Habitats aquatiques artificiels

Rédacteur : Anthony le Fouler

Physionomie-écologie

Les habitats aquatiques artificiels décrits ici sont des fossés et des canaux. Il s’agit de cavités creusées en long pour faciliter l’écoulement des eaux et permettre dans les vallées alluviales et les grands marais plats l’exploitation des terres et la protection des habitations face à la montée des niveaux d’eau lors des crues hivernales. Les canaux ne diffèrent des fossés que par leur fonction de navigation. Pour faciliter celle-ci, les canaux sont généralement d’une largeur et d’une profondeur plus importantes. Dans le contexte des marais doux des régions basses en 79 et 17 (Marais Poitevin, marais arrière-littoraux charentais), ces cavités creusées par l’homme forment un vaste réseau d’accumulation d’eaux plus ou moins stagnantes. Il se décompose en 3 niveaux de fonctions différentes :

Le réseau primaire est constitué de grands canaux navigables pour des embarcations de taille modeste (péniches de transport de marchandises ou de personnes). Il joue aussi le rôle de collecteur et de distributeur des eaux des réseaux inférieurs.

Le réseau secondaire se compose de canaux de gabarit inférieur et assure la connexion entre des compartiments hydrauliquement indépendants. Il est accessible au moyen d’embarcations de petite taille (barques, canoës, kayaks).

Le réseau tertiaire regroupe l’ensemble des fossés et petits canaux formant la majeure partie du chevelu du marais. La navigation y est parfois impossible du fait de leur section réduite et de l’accumulation importante de sédiments et d’embâcles charriés par les crues hivernales ou accumulés sur place.

Les marais doux sont endigués sur leur contour afin de gérer les niveaux d’eaux du réseau et d’éviter l’entrée d’eaux salées défavorables à l’exploitation agricole classique. Ce système n’est néanmoins pas complètement clos. En hiver, les eaux douces, provenant des cours d’eau, alimentent le marais. Les excès sont systématiquement évacués en aval afin de protéger les activités économiques et sociales en place.

En été, ces apports sont réduits et l’évapotranspiration par la végétation est à son apogée. Ceci conduit à une forte baisse et une faible variation des niveaux d’eau du marais en été, et ce malgré la fermeture des systèmes de vannage à l’aval. A cela s’ajoute l’effet des très contestés prélèvements d’eaux pour l’irrigation de cultures céréalières sur les terres hautes ou asséchées. Pendant la période estivale, le niveau d’eau peut atteindre alors des valeurs basses critiques pour la conservation de la flore et la faune des marais.

En conséquence de la grande variation de ces facteurs, la végétation des fossés et canaux est très diversifiée. Il faut noter que les sédiments apportés par les crues successives ont enrichi les milieux et favorisé les plantes adaptées à l’eutrophisation.

Une végétation fixée flottante ou immergée peut s’installer lorsque les périodes d’assec ne sont pas trop prolongées. Celle-ci est plus fréquente dans les réseaux primaire et secondaire, peu ou pas sujets à l’assec. Des nénuphars (Nymphaea alba, Nuphar lutea) ainsi que des potamots (Potamogeton pectinatus, P. crispus) et exceptionnellement la Grenouillette (Hydrocharis morsus-ranae) peuvent être rencontrés en surface. Les myriophylles (Myriopyllum sp.), les cératophylles (Ceratophyllum sp.) et les callitriches (Callitriche sp.) occupent la largeur de la lame d’eau.

A l’opposé, en cas d’assec ou de comblement important des fossés, les hydrophytes sont incapables de se maintenir. Le fond des fossés et canaux du réseau tertiaire est alors colonisé par de grandes hélophytes (Phragmites australis, Glyceria maxima, Phalaris arundinacea, Iris pseudacorus) et des plus petites (Nasturtium officinale, Berula erecta, Helioscadium nodiflorum, Sparganium erectum, Caltha palustris).

Pour éviter la perte de fonctionnalité hydraulique du marais causé par le comblement sédimentaire et organique des fossés, ces derniers sont plus ou moins régulièrement curés par des syndicats intercommunaux et des associations syndicales. Ce rajeunissement du milieu, parfois accompagné d’un éclaircissement de la ripisylve, stimule la germination de graines d’hydrophytes pionnières remarquables (Chara sp., Hottonia palustris).

Le Marais Poitevin deux-sèvrien qui conserve encore un paysage de prairies et de boisements alluviaux est connu sous le nom de Venise Verte. Cette appellation fait en partie référence aux nappes de lentilles qui recouvrent presque intégralement ses eaux calmes. Un examen attentif de ce tapis permet de découvrir 4 espèces de lentilles dont le plus petit végétal à fleur du monde : la Lentille sans racine Wolffia arrhiza. Une fougère aquatique américaine a récemment rejoint ce cortège : Azolla filiculoides.

Les berges des fossés et canaux sont colonisées par les hélophytes précitées. Une strate arbustive peut être présente et dans ce cas dense et composée de ronces (Rubus caesius), d’aubépine (Crataegus monogyna) ou encore de l’Eglantier (Rosa canina). Le Groseillier sauvage Ribes rubrum est parfois rencontré dans les fossés ombragés en voie d’atterrissement. La strate arborée est composée d’essences adaptées aux zones humides (Alnus glutinosa, Fraxinus angustifolia, F. excelsior, Acer negundo) et conduite en têtard, donnant un aspect typique au linéaire de haies bordant les fossés et canaux des marais doux.

Les fossés de bords de route ou de parcelle agricole, hors marais, peuvent présenter une flore commune (roselières, cressonnière) mais l’intermittence des écoulements d’eau ne permet pas le développement d’une végétation strictement aquatique.

Phytosociologie et correspondances

PVF 2004

Nc.

COR 1991

89.2 Habitats aquatiques superficiels

  • 89.21 Canaux navigables
  • 89.22 Fossés et petits canaux

Conjonctions possibles avec les habitats 22.13, 22.4, 31.8, 53.1, 53.3 et 84.1 dont certains sont d’intérêt communautaire (voir fiches correspondantes)

Confusions possibles

Les habitats aquatiques artificiels décrits ici doivent être distingués des habitats aquatiques artificiels salins qui font l’objet d’une fiche descriptive spécifique. Sinon, aucune confusion n’est possible avec un autre habitat anthropique.

Dynamique

Comme vu précédemment, la végétation d’un fossé ou d’un canal dépend fortement de son niveau de comblement. Chaque année, une partie de la végétation produite meurt, les feuilles mortes des aulnes et des frênes tombent. La mauvaise dégradation de cette matière morte, du fait de son recouvrement par les eaux, conduit saison après saison au comblement du fossé jusqu’à son atterrissement complet en absence de curage. La vitesse de comblement est d’autant plus rapide que la section du fossé ou du canal est petit. Les crues hivernales, aujourd’hui rares du fait des importants prélèvements d’eau réalisés dans le marais et en amont tout au long de l’année, déposent à leur passage d’importantes quantités de sédiments, accélérant encore le processus d’atterrissement du réseau hydraulique. Le curage intervient alors pour évacuer les vases accumulées et rajeunir le milieu.

L’ombrage est également un facteur influençant de manière importante la dynamique végétale des fossés et des canaux. Plus celui-ci sera élevé, plus cette dynamique sera ralentie. L’ombrage est fonction de la qualité et de la fréquence d’entretien de la ripisylve.

En définitive, plus un réseau hydraulique présentera une diversité de niveau de comblement et d’ombrage des fossés et plus sa végétation sera riche et diversifiée.

