiliaie-acéraie, se développe sur les fortes pentes calcaires (parfois aussi siliceuses) ou au sein de talwegs forestiers, situés le plus souvent en marge des plateaux calcaires durs entaillés par des vallées.

Ces pentes sont alors recouvertes d’éboulis grossiers, voire de blocs calcaires détachés par l’érosion. Il s’agit d’un boisement sombre, frais et à forte humidité atmosphérique, très pentu, généralement orienté au nord ou à l’est, et dont le sol peu épais est recouvert d’une couche muscinale importante. L’accessibilité difficile des ravins dans lesquels il s’installe rend l’exploitation du bois presque impossible et permet le maintien d’une futaie âgée, prenant parfois l’aspect d’une forêt subprimaire.

La strate arborée est composée de grands tilleuls (Tilia platyphyllos), érables (Acer campestre surtout, plus rarement Sycomore Acer pseudoplatanus seulement subspontané en région Poitou-Charentes), chênes (Quercus robur), frênes (Fraxinus excelsior), plus rarement d’Orme de montagne Ulmus glabra et la strate herbacée est plutôt clairsemée, généralement caractérisée par l’omniprésence des fougères dont la Scolopendre Asplenium scolopendrium est la plus répandue.

Les conditions micro-climatiques réunies dans ces stations sont favorables à la présence d’espèces végétales à affinités montagnardes ne supportant pas un ensoleillement prolongé, souvent relictuelles et généralement rares en plaine, comme la Cardamine pennée Cardamine heptaphylla, dont la floraison printanière de milliers de pieds illumine le sous-bois de son unique localité régionale située en Charente, près de Cognac. D’autres plantes remarquables, plutôt indicatrices des chênaies-charmaies du Carpinion Betuli avec lesquelles la tiliaie est souvent en contact, notamment en bas de pente, peuvent s’insérer dans le cortège végétal, comme la Lathrée écailleuse Lathraea squamaria, le Lis martagon Lilium martagon, l’Androsème Hypericum androsaemum

On notera que cet habitat couvre généralement de faibles surfaces en Poitou-Charentes, car les conditions nécessaires à son développement (fortes pentes, éboulis, exposition nord…) sont rarement réunies en plaine. De plus, il reste mal connu et les formes atypiques ou de transition avec d’autres types forestiers sont plus fréquentes que les situations exemplaires.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

Alliance : Tilio platyphylli-Acerion pseudoplatani (Klika 1955)

COR 1991

41.41 Forêts de pentes et de ravins à tilleuls et érables

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

9180* Forêts de pentes, éboulis, ravins du Tilio-Acerion

Confusions possibles

Cet habitat peut être confondu avec d’autres boisements susceptibles de coloniser les pentes calcaires comme les chênaies-frênaies atlantiques qui se développent plutôt sur les pentes modérées et sur des matériaux plus fins, les chênaies-charmaies, qui se développent généralement en fond de vallée sur un sol profond mais qui sont souvent en contact direct avec la tiliaie-acéraie en bas de pente ; la chênaie thermophile peut également présenter un faciès « frais » et descendre le long des rebords de plateaux calcaires qu’elle occupe le plus souvent, et se mêler alors avec la tiliaie. Sur sol acide, avec des conditions stationnelles équivalentes, on observe un boisement d’apparence assez similaire, où le Hêtre est alors souvent présentdans des stations qui jouent le rôle de refuge pour cette essence au sein d’une région dont le climat général ne lui convient pas (pluviométrie insuffisante). Les confusions possibles avec d’autres types de boisements sont assez nombreuses et seuls des relevés rigoureux de végétation permettent de caractériser avec certitude cet habitat, surtout en zone de basse altitude comme c’est le cas en Poitou-Charentes.

Dynamique

Les forêts de pentes et de ravins sont des boisements stables, qui constituent le stade final de développement de la végétation sur pentes et éboulis calcaires en exposition fraîche (nord ou est). En raison des conditions d’exploitation très difficiles liées notamment aux conditions d’accès, ces forêts sont souvent laissées en l’état, et constituent peut-être les dernières reliques, ou du moins un aperçu, de ce que pouvaient être les forêts primaires qui couvraient autrefois toute l’Europe.

Espèces indicatrices

[plante2] Asplenium scolopendrium , *Cardamine heptaphylla, *Carex digitata, *Doronicum plantagineum, *Dryopteris affinis, *Polystichum aculeatum, Polystichum setiferum, Stachys alpina, Tilia platyphyllos, *Ulmus glabra
[plante1] Acer campestre, Acer pseudoplatanus, *Aconitum vulparia, Buxus sempervirens, Campanula trachelium, Cardamine impatiens, Corydalis solida, Corylus avellana, *Doronicum pardalianches, *D.plantagineum, Fagus sylvatica, Fraxinus excelsior, Hedera helix, Hypericum androsaenum, Lamium galeobdolon, *Lathraea squamaria, *Lilium martagon, Milium effusum, *Muscari botryoides, Orchis mascula, Oxalis acetosella, Quercus robur, *Scilla bifolia, *Veronica montana
[briophytes] Cirriphyllum piliferum, Ctenidium molluscum, Eurhynchium striatulum, Eurhynchium striatum, Fissidens taxifolius, Hylocomium brevirostre, Neckera crispa, Polytrichum formosum, Rhytidiadelphus loreus, Rhytidiadelphus triquetrus, Thamnobryum alopecurum, Thuidium tamariscinum
[champignons] Rutstroemia luteovirescens
[mammiferes] Blaireau d’Europe Meles meles
[oiseaux] Pic cendré Picus canus
[mollusques] Acicula fusca, Arion intermedius, Carychium minimum

Valeur biologique

Cet habitat est rare en région Poitou-Charentes, où il couvre généralement de faibles surfaces. De plus, les stations où le cortège floristique est riche en espèces végétales à affinités montagnardes ou continentales, souvent relictuelles en plaine, se comptent quasiment sur les doigts de la main. De fait, beaucoup des plantes caractéristiques de ce groupement sont au moins inscrites sur la Liste Rouge des espèces menacées en Poitou-Charentes. L’exemple le plus remarquable est le Bois des Fosses, situé en Charente près de Cognac le long de la vallée du fleuve Charente, où l’on peut observer la Cardamine pennée Cardamine heptaphylla, ici en aire disjointe et dont les stations les plus proches sont situées dans le Massif Central. La présence de futaies souvent âgées et peu fréquentées du fait de l’accessibilité difficile favorise également la faune : les rares pics mar et cendré peuvent y être rencontrés, le Blaireau, qui utilise les zones d’éboulis pour creuser son terrier, apprécie particulièrement ce milieu. Lorsque l’érosion a pris soin de creuser des grottes à flanc de pente, des chauves-souris y élisent alors fréquemment domicile.

