Vergers

Rédacteur : Anthony Le Fouler

Physionomie – écologie

Par définition, les vergers sont des espaces de terrain dévolus à la culture d’arbres ou arbustes dans le but d’en exploiter leurs fruits. En cela, ils s’opposent aux cultures de ligneux destinés à produire du bois (voir fiche « Plantation de feuillus »). Une première distinction peut être faite selon la hauteur de la strate ligneuse : on distingue ainsi les vergers de hautes tiges des verges arbustifs.

En Poitou-Charentes, les principales essences arborées exploitées sont des Rosacées à fruits à pépins (pommiers, poiriers) ou à noyau (cerisier, pruniers), le Noyer et, dans une moindre mesure, le Châtaignier pour l’exploitation des châtaignes (appelées alors à tort « marrons »).

Dans la région, les vergers arbustifs correspondent principalement aux vignes. En dehors des zones actuelles de grands vignobles du sud-ouest Charente et sud-est de la Charente-Maritime, les vignes recouvraient autrefois de grandes superficies ; elles sont été pour la plupart arrachées et reconverties en vergers de hautes tiges ou en cultures, seules subsistant çà et là quelles vignes familiales de très faible surface.

Quelques rares vergers de pommiers ou de poiriers traités en espaliers rentrent également dans cette catégorie.

La présence et le type de végétation associée dans la strate basse est dépendante du mode de travail du sol. Celui-ci est parfois labouré, sarclé, biné mais le plus souvent traité aux herbicides et donc exempt de toute plante spontanée. Autrefois, les vignes présentaient une flore riche et spécifique. Mais suite à l’utilisation massive de produits phytosanitaires, cette flore s’est fortement banalisée et n’est plus observée que très rarement. Un travail modéré et superficiel du sol favorise les plantes annuelles ou bi-annuelles comme le Souci des champs (Calendula arvensis), les véroniques (Veronica sp.), le Mibora (Mibora minima), les lamiers (Lamium sp.)

Les plantes vivaces sont ici le plus souvent des géophytes à bulbe
comme le Muscari en grappe (Muscari neglectum), l’Ornithogale en ombelle (Ornithogalum gr.umbellatum) et divers ails (Allium sp.pl.), qui sont favorisés par le travail régulier du sol dispersant les bulbes et les caïeux (multiplication végétative). Une des caractéristiques de la flore associée aux vignes régionales est sa richesse en plantes à affinités subméditerranéennes : la vigne, ici proche de la limite nord de sa culture en France, est souvent plantée sur des sols grossiers superficiels (cailloux, sables), à faible rétention d’eau et sur des pentes bien exposées, facteurs favorables à l’implantation de végétaux thermophiles.

Dans les vergers à Rosacées, la végétation se rapporte plutôt à des groupements prairiaux appauvris, artificialisés et eutrophisés sur sols profonds.

Le pH du sol influence aussi les cortèges :

  • sur les sols calcaires, le groupement végétal peut être rapproché du MUSCARO RACEMOSI-ALLION VINEALI (alliance toutefois non reconnue par PVF 2004). Ce cortège a pour plantes caractéristiques l’Ail des vignes (Allium vineale), l’Ail à tête ronde (Allium sphaerocephalon), le Torilis noueux (Torilis nodosa), le Muscari à toupet (Muscari comosum) et le Muscari à grappe (Muscari neglectum). Les véroniques comme la Véronique de Perse (Veronica persica), la Véronique à feuilles de lierre (V. hederaefolia) ou la Véronique luisante (V.polita), manquent rarement.
  • sur sols siliceux, l’association végétale typique associe le Souci des champs et le Mibora du printemps (MIBORO-CALENDULETUM ARVENSIS) ; c’est le domaine de la Véronique à feuilles d’acinos (Veronica acinifolia), malheureusement fortement raréfiée.

Lorsque l’entretien de la vigne devient plus intense, on observe un groupement plus proche du PANICO CRUS-GALLI-SETARION VIRIDIS caractérisé par l’Amaranthe réfléchie, la Barbarée commune, le Laiteron des champs et de nombreux chénopodes.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

STELLARIETEA MEDIAE Tüxen, Lohmeyer & Preising ex von Rochow 1951

  • Chenopodietalia albi Tüxen, Lohmeyer & Preising ex von Rochow 1951 : plantes annuelles des cultures sarclées sur sol eutrophe
    • Veronico agrestis-Euphorbion peplus Sissingh ex Passarge 1964 : communautés eurosibériennes d’annuelles sur sol très fertile et enrichi en matière organique
      • Panico crus-galli-Setarion viridis Oberdorfer 1957 : communautés eurosibériennes sur sols à dominante sableuse ou limoneuse

COR 1991

  • 83.1 – Vergers de hautes tiges
    • 83.12 – Châtaigneraies
    • 83.13 – Vergers à noyers
    • 83.15 – Vergers de Rosacées
  • 83.2 – Vergers arbustifs
    • 83.21 – Vignobles
    • 83.22 – Vergers de basses tiges (espaliers de différentes Rosacées)

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

Nc.

Confusions possibles

Aucune confusion n’est possible lorsque les arbres et arbustes à fruits sont agencés, organisés de manière volontaire dans l’espace (alignements, plantations en quinconce ou en espaliers).

Dynamique

Dans le cas d’abandon du verger, survient rapidement un embroussaillement par les ronces, les arbustes (prunelier, cornouiller), les lianes (clématites, lierre) et enfin par les arbres avec, en premier lieu, l’Orme champêtre.