Espèces indicatrices

[plante1] (Azolla filiculoides), Berula erecta, Callitriche stagnalis, Caltha palustris, Ceratophyllum demersum, Glyceria maxima, Helioscadium nodiflorum, *Hottonia palustris, Hydrocharis morsus-ranae, Iris pseudacorus, Lemna gibba, L. minor, (L. minuta), (Ludwigia grandiflora), (L. peploides), Lythrum salicaria, Myriophyllum spicatum, Nasturtium officinale, Nymphaea alba, Nuphar lutea, Phalaris arundinacea, Phragmites australis, Potamogeton crispus, P. pectinatus, Scirpoides holoschoenus, Sparganium erectum, Wolffia arrhiza
[mammiferes] Arvicola sapidus, Lutra lutra, Neomys fodiens
[oiseaux] Alcedo atthis, Ardea cinerea, Ardea purpurea, Botaurus stellaris, Cygnus olor
[reptiles] Natrix maura, Natrix natrix.
[amphibiens] Rana esculenta,R. dalmatina
[odonates] Erythromma lindenii, Gomphus flavipes, Libellula fulva
[mollusques] Helix pomatia, Hygromia limbata, Succinea putris, Vertigo antivertigo, Vertigo moulinsiana
[coleopteres] Rosalia alpina

Valeurs biologiques

Compte tenu de la diversité des communautés végétales pouvant s’y établir, ce type de milieu, aussi artificialisé qu’il puisse paraître, présente un grand potentiel biologique. Certaines de ces communautés sont d’intérêt européen (tapis de Characées, végétations enracinées flottantes ou immergées) et certaines plantes sont en régression comme l’Hottonie des marais Hottonia palustris et la Grenouillette Hydrocharis morsus-ranae.

Ces habitats en conjonction sont autant de niches écologiques
pour la faune. De nombreux oiseaux (Hérons cendré et pourpré, Butor étoilé, Cygne tuberculé, Canard Colvert, Martin pêcheur) s’y nourrissent d’amphibiens (Grenouilles agile et verte) et de poissons (anguilles, lamproies, Brochet). Certaines libellules y sont plus ou moins inféodées, comme la Libellule fauve, le Gomphe à pattes jaunes ou encore la Naïade aux yeux bleus. Les fossés servent aussi d’abreuvoir pour les grands mammifères tels que le Chevreuil et le Sanglier.

Menaces

La valeur biologique des fossés et des canaux peut être altérée par de nombreux agents.

L’absence de clôture donne le libre accès au fossé aux bovins sur tout son linéaire. En le piétinant, ils causent des effondrements de la berge, accélérant ainsi son comblement. L’impact des bovins est d’autant plus important que les berges sont fragilisées par les nombreuses galeries creusées par les ragondins, un rongeur introduit dans nos milieux naturels au XIXème siècle et redoutable consommateur de végétaux aquatiques.

D’autres organismes ont été introduits en France et provoquent des désordres écologiques importants sur les réseaux hydrauliques. Les écrevisses américaines creusent aussi de profonds terriers et contribuent à cet effondrement des berges. Grandes consommatrices de végétaux aquatiques et d’œufs de poissons, elles peuvent transformer en cas de pullulation un réseau de fossés en véritable « désert biologique ».

La plupart des plantes aquatiques introduites sur notre territoire sont parvenues à intégrer les cortèges végétaux autochtones sans causer de troubles écologiques (cas d’Azolla filiculoides). D’autres, comme la Jussie, prolifèrent jusqu’à exclure tout autre organisme vivant. Ces plantes font l’objet d’une lutte acharnée et de plus en plus coordonnée pour, non pas les exterminer mais, éviter ses proliférations de masse, le temps qu’elles entrent en équilibre avec les autres organismes, à l’instar de l’Elodée du Canada dans les années 50.
Dans une mesure difficilement quantifiable, les embarcations dégradent les berges par le clapotis généré à leur passage et ce particulièrement pendant le pic estival de fréquentation touristique.

A cet important problème d’érosion des berges s’ajoutent les pollutions chimiques et parfois une gestion inadaptée ou non coordonnée des fossés. Un curage la même année de l’ensemble des fossés d’un même secteur conduit à une homogénéisation des profils et à une réduction de la biodiversité. Aussi, le pouvoir collecteur et distributeur des fossés est parfois trop important ou trop faible, réduisant d’autant le rôle tampon du marais. Et des travaux d’élagage voire d’abattage de vieux arbres têtards remarquables sont réalisés en pleine période de nidification des oiseaux.

Statut régional

L’habitat est présent sur l’ensemble de la région mais est plus fréquent dans sa partie ouest.

16 : vallées de la Charente, du Né

17 : canaux et fossés des marais arrière-littoraux

79 : canaux et fossés de la Venise Verte

86 : vallées de la Vienne, du Clain

ATTENTION : la version papier et complète du Guide des habitats, soit 476 pages en couleur au format 17×24 cm au prix de 35 €, prix public, vient de paraître fin octobre 2012. Si vous êtes intéressé pour avoir toutes ces fiches sous la main en permanence, allez télécharger le bon de commande à la page Publications PCN, contactez-nous dès maintenant en cliquant ou appelez-nous au 05 49 88 99 23.

Eau avec végétation immergée non vasculaire

Rédacteur : Olivier Collober

Physionomie-écologie

L’habitat « Eau avec végétation immergée non vasculaire » appartient sur le plan structurel aux habitats constituant la strate inférieure de la végétation aquatique des eaux calmes. Il se présente sous la forme de tapis entièrement immergés ou affleurants, de taille et de profondeur variables (de 20 centimètres jusqu’à 20 mètres), fixés sur le fonds des eaux dormantes, claires et généralement permanentes.

Cet habitat est constitué exclusivement par un ou plusieurs hydrophytes non vasculaires – des algues – ce qui le distingue de l’habitat « Eau avec végétation immergée vasculaire » (22-42). Cette différenciation d’ordre biologique réunit dans le même habitat les espèces d’une seule et même famille de plantes aquatiques, les characées, appartenant à un groupe primitif de végétaux, les charophytes, caractérisé par l’absence de tissus vasculaires ainsi que par certains modes de développement et de multiplication spécifiques (oospores, bulbilles) et présentant la particularité de fixer certains minéraux comme le calcaire. En revanche, les éléments de différenciation morphologique entre les espèces au sein des genres Chara et Nitella sont beaucoup plus complexes, ce qui rend leur classification délicate et nous conduit à considérer d’autres caractères communs. D’une manière générale, ces espèces indicatrices sont toutes annuelles, relativement thermophiles, à développement printanier ou estival, plus rarement automnal, toujours héliophiles, souvent exclusives, pouvant alors constituer des populations denses monospécifiques, parfois sociables, dans ce cas toujours organisées en tapis distincts au sein du même milieu, et particulièrement dépendantes de la qualité et de la stagnation de l’eau. La plupart des espèces de characées ont néanmoins développé des adaptations propres en fonction de la permanence ou non de l’eau et du pH ou de la nature du substrat (sable, graviers, limons, tourbe…).
Ainsi, les localisations préférentielles de l’habitat concernent des milieux de nature et de dimensions très variables mais généralement récents : étangs, mares, fossés, bas marais ou landes, bras déconnectés de rivières, dépressions de carrières ou encore ornières de chemin ; les conditions sont ensoleillées ou semi ombragées, le contexte basique, les eaux neutres à faiblement acides et toujours oligo-mésotrophes, c’est-à-dire relativement pauvres en matières nutritives. De simples flaques ou trous d’eau effectués sur des milieux peu pollués mais plus évolués (exploitation de tourbe, coupes forestières) permettent la réapparition de ces tapis.

En Poitou-Charentes, deux ensembles distincts sont identifiables ;

  • les communautés des eaux permanentes, riches en calcaire et peu polluées présentes dans les grands marais de plaines, parfois tourbeux, constituent l’habitat le plus représentatif (Charion fragilis). D’autres espèces et associations basiphiles dépendent de conditions neutres à légèrement eutrophes et plus temporaires (Charion vulgaris).
  • les communautés des eaux permanentes des étangs, mares, carrières, ornières de coupes forestières qui abritent les espèces et associations des eaux oligo-mésotrophes sur substrats acides (Nitellion flexilis), tels que les étangs à Littorelles ou les landes humides.
    D’autres espèces se rencontrent également dans les mares dunaires ou les eaux salées et subsaumâtres (espèces halophiles). Mais ces dernières, du fait de la spécificité des habitats auxquels elles se rattachent respectivement, ne sont pas retenues dans l’habitat élémentaire « Eau avec végétation immergée non vasculaire » qui se limite uniquement aux tapis de Characées des eaux douces de l’intérieur des terres.