Menaces

En raison des difficultés d’exploitation sylvicole des stations où cet habitat est présent, il n’existe pas de menace réelle pour le maintien de ce boisement en Poitou-Charentes. Toutefois, en raison de la pente qui le caractérise, et surtout lorsqu’une route le surplombe, on y observe fréquemment des dépôts sauvages, parfois très anciens (carcasses de vieilles voitures…). Parfois, les éboulis rocheux sont utilisés par des véhicules tout-terrain, notamment les motos de trial. Ces atteintes restent cependant peu fréquentes.

Statut régional

Habitat disséminé : présent surtout en 16 et en 86

Les sites comportant des surfaces significatives de cet habitat ont presque tous été intégrés et décrits dans les inventaires du patrimoine naturel récent (ZNIEFF, Natura 2000) auxquels on se reportera pour plus de détails.

16 : Bois des Fosses, Grande Fosse (forêt de la Braconne), Côte du Chatelars, Bois des Loges

79 : Vallée de la Touche-Poupard

86 : bords de la Vienne aux environs de Chauvigny, vallée d’Anglin

 

Chênaies-charmaies, chênaies-frênaies

Rédacteur : Jean-Pierre Sardin

Physionomie-écologie

Ces habitats génériques correspondent à un ensemble d’associations qui déterminent ici la forêt mésophile ouest européenne atlantique. D’une façon générale, ces boisements – appelés aussi chênaies mixtes à charme – sont caractérisés par des essences de lumière, de dimension variable, qui favorisent des strates arbustives et herbacées assez denses et riches en espèces. Ils se développent sur des sols fertiles, au substrat frais, parfois temporairement humide, mais jamais engorgé. Selon les sols, mais aussi la latitude, on distinguera d’une part le groupe des chênaies-charmaies subcontinentales, limité dans notre région à la chênaie-charmaie calcicole, localisée essentiellement dans le nord et l’est, et d’autre part le groupe des chênaies-frênaies atlantiques neutroclines, beaucoup plus varié, avec des chênaies-frênaies plutôt liées à des sols bruns assez profonds, souvent en terrain plat ou à faible pente, sur lesquels elles remplacent la chênaie thermophile, et des chênaies-charmaies sur des sols à acidité plus ou moins modérée, comme des sables argileux, ou en bas de pente.

En raison de leur productivité assez importante, ces boisements sont très exploités, en taillis sous futaie ou en futaie. Ainsi, dans notre région, ces habitats sont en général des forêts secondaires, résultant du traitement forestier, et non des forêts climaciques. Ces traitements forestiers raccourcissent le cycle de régénération et imposent parfois la dominance de certaines espèces.

Selon les substrats et le relief, la latitude également, la diversité de
la strate arborée varie. Au nord, Chêne pédonculé Quercus robur et Chêne sessile Quercus petraea cohabitent souvent, le sessile étant plus rare vers le sud et le sud-ouest. Le Charme Carpinus betulus est parfois presque monospécifique, le Frêne commun Fraxinus excelsior étant le plus souvent accompagnant, même dans la chênaie-frênaie.

Les autres ligneux les plus fréquents sont le Noisetier Corylus avellana, l’Erable champêtre Acer campestre, l’Orme champêtre Ulmus minor, le Tilleul à petites feuilles Tilia cordata, le Merisier Prunus avium.

A l’étage en dessous, on observe notamment l’Aubépine monogyne Crataegus monogyna, le Troëne Ligustrum vulgare, le Fusain Evonymus europaeus, parfois le Fragon Ruscus aculeatus et le Camerisier Lonicera xylosteum.

L’une des caractéristiques physionomiques de ces habitats est la présence de nombreuses géophytes à floraison spectaculaire, abondante, prévernale et vernale, comme la Jonquille Narcissus pseudonarcissus, la Jacinthe des bois Hyacinthoides non-scripta, l’Ail des ours Allium ursinum

La strate herbacée est assez fournie, avec localement une grande diversité. Elle est dominée localement par l’Anémone des bois Anemone nemorosa, l’Hellébore fétide Helleborus foetidus, la Mélique uniflore Melica uniflora, la Pulmonaire à feuilles longues Pulmonaria longifolia, la Primevère élevée Primula elatior ou l’Arum d’Italie Arum italicum.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

  • Carpinion betuli Issler 1931 : sols ressuyés mais sans déficit hydrique.
  • Fraxino-Quercion roboris Rameau 1996 : sols à bonne réserve hydrique

COR 1991

  • 41.21 et 41.35 Chênaies et chênaies-frênaies atlantiques mixtes à Jacinthe (Endymio-Carpinetum, Corylo-Fraxinetum)
  • 41.22 et 41.36 Frênaies-chênaies et chênaies-charmaies aquitaniennes (Rusco-Carpinetum, Saniculo-Carpinetum)
  • 41.23 et 41.37 Frênaies-chênaies sub-atlantiques à Primula elatior méso-eutrophes
    • 41.231 Frênaie-chênaie à Arum
    • 41.232 Frênaie-chênaie à Corydalis solida
    • 41.233 Frênaie-chênaie à Allium ursinum
  • 41.27 Chênaies-charmaies et frênaies-charmaies calciphiles
    • 41.273 Chênaie-charmaie calciphile du sud du Bassin parisien avec Lilium martagon, Arum italicum, Daphne laureola
  • 41.39 Bois de frênes post-culturaux

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

NC

Confusions possibles

Les nombreux faciès associés à ces groupements expliquent la difficulté d’identification et les risques importants de confusion avec
d’autres habitats forestiers. Certaines chênaies présentent des faciès plus frais à frêne, alors que sur les pentes exposées au nord, on peut interpréter à tort une tiliaie-acéraie. Il y a d’autre part des convergences possibles avec la hêtraie calcicole dans certains massifs (Braconne, Chizé…) et les limites ne sont pas toujours très nettes. Aussi les relevés précis de la flore, arbustive et herbacée, sont-ils indispensables pour caractériser le plus sûrement ces habitats. Lorsque le sol est enrichi artificiellement en azote, ou lors de recolonisation forestière après culture, des groupements proches peuvent apparaître : les bois de frênes post-culturaux restent pour certains auteurs rattachés à l’ensemble ici décrit, alors que l’ormaie rudérale est considérée comme une variante anthropique du Carpinion. Ces boisements d’origine anthropique sont souvent colonisés par des plantes allochtones échappées de jardins environnants.

Dynamique

Ces forêts sont très souvent exploitées, conduites en futaie ou en taillis sous futaie, ce qui renforce parfois la fraîcheur du sous-bois et favorise l’implantation de ces habitats. Néanmoins, l’exploitation à courte révolution peut freiner ou empêcher l’apparition du climax. Ainsi ne peut-on parler de boisements stables, seules les parcelles situées sur un relief accentué, limitant l’exploitation, peuvent véritablement vieillir. C’est d’ailleurs au niveau de ces boisements préservés que l’on observe généralement les cortèges végétaux les plus intéressants d’un point de vue patrimonial.