Phytosociologie et correspondances

PVF 2004

CHARETEA FRAGILIS F. Fukarek ex Krausch 1964 : herbiers d’algues enracinées, pionniers, des eaux calmes, douces à saumâtres, claires, oligotrophes à méso-eutrophes, généralement pauci- à monospécifiques.

  • Nitelletalia flexilis Segal et Krausel 1969 : communautés des eaux « molles », acides à neutres, oligocalciques à mésocalciques.
  • Charetalia hispidae Sauer ex Krausch 1964 : communautés des eaux « dures », mésotrophes à méso-eutrophes, basiques et souvent calciques, pauvres en phosphates.

COR 1991

  • 22. 44 Tapis immergés de Characées (Charatea fragilis)
    • 22.441 Tapis de Chara
    • 22.442 Tapis de Nitella (Sphagno-Utricularion)

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

  • 3140-1 « Communautés à characées des eaux oligo-mésotrophes basiques »
  • 3140-2 « Communautés à characées des eaux oligo-mésotrophes faiblement acides à faiblement alcalines »

Confusions possibles

En raison du type biologique des espèces indicatrices (hydrophytes non vasculaires) et de la physionomie de cet habitat (formations denses et immergées), il ne peut être confondu avec un autre. Cependant, en présence de formations des eaux saumâtres ou salées (22-12) ou de mares dunaires (16-31), il convient de les rattacher à ces habitats respectifs.

Par ailleurs, l’existence de plantes vasculaires associées ou au contact des massifs de characées marque un stade transitoire dans la dynamique végétale. Dans ce cas, il conviendra d’apprécier en fonction des espèces présentes et de l’importance des populations celui des habitats qui correspond le mieux.

Espèces indicatrices

[algues] Eaux basiques : Chara aspera, Chara connivens, Chara globularis, Chara hispida, Chara major, Chara vulgaris, Nitellopsis obtusa, Tolypella glomerata
Eaux neutro-acidoclines : Chara braunii, Chara delicatula, Chara fragifera, Nitella flexilis, Nitella gracilis, Nitella hyalina, Nitella mucronata, Nitella opaca, Nitella syncarpa, Nitella tenuissima, Nitella translucens, Tolypella intricata
Eaux saumâtres : Chara baltica, Chara canescens, Chara galioides, Lamprothamnium pappulosum, Tolypella nidifica
Eaux très eutrophisées : Chara vulgaris, Chara connivens
[amphibiens] Lissotriton helveticus, Rana temporaria, Triturus cristatus, Triturus marmoratus
[odonates] Anax imperator, Coenagrion scitulum, Orthetrum spp, Sympetrum spp.

Dynamique

Les formations de characées représentent un stade pionnier et précaire dans la dynamique progressive de la végétation des eaux calmes.

Disposant d’un assez fort pouvoir colonisateur, les characées sont souvent les premières macrophytes à investir les milieux neufs où elles peuvent alors recouvrir des surfaces importantes. Étant par ailleurs peu limités par la profondeur, les tapis de characées peuvent assez rapidement constituer de véritables prairies immergées tapissant le fond des eaux claires stagnantes.

En présence de plusieurs espèces indicatrices, la compétition profite à celles de taille plus grande, obligeant les autres à un déplacement vers les marges encore libres. Certaines espèces de plus petite taille parviennent néanmoins à coexister par places en raison d’un développement plus précoce.

La colonisation totale du milieu par une ou plusieurs de ces espèces constitue le stade d’évolution optimal de cet habitat et peut parfois se maintenir durablement dans cette configuration.

Cependant, ces espèces, héliophiles, sont à plus ou moins long terme concurrencées par les hydrophytes vasculaires immergées ou flottantes, mieux adaptées et plus compétitives. L’immixtion ou la présence de telles espèces, associées ou au contact des tapis de characées, marque ainsi un stade transitoire qui préfigure leur éviction progressive.

Cette disparition intervient de manière plus ou moins rapide en fonction de la superficie du milieu, de la permanence ou de la profondeur d’eau, du niveau trophique (acide ou basique) et de la dynamique propre des formations végétales avec lesquelles les characées sont en compétition.

Valeur biologique

En raison de leur place dans la dynamique naturelle de la végétation des eaux calmes (espèces ou associations pionnières voir éphémères), les populations de characées sont naturellement peu courantes et, selon le stade d’évolution du milieu, peuvent occuper des espaces relativement restreints.

De plus, ces formations ont des exigences écologiques propres qui les rendent très dépendantes de la qualité, de la clarté ou de la permanence de l’eau et de la nature du substrat. Véritable indicateur biologique, la présence de characées témoigne en soi de l’intérêt potentiel du milieu pour des espèces de plantes vasculaires des eaux oligo-mésotrophes basiques à acides, elles-mêmes patrimoniales.
Pour ces raisons notamment, les formations de characées denses ou diversifiées ont une valeur patrimoniale élevée. Dans cette configuration, elles sont devenues rares ou très rares (selon les espèces) et constituent des stations souvent réduites et menacées, en régression à l’échelle régionale.

En outre, à l’instar des formations immergées vasculaires, les massifs ou prairies de characées assurent la fonction d’habitat pour beaucoup d’espèces faunistiques (odonates, coléoptères…) et sont un lieu de reproduction privilégié pour les amphibiens (tritons, grenouilles) dont beaucoup sont également vulnérables en Poitou-Charentes.

Menaces

Indépendamment de la compétition entre les espèces floristiques, qui aboutit au remplacement plus ou moins lentement des tapis de characées par des espèces vasculaires, l’habitat est, à plus court terme, directement menacé par toute altération des facteurs écologiques dont il dépend.
Parmi les causes majeures de la régression ou de la disparition de ces tapis, la pollution des eaux par les herbicides et les engrais (nitrates et phosphates) est prédominante, la plupart des Characées étant très sensibles à l’eutrophisation. Certains modes de gestion des plans d’eau, comme le chaulage ou l’exploitation intensive, qui agissent sur le pH ou sur la clarté de l’eau, ou au contraire l’absence d’intervention humaine entraînant un envasement progressif, sont également défavorables au maintien des tapis de characées.

Par ailleurs, cet habitat est particulièrement touché par la prolifération d’espèces invasives telles que l’Ecrevisse de Louisiane (Procambarus clarkii). Ce crustacé consomme massivement des characées en période de mue et peut à lui seul décimer des populations entières. Il représente actuellement la principale menace pour les formations présentes dans les milieux encore relativement préservés de toute pollution (complexes tourbeux). La conservation de cet habitat passera en priorité par la maîtrise des apports organiques, la régulation des herbiers compétitifs et la lutte contre les espèces invasives avérées.

Statut régional

Habitat dont les variations régionales sont aujourd’hui mal connues mais qui semble très disséminé sur l’ensemble de la région.

ATTENTION : la version papier complète du Guide des habitats, soit 476 pages en couleur au format 17×24 cm au prix de 35 €, prix public, vient de paraître fin octobre 2012. Si vous êtes intéressé pour avoir toutes ces fiches sous la main en permanence, allez télécharger le bon de commande à la page Publications PCN, contactez-nous dès maintenant en cliquant ou appelez-nous au 05 49 88 99 23.

Eau avec végétation flottante fixée

Rédacteur : Olivier Collober

Phytosociologie – écologie

La classification des habitats des eaux calmes repose sur la structure de la végétation aquatique qui présente des strates bien distinctes. Les formations relevant d’un même type structurel sont réunies dans le même habitat. La physionomie de cet habitat correspond à une formation plus ou moins dense constituée par une espèce typique de plante aquatique, hydrophytes exclusivement, rarement plusieurs, fixée sur le fond de façon permanente ou temporaire et disposant d’un appareil végétatif adapté aux milieux lentiques (plans d’eau), flottant, totalement ou partiellement étalé en surface et formant, durant l’été, un tapis visible sur les eaux stagnantes des lacs (carrières, gravières, sablières, retenues), des étangs et des mares, et les eaux dormantes ou faiblement courantes des fossés (conches des marais), des canaux et des bras morts de rivières.

La présence d’une seule espèce se rapportant au type suffit pour qualifier l’habitat élémentaire, quelle soit ou non au sein d’une association végétale. C’est une espèce sociale, généralement vivace (hydrohémicryptophyte ou hydrogéophyte), plus rarement annuelle (hydrothérophytes), toujours relativement thermophile et fortement marquée par des différences anatomiques ou physiologiques traduisant une adaptation au milieu aquatique (écomorphologie) telles un polymorphisme foliaire entre les feuilles flottantes et immergées ou plus largement présentant un phénomène d’hétérophyllie (Polygonum amphibium en phase terrestre). Les autres espèces des eaux calmes, compagnes régulières ou occasionnelles de l’association végétale comprenant l’espèce type, ne sont pas constitutives de cet habitat et s’en distinguent sur le plan structurel en ce qu’elles constituent des strates de végétation bien distinctes. Il en est ainsi des hydrophytes totalement immergés ou affleurants et des espèces évoluant librement en surface qui se rattachent respectivement aux habitats « eau avec végétation immergée vasculaire » et « eau avec végétation flottante libre ».

Plusieurs de ces espèces peuvent coexister au sein de l’habitat et former une mosaïque de formations paucispécifiques, mais la majorité d’entre elles ont des exigences écologiques propres et vivent dans des milieux très diversifiés, ce qui rend leur classification difficile si l’on ne tient pas compte, pour cela, des facteurs édaphiques et écologiques qui les distinguent. En premier lieu, la géologie du bassin versant et l’influence des activités humaines menées sur celui-ci qui conditionnent la nature des eaux alimentant les nappes et les rivières où les espèces indicatrices de l’habitat se développent, sont déterminants et doivent donc être considérés l’influence minérale et le pH du substrat (acide, neutre ou basique) et le niveau trophique de l’eau (présence plus ou moins forte d’éléments nutritifs assimilables par les plantes). Souvent, des transitions moins marquées peuvent exister entre les groupements et, le cas échéant, le rattachement à l’habitat d’une espèce présentant, par exemple, une forte amplitude écologique ne pourra pas être effectué sans le recours aux autres plantes du cortège floristique (immergées ou flottantes librement). En second lieu, la profondeur d’eau ou sa permanence sont parfois retenues pour différencier les habitats au sein de chacune de ces catégories.

Habitats des eaux acides oligotrophes à mésotrophes représentatifs de la végétation lacustre présente au contact des socles granitiques, des grès, des gneiss et des schistes où dominent les roches magmatiques et métamorphisées naturellement pauvres en éléments minéraux solubles à l’exemple des Deux-Sèvres armoricaines (Gâtine et Bressuirais) et des argiles à silex ou à meulières (Réserve naturelle du Pinaïl) :

  • Groupements oligotrophes de Potamots

Formations plus ou moins clairsemées des bassins d’eau peu profonde siliceuse (étangs, mares, fossés) – colonisée par le Potamot à feuilles de renouée Potamogeton polygonyfolius, plusieurs espèces de renoncules aquatiques (Ranunculus ololeucos, Ranunculus omiophyllus, Ranunculus tripartitus), le Plantain d’eau flottant Luronium natans, le Rubanier nain Sparganium minimum – strictement oligotrophe, à niveau fluctuant mais généralement permanente, constituant souvent de petits plans d’eau à l’intérieur des landes, des carrières, parfois des sous- bois. Certaines de ces espèces plus tolérantes à des apports en matière organique se développent en conditions méso-oligotrophes en marge des ruisseaux et des petites rivières connectés aux têtes de bassin versant.

  • Tapis de Trapa natans, de Potamogeton natans, de Polygonum amphibium

Formations plus ou moins denses et recouvrantes des eaux stagnantes à faiblement courantes oligo-mésotrophes et mésotrophes en terrain acide ou neutre, présentes sur les étangs à fond argileux, argilo-sableux et siliceux. Lorsqu’elles cohabitent au sein du même milieu, ces formations sont organisées en ceintures ou en taches distinctes selon la profondeur plus ou moins grande de l’eau. Dans sa configuration optimale, l’habitat regroupe les trois espèces, le Potamot nageant (Potamogeton natans) occupe la zone la plus profonde, viennent ensuite la Châtaigne d’eau (Trapa natans), en périphérie, puis la Renouée amphibie (Polygonum amphibium) sur les marges à proximité des berges. Certaines de ces espèces se rencontrent également parfois sur les bras mort et les radiers des cours d’eau de taille moyenne en conditions mésotrophes.

Habitats des eaux mésotrophes à eutrophes neutres ou basiques naturellement plus chargées en minéraux dissous, constituant des herbiers plus ou moins denses sur les rivières et les canaux à faible courant et dans les plans d’eau à fonds imperméables des terrains sédimentaires, argilo-calcaires ou marneux du bassin parisien et du bassin aquitain :

  • Tapis de Nénuphars

Formations souvent très recouvrantes de Nénuphar blanc (Nymphea alba) et / ou de Nénuphar jaune (Nuphar lutea) colonisant les zones les plus profondes des étangs et des rivières à courant lent et affectionnant les milieux ouverts. Le Nénuphar blanc semble plus présent dans les eaux mésotrophes et plus sensible à l’enrichissement des eaux en matières nutritives que son homologue, le Nénuphar jaune qui peut supporter une eutrophisation assez importante. Ces espèces ont chacune une sous-espèce liée à des conditions plus acides et plus pauvres mais qui ne sont pas présentes dans notre région.

  • Tapis de Nynphoides peltata

Formation souvent clairsemée caractéristique des eaux calmes, peu profondes et biens minéralisées, qui affectionne les alluvions et les fonds vaseux riches en limons des canaux et des rivières et accessoirement les étangs, les mares et les fossés naturellement riches en matières organiques.

  • Communautés flottantes des eaux peu profondes

Communautés dominées par les callitriches ou par des renoncules aquatiques ayant des racines immergées et des feuilles flottantes ou par Hottonia palustris. Ces communautés, principalement caractéristiques des eaux peu profondes voisines de la neutralité et sujettes à des fluctuations du niveau de l’eau ou susceptibles d’être occasionnellement à sec, se rencontrent dans les bras morts des rivières, les fossés des marais, les étangs ou les mares plus ou moins riches en éléments nutritifs (mésotrophes à eutrophes).

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

POTAMETEA PECTINATI Klika in Klika et V. Novak 1941
NYMPHAEION ALBAE Oberdorfer 1957

Communautés à structure complexe (éléments flottants et submergés) des eaux calmes, stagnantes à faiblement courantes, moyennement profondes (1 à 4 m), mésotrophes à eutrophes

POTAMION POLYGONIFOLII Hartog et Segal 1964 ;
Communautés des eaux stagnantes à faiblement courantes oligotrophes à mésotrophes

RANUNCULION AQUATILIS Passarge 1964
Communautés des eaux peu profondes, calmes, stagnantes à faiblement courantes, capables de supporter une émersion estivale

CORINE 1991

22.43 Végétations enracinées flottantes (formations dominées par des plantes aquatiques enracinées avec feuilles flottantes)
22.431 Tapis flottants de végétaux à grandes feuilles (Nymphaeion)
22.432 Communautés flottantes des eaux peu profondes (CALLITRICHO-BATRACHION)
22.433 Groupements oligotrophes de potamots, (POTAMION GRAMINEI)

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

3150-1 « Plans d’eau eutrophes avec végétation enracinée avec ou sans feuilles flottantes »
3150-4 « Rivières, canaux et fossés eutrophes des marais naturels »

Confusions possibles

Dans sa configuration élémentaire, les risques de confusion de cet habitat avec un autre habitat aquatique sont relativement faibles excepté lorsque les formations végétales qui le composent présentent un faciès dégradé de plantes éparses caractérisé par un faible taux de recouvrement et sont en association avec des espèces qui relèvent d’un autre habitat élémentaire (végétations immergées ou flottant librement en surface).