Espèces indicatrices

[plante2] *Aconitum vulparia, Adoxa moschatellina, Allium ursinum, Arum italicum, Arum maculatum, *Cardamine bulbifera, Carpinus betulus, *Corydalis solida, Corylus avellana, *Daphne laureola, *Doronicum pardalianches, Fraxinus excelsior, *Helleborus viridis, Hyacinthoides non-scripta, *Hypericum androsaemum, Lamium galeobdolon, *Lilium martagon, Lonicera xylosteum, *Luzula sylvatica, *Lysimachia nemorum, Milium effusum, Moehringia trinervia, *Narcissus pseudonarcissus, *Nectaroscordum siculum, *Oxalis acetosella, *Primula elatior, Prunus avium, Quercus robur, Ranunculus auricomus, *Scilla bifolia, Symphytum tuberosum, *Thalictrella thalictroides , *Veronica montana
[plante1] Anemone nemorosa, Anthriscus sylvestris, Aquilegia vulgaris, Astragalus glycyphyllos, Athyrium filix-femina, Campanula trachelium, Cardamine flexuosa, Cardamine pratensis, *Carex digitata, Carex sylvatica, Circaea lutetiana, Conopodium majus, Cornus mas, Crataegus laevigata, Dryopteris carthusiana, Dryopteris filix-mas, Euphorbia amygdaloides, *Galium odoratum, Hedera helix, Helleborus foetidus, Iris foetidissima, *Lathraea squamaria, Melica uniflora, Mercurialis perennis, Mycelis muralis, *Myosotis sylvatica, Orchis mascula, Ornithogalum pyrenaicum, Polygonatum multiflorum, *Polystichum aculeatum, Polystichum setiferum, Primula acaulis, Pulmonaria longifolia, Ranunculus ficaria, Ruscus aculeatus, *Stachys alpina, Stachys sylvatica, Stellaria holostea, Veronica chamaedrys, Vicia sepium, Vinca minor, Viola riviniana
[champignons] Amanita lividopallescens, Boletus depilatus, B. dupainii, B. fechtneri, B. luteocupreus, B. queletii, B. rhodopurpureus, B. rhodoxanthus, Cortinarius cristallinus, Cortinarius galeobdolon, Gyroporus castaneus, Hygrophorus carpini, Lactarius circellatus, Leccinum carpini, Morchella vulgaris, Xerocomus armeniacus
[mammiferes] Meles meles
[amphibiens] Bufo bufo, Rana dalmatina, Salamandra salamandra

Valeur biologique

Cet ensemble est bien répandu en Poitou-Charentes, sur la plupart des terrains sédimentaires des bassins aquitain et parisien. Les variations sont nombreuses du nord au sud, souvent liées aux conditions de sol qui déterminent la présence ou l’absence d’espèces herbacées déterminantes, le cortège arboré et la physionomie restant le plus souvent similaire. Le cortège floristique patrimonial y est important, même s’il est peu fréquent de rencontrer de nombreuses espèces rares sur un même site : Aconitum vulparia, Cardamine bulbifera, Doronicum pardalianches, Lilium martagon, Nectaroscordum siculum en Vienne… Toutes ces espèces bénéficient d’un statut de protection au moins régional, et de nombreuses autres plantes peuplant cet habitat sont inscrites sur la liste rouge régionale.

Menaces

En raison de l’exploitation régulière et souvent assez intense des parcelles, les habitats sont instables et assez appauvris. Néanmoins, le large spectre des conditions d’installation, tant édaphiques que climatiques, permet à ces forêts mésophiles une large distribution. Les ensembles types sont cependant peu nombreux et de faible surface.

C’est le débourrage tardif des essences dominantes de la chênaie-charmaie Carpinus betulus et Quercus robur qui explique le développement d’une strate herbacée richement colorée dès le tout début du printemps (mars-avril).

Statut régional

Habitat répandu surtout dans la moitié orientale et le nord de la région, se raréfiant vers le sud et le sud-ouest. De nombreuses chênaies-charmaies ont été intégrées dans le réseau des ZNIEFF, notamment toutes celles abritant des stations de Lis martagon, de Scille à 2 feuilles, d’Ail de Sicile ou de Dentaire bulbifère.

16 : forêts de La Braconne et de Bois-Blanc, forêt de Ruffec

17 : vallées du Bourrut et du Coran

79 : bois des Grais, bois de Glassac, forêt de Secondigny

86 : coteau de la Touche, bois de la Héronnière, bois de Maviaux, vallée de Teil

 

Hêtraies

Rédacteur : Anthony le Fouler

Physionomie – écologie

Le Hêtre est une essence des climats océaniques et montagnards. L’humidité atmosphérique est le principal facteur limitant sa propagation en véritables peuplements vers les plaines du sud. Il occupe par contre des surfaces importantes dans le Massif central, les Alpes et les Pyrénées à la faveur des brouillards chargés d’humidité. A notre ère, la hêtraie de plaine trouve dans quelques rares forêts domaniales picto-charentaises ses derniers refuges méridionaux. Elle exige aussi des sols relativement bien drainés et semble par contre indifférente à la nature du sol (marnes calcaires drainées, grès, granites).

La distinction des hêtraies régionales est faite sur les variations de composition des strates basses dépendantes du pH et de l’hydromorphie du substrat. 3 grands types de hêtraies peuvent être distingués :

– les hêtraies acidiphiles, non exposées ici car appartenant en Poitou-Charentes à l’ensemble des chênaies-hêtraies du QUERCION ROBORIS-PETRAEAE,

– les hêtraies neutroclines et mésophiles du CARPINION BETULI,

– les hêtraies thermophiles du RUBIO-FAGETUM SYLVATICAE, riches en espèces transgressives de la chênaie pubescente, mais également rapportables au CARPINION BETULI.

Les hêtraies neutroclines de Poitou-Charentes sont définies principalement par l’association du Melico-Fagetum ou « hêtraie à Mélique », habitat d’intérêt communautaire. Elles couvrent des surfaces faibles dans la région et se développent sur des brunisols à humus doux (mull), au pH voisin de la neutralité. Le substrat est frais ou légèrement humide, mais jamais saturé en eau. Le Hêtre est généralement dominant mais peu parfois être co-dominant avec le Chêne pédonculé en cas d’orientation sylvicole et dans les zones les plus sèches de son aire. En régime de futaie, la strate arbustive est très clairsemée et composée d’espèces neutroclines comme le Noisetier Corylus avellana, le Fusain d’Europe Euonymus europaeus ou encore le Cornouiller sanguin Cornus sanguinea. Le tapis herbacé est généralement très recouvrant et particulièrement luxuriant au printemps. Cette végétation s’organise en taches plus ou moins grandes où chacune est dominée par une plante particulière. La Mélique uniflore Melica uniflora et l’Aspérule odorante Galium odoratum sont les plus caractéristiques de ce type d’habitat. Le Sceau de Salomon Polygonatum odoratum, la Violette des bois Viola reichenbachiana, l’Anémone sylvie Anemone nemorosa, sont également fréquentes et composent des communautés vernales proches de celles rencontrées en sous-bois des chênaies-charmaies.

Plus rarement, le hêtre arrive difficilement à constituer de véritables peuplements sur les sols à fortes variations hydromorphiques du bassin aquitain (saturation en hiver et assèchement en été). Le cortège s’enrichit alors de plantes calcicoles et thermophiles mais tout en gardant une originalité vis à vis des véritables hêtraies calcaires du CEPHALANTHERO-FAGION. Ce type de hêtraie thermophile, rare et originale, est à rapprocher du RUBIO-FAGETUM Roisin 1967, un habitat non retenu par le Directive 92/43/CEE et qui relaie au sud-ouest de la Loire les DAPHNO-FAGETUM et CARICI-FAGETUM nord-atlantiques. Les plus beaux exemplaires du RUBIO-FAGETUM appartiennent aux forêts domaniales de Chizé et d’Aulnay. Le hêtre, ici dominant, est souvent accompagné d’essences thermophiles telles que le Chêne pubescent Quercus pubescens ou, plus remarquablement, l’Erable de Montpellier Acer monspessulanum. La strate arbustive y est pauvre, souvent dominée par le Fragon Ruscus aculeatus, mais la strate herbacée est dense et riche en plantes. Elle est aussi relativement riche en Orchidées dont certaines sont bien adaptées aux contraintes d’ombrage (Limodorum abortivum, L. trabutianum, Neottia nidus-avis).

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

  • QUERCO ROBORIS-FAGETEA SYLVATICAE Braun-Blanq. & Vlieger 1939

    Forêts tempérées caducifoliées ou mixtes, collinéennes et montagnardes (plus rarement subalpines), ainsi que supraméditerranéennes.

  • Fagetalia sylvaticae Pawł. in Pawł., Sokołowski & Wallisch 1928
    • Carpinion betuli Issler 1931 : Communautés acidiclines à calcicoles sur sols ressuyés mais sans déficit hydrique marqué.
    • Melico uniflorae-Fagetum sylvaticae Lohmeyer in Seibert 1954
    • Rubio-Fagetum sylvaticae Roisin 1967

COR 1991

  • 41.13 Hêtraies neutrophiles
    • 41.131 Hêtraies à Aspérule et Mélique (et à Garance voyageuse)
      • 41.1311 Hêtraie calcicline à Mélique
      • 41.1312 Hêtraie neutrocline à Mélique

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

  • 9130 Hêtraies de l’Asperulo-Fagetum
    • 9130-1 Hêtraies-chênaies à Mélique, If et Houx

Confusions possibles

Du fait qu’elles soient inscrites dans la même succession végétale, les hêtraies neutroclines peuvent être confondues avec les chênaies-charmaies lorsque l’essence dominante ou co-dominante est le Hêtre. Il sera toujours intéressant de noter pour les chênaies-charmaies transitoires le recouvrement du Hêtre pour prédire un éventuel passage à la hêtraie climacique. La présence de nombreuses plantes neutroclines et de quelques calcaricoles permettra de la distinguer de la chênaie-hêtraie acidiphile.

En ce qui concerne la hêtraie à Garance, une confusion peut être faite avec la chênaie pubescente transitoire et surtout avec les hêtraies calcicoles sèches du CEPHALANTHERO-FAGION (mais les hêtraies appartenant à ce groupe se trouvent en climat plus continental).

Dynamique

La hêtraie neutrocline dérive des chênaies-charmaies dans les zones où les conditions climatiques sont propices au développement du hêtre (pluviométrie suffisante). Ceci explique la présence de nombreuses plantes en commun entre ces deux formations. Le hêtre étant incapable de rejeter sur souche, seules les chênaies-charmaie en régime de futaie sont susceptibles d’évoluer vers une hêtraie climacique. Néanmoins les chênes et les charmes subsistent longtemps au sein de cet habitat.

La hêtraie thermophile sur calcaire est une forêt climacique. Elle est l’aboutissement du long processus de colonisation des pelouses sèches calcicoles par les ligneux. Elle est susceptible de succéder à un groupement calcicole boisé soumis au régime de futaie.

En conditions défavorables dans notre région à climat relativement sec, le Hêtre éprouve des difficultés de développement ce qui limite fortement l’extension de l’habitat, même en régime de futaie.
Comme mesure de gestion sylvicole, la coupe à blanc est fortement traumatisante et ne permet jamais de prédire le retour à la hêtraie calcicole climacique. Seul un régime de futaie avec coupe d’ensemencement est susceptible de régénérer ce type de boisement. Le régime en futaie jardinée serait idéal pour conserver et exprimer le potentiel floristique du groupement.

Espèces indicatrices

[plante2] Euonymus europaeus, Fagus sylvatica, Galium odoratum, *Hordelymus europaeus, Melica uniflora, Neottia nidus-avis
[plante1] Acer monspessulanum, Adoxa moschatellina, Anemone nemorosa, Brachypodium pinnatum, Cornus sanguinea, Hyacinthoides non-scripta, Geranium sanguineum, Lamium galeobdolon, Limodorum abortivum, *Limodorum trabutianum, Polygonatum odoratum, Quercus pubescens, *Rosa pimpinellifolia, *Rosa sempervirens, Rubia peregrina, Ruscus aculeatus, Sorbus torminalis
[briophytes] Ctenidium molluscum
[mammiferes] Barbastella barbastellus, Capreolus capreolus, Meles meles, Myotis bechsteinii
[oiseaux] Dendrocopos medius, Dryocopus martius, Phylloscopus sibilatrix
[lepidopteres] Cryptococcus fagi, Limenitis camilla, Limenitis reducta, Thecla quercus
[coleopteres] Meloe proscarabaeus

Valeur biologique

Toutes les hêtraies en Poitou-Charentes présentent une grande valeur biologique du fait de leur faible surface et de leur situation en limite méridionale (hêtraies de plaines). La flore des hêtraies neutroclines, aux cortèges herbacés proches des chênaies-charmaies, formations plus courantes dans la région, est donc relativement banale mais toutefois très diversifiée. Les hêtraies à Garance ont quant à elles une flore très originale avec la présence de plantes calcaricoles et thermophiles dont quelques raretés comme le Limodore de Trabut Limodorum trabutianum et l’Orge d’Europe Hordelymus europaeus. Ces forêts sont également le lieu de vie de nombreuses espèces animales comme le Chevreuil, le Sanglier et les chauves-souris arboricoles. Des insectes fréquentent également régulièrement cet habitat.

Menaces

D’une part, de nombreux boisements de feuillus sont arasés au profit de plantations de résineux. D’autre part, certaines pratiques sylvicoles sont néfastes pour la flore et la faune des hêtraies. La conduite du boisement en taillis est très fréquente et exclut les potentialités du Hêtre, incapable de rejeter sur souche. En condition de sols bien drainés, cette essence noble, ici hors de son optimum écologique et donc moins productif, est éliminé au profit d’autres essences plus rentables telles que les Chênes. De plus, la régénération des hêtraies est rendue difficile du fait de sa position climatique en Poitou-Charentes.