Dans ces situations, lorsque l’espèce indicatrice présente un caractère patrimonial, il semble préférable de retenir l’habitat élémentaire même si celui-ci n’est pas dans sa configuration optimale. Dans le cas contraire, la qualification de l’habitat dépendra de la prédominance des espèces présentes et de la physionomie générale des formations végétales. D’autres formations ne sont pas retenues dans cet habitat en raison de leurs spécificités comme les mares des lèdes dunaires (16.31) et les mares dystrophes naturelles à utriculaires (22.414).

Dynamique

L’évolution naturelle des milieux d’eaux stagnantes, dormantes ou faiblement courantes tend naturellement vers le comblement.
Dans la mesure où les espèces à feuilles flottantes occupent la strate supérieure des eaux et parce qu’il s’agit d’espèces souvent sociales, spécialisées, qui peuvent constituer des formations très recouvrantes privant de la lumière indispensable à la photosynthèse et excluant ainsi les autres espèces aquatiques comme les hydrophytes immergés, elles sont faiblement soumises à la compétition naturelle. En présence de plusieurs espèces indicatrices au sein d’une même communauté végétale, la compétition interspécifique conduit à une dissociation latérale des populations qui se répartissent en taches ou en ceintures distinctes. A ce stade d’évolution, l’habitat, représenté par une ou plusieurs espèces monospécifiques, est moins rapidement évolutif en conditions oligotrophes que dans un contexte mésotrophe ou eutrophe consécutivement à une plus forte production végétale ou à l’apport de sédiments provenant du bassin versant qui accélère le comblement et l’abaissement du niveau d’eau.

Espèces indicatrices

[plante2] *Callitriche brutia, Callitriche obtusangula, Callitriche platycarpa, Callitriche stagnalis, *Hippuris vulgaris, *Hottonia palustris , (Ludwigia grandiflora), (Ludwigia peploides), *Luronium natans,* Marsilea quadrifolia, Myriophyllum verticillatum, Nuphar lutea, Nymphaea alba, *Nymphoides peltata, Polygonum amphibium, Potamogeton natans, Ranunculus aquatilis, *Ranunculus circinatus, *Ranunculus hederaceus, *Ranunculus ololeucos, *Ranunculus omiophyllus, Ranunculus peltatus subsp peltatus , Ranunculus trichophyllus, *Ranunculus tripartitus, *Stratiotes aloides, *Trapa natans
[plante1] (Azolla filiculoides), Hydrocharis morsus-ranae, *Potamogeton coloratus, Potamogeton polygonifolius, Spirodela polyrhiza, *Utricularia australis, *Utricularia vulgaris
[briophytes] Riccia fluitans, Ricciocarpus natans
[amphibiens] Rana lessonae, Triturus cristatus, Triturus marmoratus
[odonates] Aeshna isoceles, Anax parthenope, Coenagrion pulchellum, Erythromma lindenii, Erythromma najas, Libellula quadrimaculata
[mollusques] Acroluxus lacustris

Valeur biologique

La valeur patrimoniale de l’habitat est très élevée. D’une part, il n’est pas fréquent de trouver cet habitat en bon état de conservation. D’autre part, il abrite un nombre conséquent d’espèces végétales protégées (Marsilea quadrifolia, Luronium natans, Ranunculus ololeucos, Trapa natans, Nymphoides peltata, Hottonia palustris) et / ou rares ou en forte régression (Polygonum amphibium), ce qui témoigne des menaces très importantes qui pèsent actuellement sur les plans d’eau oligotrophes ou oligo-mésotrophes ou sur les plans d’eau naturellement eutrophes et incidemment sur l’ensemble des formations végétales qui les caractérisent. En outre, même en présence d’espèces plus communes (nénuphars), ces formations végétales en tapis plus ou moins recouvrants jouent un rôle fondamental dans l’écosystème des eaux calmes (oxygénation, abris naturel, nourriture, développement larvaires…) et participent activement au maintien de la biodiversité des milieux aquatiques. Ainsi, la plupart de ces formations sont exploitées par des populations d’espèces faunistiques (anatidés, amphibiens, odonates), dont beaucoup sont elles-mêmes vulnérables ou en danger, et constituent pour elles un ultime refuge.

Menaces

Les formations végétales de l’habitat dépendent principalement de la qualité de l’eau et de la hauteur de la nappe, la dégradation de ces facteurs (fertilisation des étangs, pollutions, eutrophisation des eaux, comblement naturel, envasement, assèchement temporaire, effondrement des berges) étant très souvent à l’origine de la régression ou de la disparition des espèces indicatrices et de leur remplacement par d’autres espèces moins exigeantes ou mieux adaptées aux changements écologiques (lentilles, plantes amphibies, hélophytes). L’enrichissement en substances nutritives fait apparaître des formations caractéristiques de milieux eutrophes (nuphars) qui entrent en concurrence avec les communautés des eaux oligotrophes et finissent par les supplanter. Une bonne gestion qualitative et quantitative de l’eau sur les bassins versants et sur la structure des cours d’eau est donc essentielle pour conserver de telles formations. D’autres menaces résultant du mode de gestion des plans d’eau (chaulage, pisciculture intensive) ou de l’immixtion d’espèces invasives ou exotiques végétales (Ludwigia peploides et Ludwigia. grandiflora) très compétitives ou animales (carpes amour, ragondins) qui s’en nourrissent sont également des causes de la disparition et de la dégradation de ces formations. Enfin, la destruction pure et simple (comblement, rupture d’alimentation en eaux ou herbicides) participe pour une part importante à la régression quantitative de cet habitat.

Statut régional

Habitat dispersé dans l’ensemble du Poitou-Charentes, plus répandu toutefois dans certaines régions :

16 : étangs des landes de la Double, étangs du Confolentais
17 : fossés et canaux des marais arrière-littoraux
86 : étangs et landes du sud-est
79 : mares et étangs de la partie armoricaine

ATTENTION : la version papier complète du Guide des habitats, soit 476 pages en couleur au format 17×24 cm au prix de 35 €, prix public, vient de paraître fin octobre 2012. Si vous êtes intéressé pour avoir toutes ces fiches sous la main en permanence, allez télécharger le bon de commande à la page Publications PCN, contactez-nous dès maintenant en cliquant ou appelez-nous au 05 49 88 99 23.

Eau avec végétation flottante libre

Rédacteur : Olivier Collober

Physionomie ècologie

L’habitat se rattache sur le plan structurel aux habitats qui constituent la strate supérieure de la végétation des eaux calmes. Il s’agit de communautés d’hydrophytes non fixées, généralement flottantes, parfois immergées, constituant des tapis plus ou moins denses et recouvrant, qui colonisent les eaux stagnantes des mares et des petits étangs, ou à très faible courant des bras morts de rivière, des canaux et des fossés de drainage des marais.