Enfin, les puissantes tempêtes de ces deux dernières décennies ont anéanti de grandes surfaces de futaies de hêtres. Autre facteur climatique, les sècheresses successives et, semble-t-il, en recrudescence, limitent la propagation de ces peuplements climaciques. La forte exigence en humidité atmosphérique du hêtre fait de cette essence un bon indicateur du réchauffement climatique global.

Statut régional

En tant qu’habitat, la hêtraie est très localisée en région Poitou-Charentes où elle n’occupe que de petites surfaces au sein de plus vastes boisements, bien que le Hêtre offre une répartition plus étendue mais le plus souvent sous forme d’individus isolés ne formant pas de véritables peuplements.

16 : Forêt de la Braconne

17 : Massif forestier de Chizé-Aulnay

79 : Massif forestier de Chizé-Aulnay ; forêts de Secondigny, du Fouilloux, de l’Absie, de Chantemerle

86 : Forêt de Moulière

 

Chênaie acidophile

Rédacteur : Anthony le Fouler

Physionomie – écologie

Les chênaies acidiphiles se différencient en quatre grands types selon l’espèce de chêne dominante, le degré d’acidité, la teneur en nutriments et l’engorgement en eau du sol. Elles sont dominées, selon les cas, par le Chêne pédonculé, le Chêne sessile ou le Chêne tauzin. Le Hêtre, ici en limite d’aire, parvient parfois à se maintenir, voire à concurrencer localement les chênes.

La forêt de Chêne tauzin Quercus pyrenaica est caractéristique de la partie sud du domaine atlantique français. Le sous-type picto-charentais se développe sur des sols relativement secs et pauvres à faible activité biologique. Toujours en situation pionnière, ce groupement forestier présente une structure relativement ouverte permettant une bonne expression d’une strate herbacée riche en héliophiles comme l’Asphodèle blanche Asphodelus albus qui peut fleurir en masse au printemps avant le débourrage particulièrement tardif du tauzin. La strate arbustive est généralement peu dense et composé de Bourdaine Frangula alnus, de Bruyère cendrée Erica cinerea, de Fragon petit-houx Ruscus aculeatus ou encore de Genêt à balai Cytisus scoparius et d’Ajonc d’Europe Ulex europaeus.

Les chênaies sessiliflores se rencontrent également sur des substrats secs et acides. La strate arborée est dominée par le Chêne sessile et parfois par le Chêne pédonculé en cas d’orientation sylvicole dirigée. La strate arbustive est riche mais irrégulière. La strate herbacée est très variable selon l’état de conservation de l’habitat. Ces boisements sont gérés en futaie, taillis sous-futaie ou parfois en taillis simple. Selon la nature du sol, 2 types peuvent être distingués :

  • la chênaie sessiliflore à Alisier torminal Sorbus torminalis sur podzols acidifiés (sables, graviers, altérites de roches siliceuses ou limons dégradés). La strate herbacée est principalement constituée de la Canche flexueuse et de la Molinie bleue. Suite aux traitements pluriséculaires en taillis et taillis sous futaie, un groupement dégradé se met en place dans lequel apparaît une plante peu courante : le Peucédan de France Peucedanum gallicum.
  • la chênaie sessiliflore à Fragon petit-houx Ruscus aculeatus sur sols lessivés. Le sol y est bien drainé et moins acide que dans le sous-type précédent, permettant ainsi la transgression d’un plus grand nombre d’espèces neutroclines comme le Fragon petit houx ou le Charme Carpinus betulus (d’où son rattachement au Carpinion).

La chênaie acidiphile atlantique à Hêtre constitue la formation boisée la plus répandue sur substrat acide – limons à silex, sables, limons dégradés, arènes granitiques – des secteurs les plus arrosés de la région (moitié nord des Deux-Sèvres, notamment). La communauté méso-atlantique à Houx et parfois à If (Ilici aquifolii-Quercenion petraeae) d’intérêt communautaire est toutefois absente du Poitou-Charentes. Le groupement présent est à rapprocher des communautés sub-atlantiques et continentales du Quercenion robori-petraeae. Ces boisements peuvent s’étendre sur de grandes surfaces, sur des néoluvisols à humus acide et frais et aux pentes nulles à faibles. La strate arbustive est dispersée et composée principalement de jeunes arbres. La strate herbacée, organisée en taches isolées, est relativement banale et peu diversifiée.

La chênaie pédonculée à Molinie occupe des dépressions et cuvettes collectant les eaux de ruissellement. Le sol, généralement très acide et très oligotrophe, est engorgé d’eau jusqu’en surface (formation de pseudogley ou de planosol). Cette saturation hydrique induit une mauvaise dégradation de la matière organique accumulée et, donc, la formation d’un épais horizon humifère. Le Chêne pédonculé est ici l’essence principale, souvent accompagné du Bouleau verruqueux Betula pendula et du Tremble Populus tremula. Cette strate arborée reste toujours très ouverte. La strate arbustive est pauvre et également peu développée avec quelques sujets dispersés de Bourdaine. La strate herbacée haute et dense bénéficie des larges ouvertures laissées par les ligneux. Dans les situations les plus hydromorphes, de nombreux touradons de Molinie bleue rendent l’habitat très difficile d’accès. Sur des sols moins asphyxiants, le nombre de touradons est alors plus limité et laisse place à une plus grande diversité de plantes avec, notamment, la Canche flexueuse. Il n’est pas rare d’observer alors de véritables nappes homogènes de Fougère aigle Pteridium aquilinum en sous-bois.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

  • QUERCO ROBORIS-FAGETEA SYLVATICAE Braun-Bl.& Vlieger 1939 : forêts tempérées caducifoliées ou mixtes, collinéennes et montagnardes (plus rarement subalpines), ainsi que supraméditerranéennes.
    • Quercetalia roboris Tüxen 1931 : communautés acidiphiles
      • Quercion robori-pyrenaicae Rivas Mart. 1975 : communautés aquitaniennes et ligériennes.
      • Molinio caeruleae-Quercion roboris Scamoni & H.Passarge 1959 : communautés de sols engorgés dès la surface.
    • Fagetalia sylvaticae Pawlowski 1928 : communautés acidiclines à calcicoles
    • Carpinion betuli Issler 1931 : communautés sur sols ressuyés mais sans déficit hydrique marqué.