A la différence de l’habitat « Eau avec végétation flottante fixée » (22.43), ces formations végétales ne sont pas enracinées et disposent d’une relative autonomie, qui leur permet d’évoluer librement (pleustophytes) en surface, entre deux eaux ou à proximité du fond. Cette particularité, fondée sur des similitudes morphologiques et écologiques entre les espèces indicatrices, témoigne également d’une adaptation au milieu aquatique sur le plan biologique, plus particulièrement, de la capacité à assimiler les ressources disponibles dans l’eau, soit directement en puisant les éléments nutritifs dissous, soit indirectement en piégeant des organismes vivants (utriculaires).

L’habitat associe des espèces de tailles et de complexité variables (phanérogames, cryptogames, hépatiques) comme de grandes espèces (Hydrocharis, Stratiotes) pourvues d’un appareil végétatif et floral complet, parfois très spécialisé (utriculaires), par opposition aux espèces de taille plus modeste et de complexité moindre (lemnacées, Riccia, Azolla). Deux ensembles peuvent ainsi être identifiés : les formations souvent monospécifiques dominées par de grandes pleustophytes submergées et les formations plus diversifiées de petites ou moyennes pleustophytes flottantes à la surface ou à proximité.

Il s’agit toujours d’espèces annuelles (hydrothérophytes) souvent très prolifiques, qui peuvent constituer de grandes populations et qui disposent d’un fort pouvoir colonisateur par multiplication végétative et d’une capacité de dissémination importante (transport par le courant, les oiseaux ou le bétail). Il s’agit aussi d’espèces eurythermes. Nettement thermophiles pendant la phase de développement, elles affectionnent la pleine lumière ou la mi-ombre et les eaux peu profondes (inférieures à 1,5 mètre) qui se réchauffent rapidement et accélèrent la reproduction végétative.

Ces espèces non fixées, sont facilement entraînées à la surface et sont ainsi limitées par le courant et par le vent. Inversement, les eaux stagnantes des petits plans d’eau ou les courants très lents des canaux et des fossés, en situation ouverte et abritée, conviennent particulièrement aux pleustophytes qui peuvent alors se montrer envahissantes et recouvrir une grande partie ou la totalité de la surface de l’eau.

Par ailleurs, les adaptations biologiques propres à ces espèces pour exploiter les ressources disponibles dans l’eau, les rendent très dépendantes du gradient trophique. De ce fait, l’habitat se rencontre principalement dans les eaux riches en éléments nutritifs dissous (mésotrophes à eutrophes, parfois hypertrophes) et plus rarement dans les eaux oligotrophes (plantes carnivores uniquement). Dans sa configuration type, l’habitat se rencontre en conditions eutrophes et regroupe fréquemment plusieurs espèces indicatrices (Lemnacées, Azolla filiculoides, Hydrocharis morsus-ranae), vivant en association et/ou développant des populations successives en raison d’une évolution du niveau trophique, plus rarement par une espèce monospécifique (Utricularia vulgaris). Spirodela polyrhiza tolère des situations en partie ombragées et des eaux moins chaudes alors qu’Azolla ou Wolffia colonisent surtout les eaux à fort réchauffement estival. Plusieurs de ces espèces sont également relativement halophiles et prospèrent dans les eaux subsaumâtres des marais arrière-littoraux ou des mares dunaires.

En Poitou-Charentes, la configuration type associant les formations de lentilles et d’Hydrocharis est présente un peu partout, tout particulièrement dans les grands marais planitiaires (Marais Poitevin et marais charentais) et ce, jusqu’à proximité du littoral. La « Venise Verte » tire ainsi directement son nom de la physionomie de ces tapis de lentilles d’eau visibles à la surface des conches et des canaux. En contexte acide, l’habitat devient moins courant et occupe de préférence les mares et les petits étangs eutrophes, les fosses oligotrophes des carrières d’extraction d’argile (Utricularia australis) et les zones de sources (Riccia fluitans).

Phytosociologie et correspondances typologiques

COR 1997

22. 41 Végétations flottant librement : communautés flottant librement à la surface des eaux plus ou moins riches en nutriments
22.411 Couvertures de Lemnacées, Azolla ou hépatiques
22.412 Radeaux d’Hydrocharis morsus-ranae
22.413 Radeaux de Stratiotes aloides
22.414 Colonies d’utriculaires

PVF 2004

LEMNION MINORIS O.Bolos & Masclans 1955 : communautés des eaux eutrophes à hypertrophes
LEMNION TRISULCAE Hartog et Segal 1964 : communautés des eaux oligo-mésotrophes à méso-eutrophes.

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

3150-3 « Plans d’eau eutrophes avec dominance de macrophytes libres flottants à la surface de l’eau »
3150-4 « Rivières, canaux et fossés eutrophes des marais naturels »

Confusions possibles

Dans sa configuration type, l’habitat ne peut être confondu avec aucun autre habitat des eaux calmes.

Dynamique

Les tapis de pleustophytes constituent des formations pionnières dans la dynamique de la végétation aquatique des eaux calmes.

Le maintien de ces espèces annuelles dépendra du renouvellement et de la conjonction de facteurs écologiques favorables, ce qui confère à l’habitat un caractère instable et précaire.

Parmi ces facteurs, la minéralisation des eaux favorise le développement de tapis flottants qui deviennent largement dominants (Lemnacées, Hydrocharis) et limitent celui des autres formations. De plus, contrairement aux espèces des autres habitats des eaux calmes, pour lesquelles la profondeur de l’eau est un facteur limitant qui entraîne une zonation précise des formations, celles qui relèvent de l’habitat « Eau avec végétation flottante libre » peuvent évoluer librement et, de ce fait, occuper toute la surface de l’eau dès lors que les conditions de leur développement sont réunies. A ce stade plus avancé, la prolifération de certaines espèces (Lemna gibba, Lemna minor, Spirodela polyrhiza, Azolla filiculoides, Riccia sp.) favorisée par une forte multiplication végétative, aboutit à la formation de plusieurs couches superposées et devient un facteur de régression pour les autres habitats des eaux calmes, interdisant, par exemple, la captation des rayons lumineux par les hydrophytes immergés. Parallèlement, cette prolifération accélère la décomposition de la matière végétale sur le fond dans des conditions anaérobies, augmente les échanges gazeux avec le milieu aquatique, provoque un abaissement du taux d’oxygène et libère de l’ammoniac, ce qui peut, en période de fortes chaleurs, avoir des conséquences dévastatrices pour l’ensemble des espèces, animales et végétales. En cela, les communautés de Lemnacées permettent d’apprécier la qualité physico-chimique des eaux et ont ainsi une valeur bio indicatrice.

En profondeur moyenne, ces formations sont néanmoins concurrencées par des hydrophytes flottants enracinés, comme le Nénuphar jaune. De plus, ces espèces stagnophiles supportent mal l’action du courant et du vent ou une arrivée d’eau massive qui entraînent une fragmentation des tapis et une destruction du faciès caractéristique.

Notons enfin, que l’explosion spectaculaire de ces tapis de pleustophytes flottants, qui trouvent dans la dégradation de la qualité des eaux les conditions optimales de leur développement, n’est que le témoin visuel d’une eutrophisation rapide qui accélère encore d’avantage le processus d’évolution naturelle conduisant progressivement au comblement du milieu.