COR 1991

  • 41.5 Forêts de Chêne sessile ou Chêne pédonculé
    • 41.51 Chênaie pédonculée acidiphile à Molinie
    • 41.52 Chênaie acidiphile atlantique à Hêtre
    • 41.54 Chênaie aquitano-ligérienne sur podzols
    • 41.55 Chênaie aquitano-ligérienne sur sols lessivés ou acides
  • 41.6 Forêt de Chêne tauzin
    • 41.65 Forêts françaises de Quercus pyrenaica

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

  • 9110 Vieilles chênaies acidiphiles des plaines sablonneuses à Quercus robur
    • 9110-1 Chênaies pédonculées à Molinie bleue
  • 9230 Chênaies galicio-portugaises à Quercus robur et Q. pyrenaica
    • 9230-1 Chênaies pionnières à Chêne tauzin et Asphodèle blanche du Centre-Ouest et du Sud-Ouest

Confusions possibles

Le caractère nettement acidiphile de ces boisements ne peut amener à les confondre avec les groupements calcicoles à flore très spécifique (chênaies pubescentes, hêtraies calcicoles). Le cas le plus fréquent d’erreur d’identification est dû aux orientations sylvicoles du forestier qui favorise certaines essences au détriment d’autres et empêche ainsi toute évolution naturelle des boisements. Les futaies sont généralement très caractéristiques et donc aisément reconnaissables. Par contre, dans le cas des taillis à la flore banalisée, des confusions peuvent être faites avec d’autres boisements caducifoliés.

Sur les sols engorgés, la chênaie acidiphile à Molinie peut être éventuellement confondue avec les tourbières boisées mais, comme leur nom l’indique, ces dernières font partie intégrante d’un vaste système tourbeux (profondeur de tourbe supérieure à 40 cm) et sont généralement dominées par les bouleaux. En conditions moins asphyxiantes, la distinction avec les chênaies sessiliflores peut être délicate en cas de co-dominance entre le Chêne pédonculé et le Chêne sessile.

Dynamique

Les chênaies acidiphiles sont variées et s’inscrivent chacune dans une dynamique végétale particulière :

La chênaie à Chêne tauzin est par définition un groupement forestier pionnier. A son stade optimal les peuplements peuvent être purs. Issus d’une pelouse ou d’un ourlet préforestier à Potentille des montagnes Potentilla montana, Asphodèle blanche et Garance voyageuse Rubia peregrina, les manteaux arbustifs à Bourdaine Frangula alnus, Brande Erica scoparia, Ajonc d’Europe Ulex europaeus et Alisier torminal Sorbus torminalis évoluent en chênaie à Chêne tauzin. En cours de maturation, le Chêne sessile et/ou le Chêne pédonculé s’implantent, jusqu’à surpasser le Chêne tauzin, moins compétitif.

Les chênaies sessiliflores sont quant à elles dans une dynamique de pelouses acidiphiles et de landes sèches. Les coupes à blanc fréquemment réalisées dans ces boisements favorisent l’expansion de la Callune Calluna vulgaris et la régression vers la lande sèche à Bruyère cendrée Erica cinerea.

Les chênaies-hêtraies acidophiles sont des groupements climaciques. Elles remplacent les groupements forestiers mésophiles tel que les chênaies-charmaies. Une évolution est possible vers des chênaies sessiliflores en cas de dégradation (lessivage et acidification).
Les chênaies sessiliflores et chênaies-hêtraies acidiphiles sont largement exploitées. Elles sont faciles d’accès et de bonne productivité. Classiquement, le forestier y réalise des coupes de sélection pour favoriser le bois noble.

La chênaie acidiphile à Molinie apparaît lorsque le chêne pédonculé colonise les landes humides et les prairies à Molinie. Toutefois, les premiers ligneux à apparaître sont le bouleau pubescent Betula pubescens et le Saule à oreillettes Salix aurita. Le premier stade boisé est dominé par le bouleau qui est peu à peu remplacé par le Chêne pédonculé. En cas de drainage, ces boisements évoluent avec la régression de la Molinie vers des chênaies sessiliflores. La chênaie à Molinie se place dans un contexte landicole, parfois tourbeux dans certaines stations. En cas d’élimination des ligneux, un retour à la lande, voire à la prairie à Molinie, est toujours envisageable. La chênaie à Molinie est relativement peu exploitée car peu productive et située sur des sols non portants.

Espèces indicatrices

[plante2] Carex pilulifera, Deschampsia flexuosa, Hieracium sabaudum, H.umbellatum, Holcus mollis, Hypericum pulchrum, Ilex aquifolium, Lonicera periclymenum, Luzula forsteri, L. multiflora, *L. sylvatica, Mespilus germanica, *Peucedanum gallicum, Populus tremula, Quercus pyrenaica, Quercus petraea, Quercus robur, Stachys officinalis, Teucrium scorodonia, Viola riviniana
[plante1] Arenaria montana, Agrostis curtisii, Asphodelus albus, Betula pendula, Calluna vulgaris, Castanea sativa, Corylus avellana, Cytisus scoparius, Erica cinerea, Erica scoparia, Fagus sylvatica, Frangula alnus, *Genista pilosa, Luzula campestris, Melampyrum pratense , Molinia caerulea, Polygala serpyllifolia, Potentilla erecta, Pteridium aquilinum, *Pyrus cordata, Ruscus aculeatus, Salix acuminata, *Salix aurita, Simethis mattiazzii, Sorbus torminalis, Ulex europaeus, Ulex minor
[briophytes] Atrichum undulatum, Campylopus introflexus, Dicranum scoparium, Hypnum jutlandicum, Leucobryum glaucum, Pleurozium schreberi, Polytrichum formosum
[mammiferes] Barbastella barbastellus, Capreolus capreolus, Meles meles, Myotis alcathoe, Myotis bechsteinii
[lepidopteres] Thecla quercus
[orthopteres] Gomphocerippus rufus, Nemobius sylvestris, Pholidoptera griseoaptera
[champignons] Russula graveolens
[lichens] Usnea rubicunda

Valeur biologique

Certains types de chênaies, de par la présence d’espèces rares, leur originalité, leur rareté à l’échelle européenne et régionale, ont une grande valeur patrimoniale. C’est le cas de la Chênaie pédonculée à Molinie, un habitat d’intérêt communautaire. Malgré sa flore peu diversifiée, cet habitat est peu répandu en Poitou-Charente et occupe toujours de petites surfaces. Le potentiel en amphibiens y est également important en cas de présence de fossés et de dépressions. Autre habitat remarquable : la chênaie à Chêne tauzin. Cette essence est peu fréquente car en limite septentrionale de son aire sud-ouest européenne. Les chênaies acidiphiles et sessiliflores présentent un moindre intérêt écologique. Leur flore est relativement banale et ces groupements forestiers sont bien représentés en Poitou-Charentes. Toutefois, le Chêne sessile n’apparait pas aussi répandu que le Chêne pédonculé.

Menaces

D’une part, de nombreux boisements sont arasés au profit de plantations de résineux (risque majeur pour les chênaies à Chêne tauzin). D’autres part, certaines pratiques sylvicoles sont néfastes pour la flore et la faune. Par exemple, les gestionnaires de boisements en taillis ou en futaie régulière à régénération artificielle ont recours à la coupe à blanc où la totalité des arbres sont abattus. Ce genre de méthode perturbe profondément la flore forestière et peu entrainer une perte quasi-intégrale de la flore habituelle. En effet, les conditions stationnelles sont fortement modifiées (augmentation de l’hydromorphie du sol par absence de l’effet de l’évapotranspiration des arbres, augmentation brutale de l’ensoleillement, perturbation de la structure du sol par les engins lourds).

Le drainage, technique de « valorisation » des sols, est la principale cause de régression des chênaies pédonculées à Molinie. Il assèche le sol et permet des tentatives de plantations qui se concluent souvent par un échec.

La non gestion peut localement être défavorable aux chênaies à Chêne tauzin. Il s’agit d’une espèce fugace d’un stade forestier pionnier et temporaire. Le risque est ici une évolution vers la chênaie sessiliflore, de moindre valeur écologique.

Statut régional

L’habitat est dispersé sur l’ensemble du territoire avec des fréquences variables selon les sous-types :

16 : la « chênaie à Chêne tauzin » est commune dans la Double

17 : la « chênaie à Chêne tauzin » est particulièrement bien représentée : landes de Cadeuil, landes de Montendre

79 : la « chênaie sessiliflore-hêtraie » possède ses plus beaux exemples régionaux dans les forêts de Secondigny, de l’Hermitain, du Fouilloux, de l’Absie

86 : ??

 

Autres forêts caducifoliées

Rédacteur : Jean Terrisse

Physionomie – écologie

Cet habitat générique englobe divers types de boisements caducifoliés non hygrophiles, généralement dominés par une essence unique (rarement plus), appartenant au fonds dendrologique indigène ou naturalisée depuis longtemps (Castanea, Robinia) et formant généralement un sylvofaciès clairement distinct au sein des massifs forestiers régionaux. Les essences plantées et/ou nécessitant une intervention humaine plus ou moins soutenue pour leur survie (peupliers par ex.) ne sont pas incluses ici et font l’objet d’une fiche spécifique (PLANTATIONS DE FEUILLUS).

La physionomie, la structure et l’écologie de ces peuplements étant très variables, celles-ci seront examinées successivement en fonction de chacun des 6 principaux types distingués dans la région :

les bois de Châtaignier : le Châtaignier Castanea sativa n’est pas une essence indigène dans l’ouest atlantique (arbre originaire des basses montagnes du pourtour méditerranéen) mais il y a été introduit dans les régions à hiver doux depuis très longtemps (époque romaine) pour la valeur calorique de ses fruits (châtaignes) et les multiples usages de son bois. Si l’usage alimentaire est devenu marginal de nos jours, la croissance rapide de l’espèce et sa capacité à rejeter de souche en font encore une essence largement plantée et exploitée, souvent en substitution de forêts acidiphiles (20 000ha en Poitou-Charentes en 2009). Il prospère sur des sols pauvres en calcaire et en bases, souvent sableux ou sablo-limoneux, ni trop frais ni trop secs. Les châtaigneraies régionales ont en général l’aspect d’un taillis peu élevé (10-15m), homogène quant aux classes d’âge, d’où émergent parfois 1 ou 2 grands Quercus témoins de la forêt potentielle. La flore y est généralement une version appauvrie de la chênaie calcifuge, en raison d’une feuillaison précoce qui limite la lumière parvenant au sol et d’une litière à décomposition lente ;

les bois de Robinier : le Robinier Robinia pseudacacia est un arbre d’origine nord-américaine introduit en France en 1601 à des fins ornementales et aujourd’hui largement naturalisé, le plus souvent dans des sites rudéralisés (talus et délaissés routiers, voies ferrées, lisières anthropisées et coupes de massif forestiers). Essence pionnière s’accommodant de sols très variés, le Robinier possède, comme l’Aulne glutineux, des racines et des nodosités capables de fixer l’azote atmosphérique. Son bois est un excellent combustible et possède de très bonnes propriétés mécaniques. Les robiniaies « spontanées » forment généralement des bosquets linéaires et/ou de faible étendue, alors que les robiniaies plantées (4500 ha en Poitou-Charentes en 2009) occupent de petites parcelles disséminées au sein des massifs ; les peuplements y sont clairs et la strate herbacée, très fournie, comprend de nombreuses nitrophytes. La variabilité de la flore est importante et dépend en partie de la réaction du sol (robiniaies sur sols acides/r.sur sols alcalins) ;

les bois de Charme : le Charme Carpinus betulus est une essence indigène en Poitou-Charentes (plus commune toutefois dans la moitié est de la région) qui participe à divers habitats forestiers relevant du FRAXINO-QUERCION, en compagnie des chênes, des frênes, des érables, des tilleuls, du merisier, sur des sols profonds et riches, calcaires à modérément acides. Son bois, dense et très dur, le rend apte à diverses utilisations spécialisées (tournerie, pièces de machine) et produit un combustible de qualité. Ces diverses qualités, associées au fait que l’arbre rejette fortement de souche après coupe et tolère bien la taille, font qu’il est parfois planté en peuplements purs sur de petites surfaces. Ces charmilles produisent des peuplements assez sombres et généralement homogènes quant aux classes d’âge, dont la flore n’est qu’une variante appauvrie de la chênaie-charmaie régionale ;

les bois de Tremble : le Tremble Populus tremula est une essence pionnière à enracinement superficiel, de faible longévité (moins d’un siècle), rejetant de souche et drageonnant abondamment. Il prospère sur des sols variés – argiles, limons, sables -, basiques ou acides, mais souvent plus ou moins hydromorphes (sols mouilleux). Très rarement planté en raison de la médiocrité de son bois comme combustible et d’anciens usages pour la pâte à papier ou les allumettes aujourd’hui assumés par les peupliers euraméricains, beaucoup plus productifs, il forme parfois de petits bosquets dans les forêts dégradées (après coupes ou incendies) dont il constitue une étape de la cicatrisation. Son houppier clair laissant passer la lumière permet à une flore de sous-bois assez diversifiée de se développer (variable en fonction du degré d’engorgement du sol, de la densité des drageons etc.) ;

les bois de Bouleau : le Bouleau verruqueux Betula pendula est une essence pionnière, héliophile, à croissance rapide et faible longévité. Très rustique, il s’accommode d’une grande variété de sols, avec une prédilection toutefois pour les substrats acides. Il fournit un bon combustible et son bois se prête bien à la fabrication de pâte à papier ou de contre-plaqué alors que son écorce d’un blanc argenté et son feuillage virant au jaune d’or en automne lui confèrent d’indéniables qualités ornementales. Les bois de bouleau se présentent le plus souvent sous la forme de petits bosquets clairs participant à la reconstitution d’une forêt acidiphile après coupe ou incendie, ou à la dynamique naturelle de vieillissement d’une lande à bruyères. Plus rarement, ils s’observent en situation pionnière dans des sites rudéralisés (carrières abandonnées, y compris sur calcaire !, friches urbaines ou industrielles). La faiblesse du couvert favorise le maintien d’une strate herbacée peu différente des habitats voisins, mêlant des éléments de landes, de fourrés calcifuges hauts à Ajonc ou Genêt où finissent par s’implanter tôt ou tard les semences des essences post-pionnières qui vont constituer la future forêt (glands enterrés par les micromammifères, ou divers Corvidés) ;