Espèces indicatrices

[plante2] (Azolla filiculoides), Hydrocharis morsus-ranae, Lemna gibba, Lemna minor, (Lemna minuta), Lemna trisulca, Spirodela polyrhiza, *Stratiotes aloides, Wolffia arrhiza
[plante1] (Ludwigia grandiflora), (Ludwigia peploides), Myriophyllum aquaticum, Phragmites australis, Typha angustifolia, Typha latifolia, *Utricularia australis, *Utricularia vulgaris
[briophytes] Riccia fluitans, Ricciocarpus natans
[amphibiens] Rana perezi
[mollusques] Anisus spirorbis, Oxyloma elegans, Stagnicola fuscus
[odonates] Erythromma viridulum

Valeur biologique

Si les formes eutrophes et, surtout, hypertrophes, de l’habitat sont assez répandues et tendent même à se développer avec la dégradation généralisée des milieux aquatiques, les faciès mésotrophes ou méso-eutrophes sont beaucoup plus rares. C’est dans ce faciès d’eaux mésotrophes drainant un marais tourbeux de Charente-Maritime que se localise l’unique station picto-charentaise de l’Aloès d’eau Stratiotes aloides, une Hydrocharitacée plutôt médio-européenne, très rare dans l’Ouest de la France, dont les rosettes foliaires immergées viennent flotter à la surface de l’eau au moment de la floraison. C’est également dans de faciès de l’habitat que se développe le Petit Nénuphar Hydrocharis morsus-ranae, une espèce en régression spectaculaire au cours des 2 dernières décennies dans tous les marais arrière-littoraux charentais. Bien que l’habitat ait beaucoup à souffrir des pullulations d’espèces invasives – au premier rang desquelles les jussies néo-tropicales – celles-ci peuvent toutefois avoir un impact indirect « bénéfique » : avec la séquestration massive de nutriments provoquée par la croissance de l’énorme biomasse des jussies, les eaux, initialement eutrophes, deviennent moins chargées et peuvent alors être colonisées par des utriculaires (Utricularia vulgaris et Utricularia australis), des espèces rares et liées généralement à la périphérie de marais tourbeux.
En revanche, lorsque l’habitat témoigne d’une eutrophisation d’origine anthropique, processus très rapide d’augmentation en substances nutritives qui génère une explosion de certaines espèces indicatrices au détriment de la diversité des autres espèces, ou lorsque celui-ci est composé, de manière monospécifique, par une espèce courante, ou par des espèces invasives (Azolla filiculoides, Lemna minuta), il présente alors une valeur patrimoniale faible et bien moindre que celle des formations qu’il tend à remplacer. En effet, dans un contexte d’eutrophisation importante, seules quelques espèces faunistiques ou floristiques arrivent à se maintenir et à exploiter les tapis de pleustophytes dont l’intérêt principal réside en l’apport nutritif qu’ils représentent pour les plus résistantes (poissons) ou pour certains oiseaux. Compte tenu de l’eutrophisation généralisée des eaux, d’origine agricole, la configuration type de l’habitat élémentaire est en nette régression partout. Dans ces conditions, la préservation des systèmes mésotrophes ou naturellement eutrophes devrait être prioritaire par rapport aux systèmes dégradés (eutrophisation ou hypertrophisation d’origine anthropique) en attendant que des mesures globales sur les causes de cette dégradation soient entreprises pour rétablir les conditions favorables à des formations plus complexes et plus intéressantes du point de vue de la biodiversité.

Menaces

Indépendamment des conséquences provenant de l’eutrophisation (diminution de la diversité, comblement…), ces formations sont sensibles à une acidification des eaux, à une modification des conditions hydriques, au développement d’espèces allochtones compétitives (jussies ou pleustophytes invasives), à un assèchement prolongé, et, s’agissant des espèces les plus héliophiles, à la fermeture du milieu.
Dans certains secteurs du Poitou-Charentes enfin (marais arrière-littoraux), la prolifération d’espèces animales allochtones (ragondin, rat musqué et, récemment, écrevisses américaines) a un tel impact sur les milieux aquatiques (turbidité des eaux, consommation des herbiers aquatiques) que même les nappes de lentilles d’eau ont du mal à survivre dans ces milieux très dégradés.

Statut régional

L’habitat est globalement répandu en Poitou-Charentes, avec toutefois une fréquence particulièrement élevée dans les grands marais arrière-littoraux de Charente-Maritime (fossés des marais de Rochefort, Brouage, estuaire Gironde) et le sud-ouest des Deux-Sèvres (Marais Poitevin : « Venise verte »).

ATTENTION : la version papier complète du Guide des habitats, soit 476 pages en couleur au format 17×24 cm au prix de 35 €, prix public, vient de paraître fin octobre 2012. Si vous êtes intéressé pour avoir toutes ces fiches sous la main en permanence, allez télécharger le bon de commande à la page Publications PCN, contactez-nous dès maintenant en cliquant ou appelez-nous au 05 49 88 99 23.

Eau avec végétation immergée vasculaire

Rédacteur : Olivier Collober

Physionomie – écologie

L’habitat appartient sur le plan structurel aux habitats constituant la strate inférieure de la végétation aquatique des eaux calmes et se présente sous la forme de massifs, de tailles et de profondeurs variables, dominés par des macrophytes immergés, fixés sur le fond plus ou moins lumineux des eaux claires stagnantes ou faiblement courantes.

La distinction avec les autres habitats des eaux calmes provient des différences biologiques et écomorphologiques marquées entre les espèces indicatrices de cet habitat et les autres hydrophytes fixés :

  • tout d’abord, ces espèces, dotées d’un tissu aérifère ou lacunaire, sont toutes vasculaires et, pour ces raisons notamment, mieux adaptées, plus compétitives, elles parviennent à supplanter d’autres plantes immergées plus héliophiles comme les algues (Chara et Nitella) caractéristiques des formations pionnières de l’habitat élémentaire « Eaux avec végétation immergée non vasculaire ».
  • en outre, ces espèces, généralement pérennes, plus rarement annuelles (Naias, Potamogeton trichoides), sont toujours enracinées, le plus souvent de façon permanente, parfois temporairement (Ceratophyllum) et sont entièrement submergées, leur cycle biologique s’effectuant en totalité sous la surface de l’eau, ou affleurantes, seuls les épis floraux étant alors émergés (Myriophyllum).
  • elles se reconnaissent également à leur appareil végétatif caractéristique, les espèces indicatrices étant, par exemple, régulièrement pourvues d’un seul type de feuilles, rarement de plusieurs, généralement filiformes (Potamogeton) ou laciniées (Myriophyllum), parfois découpées, à limbe très rarement élargi (Potamogeton lucens) et, contrairement aux espèces de l’habitat « Eau avec végétation flottante fixée », jamais flottantes ou étalées en surface. Le système floral réduit, muni de fleurs discrètes témoigne lui-même de l’adaptation de ces espèces aux contraintes de l’immersion.

L’habitat peut être composé d’une seule espèce indicatrice, mono spécifique, formant un herbier parfois dense, généralement au sein d’un milieu de petite dimension, ou de plusieurs espèces cohabitant dans un milieu plus hétérogène, le cas échéant, organisées en taches distinctes ou en ceintures progressives en fonction de la profondeur de l’eau ou de l’éclairement. Ainsi, certains grands potamots trouveront les conditions optimales de leur développement dans les eaux libres plus profondes alors que les espèces plus petites et plus tolérantes à l’ombre préfèreront les eaux moins profondes et plus abritées. Beaucoup de ces espèces indicatrices ont cependant des exigences écologiques propres, en conséquence de quoi l’habitat élémentaire pourra se rencontrer à la fois en contexte calcaire, neutre ou acide et dans des conditions trophiques très variables (oligotrophes à eutrophes).

En Poitou-Charentes, l’habitat est potentiellement présent partout où l’eau est permanente sans être trop profonde (de 1 à 3 mètres). Les étangs, les mares, les fossés, les marais et les bras annexes des rivières constituent autant de biotopes favorables au développement des formations de plantes immergées vasculaires, pour peu qu’ils ne soient pas trop pollués (systèmes hypertrophes) ou exploités (dégradations d’origine anthropique ou animale) et qu’ils soient suffisamment ouverts et ensoleillés. Les Deux-Sèvres armoricaines riches en plans d’eau abritent des espèces qui préfèrent les eaux acides et plutôt oligotrophes alors que les rivières à courant lent et les marais des plaines calcaires offrent des milieux propices au développement des nombreuses espèces basiphiles. Enfin, il faut remarquer que cet habitat est particulièrement touché par l’immixtion d’espèces invasives (Hydrocharitaceae, Haloragaceae) et que la région Poitou-Charentes est fortement impactée par la progression inquiétante de ces indésirables, sept espèces ayant déjà été recensées dans cet habitat.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

POTAMION PECTINATI Libbert 1931 Communautés plus ou moins pionnières des eaux calmes, stagnantes à faiblement courantes, moyennement profondes (0,5 à 4 m), mésotrophes à eutrophes.

COR 1991

22. 42 Végétations enracinées immergées (Potamogetonion)
22.421 Groupements de grands potamots (Magnopotamion)
22.422 Groupements de petits potamots (Parvopotamion)

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

3150-1 « Plans d’eau eutrophes avec végétation enracinée avec ou sans feuilles flottantes »
3150-4 « Rivières, canaux et fossés eutrophes des marais naturels »

Confusions possibles

Par sa physionomie (herbiers immergés) et le type biologique des espèces indicatrices (hydrophytes vasculaires), l’habitat est aisément reconnaissable. Néanmoins, les formations étant entièrement immergées, il est parfois difficile à repérer, parmi d’autres habitats, comme par exemple sous des tapis de macrophytes flottants, et doit être recherché. Il faut également être attentif pour ne pas le confondre avec les tapis de characées relevant de l’habitat « Eau avec végétation immergée non vasculaire ». Dans ces situations, la découverte de fragments de plantes sur les zones littorales est un moyen simple pour attester de la présence des espèces indicatrices et identitifier des herbiers visibles mais inaccessibles.

Par ailleurs, les formations végétales doivent être suffisamment importantes pour remplir la fonction d’habitat. En présence de cortèges d’appartenance distincte, l’estimation de l’abondance et de la dominance des espèces indicatrices sera, dans certains cas, nécessaire pour retenir celui des habitats qui convient le mieux ou, le cas échéant, l’habitat plus général « Fossés et petits canaux » (89.22).
Enfin, excepté en quelques rares contextes très minéralisés, la prédominance de Potamogeton pectinatus et de Zannichellia palustris ssp.pedicellata marque la transition de cet habitat avec celui abritant les « Formations immergées des eaux saumâtres ou salées » (23-21) des marais arrière littoraux.

Espèces indicatrices

[plante2] Ceratophyllum demersum, *Ceratophyllum submersum, (Egeria densa), (Elodea canadensis), (Elodea ernstiae), (Elodea nuttallii), Groenlandia densa, Lagarosiphon major, *Myriophyllum alterniflorum, (Myriophyllum aquaticum), Myriophyllum spicatum, Myriophyllum verticillatum, *Najas marina, *Najas minor, Potamogeton berchtoldii , Potamogeton crispus, *Potamogeton gramineus, Potamogeton lucens, Potamogeton natans, *Potamogeton obtusifolius, Potamogeton pectinatus, *Potamogeton perfoliatus, Potamogeton pusillus,* Potamogeton trichoides, Zanichellia palustris
[plante1] Apium inundatum, Potamogeton polygonifolius, Sagittaria sagittifolia, Sparganium emersum
[briophytes] Amblystegium riparium, Fontinalis antipyretica
[odonates] Aeshna isosceles, Anax parthenope, Coenagrion pulchellum, Erythromma lindenii, Erythromma najas

Dynamique

Les formations de l’habitat représentent un stade intermédiaire et précaire dans la dynamique progressive de la végétation des eaux calmes. Plus compétitives que les espèces pionnières non vasculaires et favorisées par la multiplication végétative qui permet la formation d’herbiers parfois importants, elles n’en sont pas moins héliophiles et sont incapables de supporter longtemps la concurrence des macrophytes flottants qui les privent de lumière et qui progressivement les remplacent. Pour autant, qu’elles soient vivaces ou annuelles, ces espèces ont su développer des stratégies propres qui permettent aux populations de se maintenir ou de s’étendre dès lors que les conditions redeviennent favorables. Mais la compétition naturelle n’est pas le seul facteur qui altère ces formations. L’eutrophisation a des effets sur la diversité des groupements en favorisant les espèces les plus résistantes comme Potamogeton crispus ou Potamogeton pectinatus. Les modes de gestion des plans d’eau (piscicultures intensives, faucardages répétés, assecs prolongés) ou la prolifération des nombreuses espèces exogènes peuvent également entraver le processus d’évolution naturelle ou entrainer une banalisation du milieu.

Valeur biologique

La valeur de l’habitat doit être appréciée avec discernement en considérant l’intérêt des espèces présentes et l’état des populations.

Du point de vue botanique, lorsque les espèces sont indigènes et les formations bien diversifiées et/ou de bonne densité, sa valeur patrimoniale est élevée. Dans cette configuration, l’habitat est devenu relativement rare en Poitou-Charentes et est fortement menacé. En outre, il peut abriter des espèces rares ou localisées et inscrites sur la Liste Rouge régionale (Myriophyllum alterniflorum, Ceratophyllum submersum, Najas marina, Najas minor, Potamogeton gramineus, Potamogeton obtusifolius, Potamogeton perfoliatus, Potamogeton trichoides).

Il offre en revanche un intérêt bien moindre en présence d’espèces invasives avérées des genres Elodea, Egeria, Groenlandia, Lagarosiphon et du Myriophyllum aquaticum.

Les herbiers constitués par ces hydrophytes immergés assurent la fonction d’habitat pour de très nombreuses espèces animales, notamment pour les invertébrés aquatiques (gastéropodes, odonates, coléoptères, etc.) et un lieu de reproduction privilégié pour les amphibiens (tritons, grenouilles) dont beaucoup sont menacées ou vulnérables en région Poitou-Charentes : Lestes Coenagrion pulchellum, Erythromma najas, Triturus marmoratus, Triturus cristatus, Triturus X blasius, Rana lessonae….

En outre, l’habitat joue un rôle considérable (oxygénation, consommation, abri, ombrage…) dans l’équilibre global de ces écosystèmes importants que sont les milieux lentiques en général. Pour cette raison, certaines de ces espèces sont aujourd’hui considérées comme bio-indicatrices pour apprécier la qualité des milieux. Trop souvent négligés, ces habitats d’eau calme subissent de fortes pressions anthropiques qui sont autant de menaces sur la biodiversité, pourtant très élevée, qui les caractérise.

Menaces

La combinaison de facteurs écologiques, principalement la persistance, la qualité et la clarté de l’eau, et d’interventions humaines relatives à l’entretien physique du milieu (faucardages espacés, curages légers, ouverture) est essentielle à la conservation de l’habitat. A l’inverse, la dégradation de ces facteurs ou l’intensification de certaines pratiques de gestion entrainent sa régression ou sa disparition (fertilisation des étangs, pollutions des eaux, eutrophisation d’origine agricole, comblement naturel ou envasement, assèchement prolongé, chaulage, pisciculture intensive, herbicide…). Le remplacement des espèces indicatrices par d’autres espèces telles que les lentilles, les plantes amphibies, les hélophytes, témoigne ainsi de changements écologiques défavorables au maintien de l’habitat. Enfin, l’introduction d’espèces exotiques (jussies, carpe amour, écrevisses…), constitue aussi une importante menace pour ces formations et pour les très nombreuses espèces animales qui en dépendent.

Statut régional

Habitat dispersé dans l’ensemble du Poitou-Charentes, plus répandu toutefois dans certaines régions :

16 : étangs des landes de la Double, étangs du Confolentais
17 : fossés et canaux des marais arrière-littoraux
86 : étangs et landes du sud-est
79 : mares et étangs de la partie armoricaine

ATTENTION : la version papier complète du Guide des habitats, soit 476 pages en couleur au format 17×24 cm au prix de 35 €, prix public, vient de paraître fin octobre 2012. Si vous êtes intéressé pour avoir toutes ces fiches sous la main en permanence, allez télécharger le bon de commande à la page Publications PCN, contactez-nous dès maintenant en cliquant ou appelez-nous au 05 49 88 99 23.