les bois d’Orme : l’Orme champêtre Ulmus campestris s.lato appartient à un groupe de petites espèces dont la systématique est peu claire et dont le statut régional est encore largement inconnu. Dans tous les cas, il s’agit d’une essence nomade, à longévité élevée (jusqu’à 500 ans), affectionnant les sols riches en bases et en azote, à bonne alimentation en eau. Son bois, très apprécié autrefois comme combustible, est aujourd’hui réservé à des usages nobles comme l’ébénisterie ou la tournerie. Très largement planté autrefois autour des habitations – et parfois conduit en têtard par l’émondage régulier (le feuillage était donné en pâture au bétail) – l’orme forme encore de nombreux bosquets dans le paysage rural régional. Ces ormaies, souvent défigurées par la graphiose – une maladie cryptogamique causée par un champignon microscopique qui se propage dans les galeries d’un insecte le Scolyte de l’orme Scolytus scolytus – présentent une structure très variable selon leur localisation et leur état sanitaire ; seules ou associées à d’autres essences nomades et plastiques comme les frênes ou les érables, elles forment le plus souvent des haies linéaires qui, dans certains secteurs, contribuent à la formation d’un bocage plus ou moins structuré. Leur flore associée peut, selon les cas, être très nitrophile (ormaies rudéralisées, péri-urbaines) ou, au contraire, inclure diverses mésophytes forestières comme le Lierre, l’Iris fétide, l’Arum d’Italie ou le Fragon.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

Les 6 sous-types s’insèrent dans la grande classe des QUERCO ROBORIS-FAGETEA SYLVATICAE Br.-Bl. & Viegler 1937 (forêts tempérées caducifoliées). Certains, comme les châtaigneraies et les bétulaies, sont plus liés aux communautés acidophiles des Quercetalia roboris Tüxen 1931, les autres aux forêts acidiclines à calcicoles des Fagetalia sylvaticae Pawlovski 1928.

Les robiniaies, les tremblaies et les ormaies peuvent aussi dans certains cas participer à des manteaux ou fruticées des CRATAEGO MONOGYNAE-PRUNETEA SPINOSAE Tüxen 1962.

COR 1991

  • 41.A Bois de charmes
  • 41.B bois de bouleaux
  • 41.D Bois de Tremble
  • 41.F Bois d’ormes
  • 41.H Autres bois caducifoliés

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

Nc.

Confusions possibles

Chacun des sous-types étant défini par la dominance physionomique d’une essence spécifique particulière, leur reconnaissance ne pose pas de problème particulier. Comme toujours en milieu naturel, on peut toutefois être confronté à des situations de transition – taillis de châtaigniers sous une futaie plus ou moins dense de chênes, accrus de bouleaux au sein d’une chênaie acidophile, faciès à orme en lisière d’une chênaie-frênaie etc. Dans tous ces cas, l’attribution à l’un ou l’autre des habitats est affaire d’échelle de perception : si l’on se réfère à la dynamique forestière, on peut considérer n’être en présence que d’un sylvofaciès de la forêt potentielle (= faciès à Betula pendula d’une chênaie acidophile) ; si on veut au contraire souligner l’originalité structurale et spécifique du faciès (car après tout un bois de bouleaux n’a pas la même structure et n’abrite pas les mêmes cortèges d’espèces qu’une chênaie), rien n’empêche de l’isoler d’une manière ou d’une autre (cartographie, dénomination phytosociologique ..).

Dynamique

Ces boisements s’insèrent dans la dynamique de la série forestière à laquelle ils participent, très variable selon les sous-types et les situations (cf. éléments dans le & « Physionomie-Ecologie »).

Espèces indicatrices

[plante2] Betula pendula, Carpinus betulus, Castanea sativa, Populus tremula, Robinia pseudacacia, Ulmus campestris
[champignons] Châtaigniers : Russula violeipes fo. citrina

Bouleaux : Lactarius glycyosmus, Lactarius necator, Lactarius pubescens, Lactarius torulosus, Leccinum molle, Leccinum scabrum, Leccinum versipelle, Paxillus involutus, Russula betularum, Russula versicolor

Valeur biologique

Aucun des habitats décrits ci-dessus ne présente un quelconque caractère de rareté. Pour certains (bétulaie, tremblaie), leur intérêt réside dans le fait qu’ils représentent une étape obligatoire de la reconstitution d’une forêt mature après sa dégradation ou un évènement catastrophique (incendie). Pour les autres, leur intérêt d’un point de vue de la biodiversité dépend étroitement de leur structure (boisements linéaires ou spatiaux), de leur histoire (sites fortement anthropisés/sites naturels), de leurs contacts (boisements isolés/boisements jouxtant des massifs forestiers) et, bien sûr du type de gestion sylvicole pratiquée (taillis à courte révolution/maturation avec conservation de bois morts et d’arbres sénescents).

La flore associée à ces boisements n’abrite en principe pas d’espèce rare ou menacée.

Ils n’hébergent pas d’éléments spécifiques de faune vertébrée : les mammifères et l’avifaune y sont semblables à celles des séries forestières auxquelles ils se rattachent. En ce qui concerne les invertébrés, le Robinier et le Châtaignier n’étant pas des essences indigènes, leurs communautés associées sont beaucoup plus pauvres que celles du Tremble, du Charme ou de l’Orme.

Menaces

Aucune menace particulière ne pèse sur ces habitats. On signalera seulement que le Châtaignier et l’Orme sont sensibles à diverses maladies cryptogamiques (encre et chancre pour le premier, graphiose pour le second) qui peuvent compromettre la qualité et la quantité des produits récoltés mais ne semblent par particulièrement nuisibles à la biodiversité globale de ces habitats.

Statut régional

Les 6 sous-types existent dans chacun des 4 départements mais avec des abondances variables selon la nature des sols :

bois de châtaigniers : ils couvrent des surfaces importantes sur les argiles à silex et les terres rouges du nord 16, sud-est 79, sud-ouest 86 ainsi qu’en Saintonge centrale (17) et dans les 2 Doubles (16 et 17)

bois de robiniers : ils sont surtout répandus en 86, notamment sur les sables du Loudunais, du Saumurois, ainsi qu’en plaine de Thouars (79)

bois de charmes : ils sont fréquents dans une grande partie de 86, sur les terres rouges de 79, la marge orientale de 16 et en Saintonge centrale

bois de trembles : ils sont dispersés partout sans pattern particulier

bois de bouleaux : ils sont fréquents sur les terrains non calcaires : Basse-Marche de 86 et 16, bocage et hauteurs de Gâtine en 79, ainsi qu’à un degré moindre dans la Double (16 et 17)

bois d’orme : ils sont présents à peu près partout