En cas d’intensification du travail du sol, sans traitement aux pesticides, les vivaces disparaissent et le cortège évolue vers les communautés d’annuelles des moissons du Scleranthion annui ou du Caucalidion lappulae selon la nature du sol.

Espèces indicatrices

[plante2] (Actinidia chinensis), Allium vineale, A. sphaerocephalon, *Anemone coronaria, Aristolochia clematitis, Calendula arvensis, *Gagea villosa, Malus domestica, Mibora minima, Muscari comosum, M. neglectum, Ornithogalum gr.umbellatum, Physalis alkekengi, Prunus avium cv., Prunus cerasus cv., Prunus domestica, Pyrus communis, *Tulipa sylvestris ssp. sylvestris, *Veronica acinifolia, Vitis vinifera
[plante1] Carduus nutans, Chenopodium album, *Diplotaxis muralis, Erodium cicutarium, Euphorbia helioscopia, Euphorbia peplus, Fumaria officinalis, Geranium dissectum, G. molle, Heliotropium europaeum, Lagoseris sancta, Lamium amplexicaule, L. purpureum, Papaver rhoeas, Polygonum aviculare, Portulaca oleracea, Ranunculus ficaria, Raphanus raphanistrum, Senecio vulgaris, Setaria verticillata, Setaria viridis, Sinapis arvensis, Solanum nigrum, Sonchus asper, Sonchus oleraceus, Stellaria media, Tordylium maximum, Veronica agrestis, V.hederaefolia, V. persica, V. polita
[briophytes] Bryum argenteum, Bryum bicolor, Ceratodon purpureus, Eurhynchium hians, Eurhynchium praelongum, Riccia sorocarpa, Sphaerocarpos michelii
[oiseaux] Athene noctua, Emberiza hortulana, Jynx torquilla, Lanius senator
[lepidopteres] Saturnia pyri

Valeur biologique

La valeur biologique est variable selon le type et le mode d’exploitation du verger. Les vignobles sont aujourd’hui exploités de manière intensive et leur flore spontanée et spécifique a pratiquement disparu du Poitou-Charentes.

Ainsi, la plupart d’entre eux ne possède plus qu’une faible valeur biologique. Seules les petites vignes ancestrales et artisanales sont susceptibles d’abriter encore des cortèges intéressants, voire des espèces en voie de disparition comme la Gagée des champs (Gagea arvensis) (disparue de la région depuis les années 1970), la Tulipe sauvage (Tulipa sylvestris) ou encore l’Anémone couronnée (Anemone coronaria) (3 vignes en 17).

D’un point de vue faunistique, les vignes et leur végétation adventice peuvent constituer un refuge pour les petits vertébrés et une source d’alimentation pour certains oiseaux comme divers fringilles (linottes, chardonnerets, verdiers).

Dans la Vienne, il semble que les dernières populations régionales de Bruant ortolan soient très liées à la présence de vignobles familiaux parsemés d’arbres fruitiers où cette espèce trouve à la fois des postes de chant et les graines indispensables à sa survie.

Les vergers de hautes-tiges traditionnels profitent à bon nombre de papillons de nuit, dont le rare Grand Paon de Nuit, attirés non pas par la couleur des fleurs des Rosacées, puisque celles-ci sont blanches, mais par l’odeur suave et enivrante de leur nectar produit en plus grande quantité pendant la nuit. Les vergers attirent alors des rapaces nocturnes comme la Chouette chevêche ou encore des chauves-souris qui profitent de cette abondance de petites proies volantes.

Les vergers à Rosacées sont plus intéressants en fait pour la diversité des variétés cultivées que pour leur flore herbacée associée. En effet, ils constituent un refuge pour un nombre considérable de variétés anciennes menacées par le faible choix proposé par la grande distribution. Il existe en Poitou-Charentes des vergers conservatoires qui perpétuent les variétés traditionnelles et conservent ainsi le patrimoine génétique fruitier local et régional. Par exemple, le verger de Saint-Marc-La-Lande en Deux-Sèvres conserve 107 variétés de pommes, 58 de poires, 18 de raisins et 17 de rosiers.

Menaces

La principale menace est sans conteste l’utilisation massive et irraisonnée des herbicides. La France, en tant que second consommateur européen, a vu sa flore spontanée se réduire comme une peau de chagrin en moins de 30 ans. A cela se rajoute l’application de techniques agricoles orientées pour une production fruitière de masse, totalement incompatible avec la conservation du patrimoine floristique (labours répétés au cours de l’année, semis et enrichissement des inter-rangs, tonte rase et bi-semestrielle, etc).

Aujourd’hui, la plus grande part des cortèges floristiques et faunistiques des vignes et vergers a disparu ou est dans un état de conservation alarmant. L’utilisation massive de pesticides sur certains vergers intensifs peut même localement être une menace pour l’environnement proche, notamment pour les cours d’eau où se retrouvent de nombreuses molécules dangereuses pour la faune et la flore aquatiques.

Statut régional

Les vignes sont surtout présentes en sud 16 et sud 17. Les autres types de vergers sont très disséminés.

L’Anémone couronnée (Anemone coronaria) est une Renonculacée méditerranéenne présente dans 3 vignes de l’est de Charente-Maritime qui constituent sa limite nord-occidentale en France. Sa spontanéité y est toutefois sujette à caution : la beauté de ses grandes corolles mauves en fait un sujet prisé des jardiniers et fleuristes et il est possible que les stations charentaises soient des reliquats d’une ancienne introduction horticole.

 

Espèces typiques des vignobles peu intensifiés : le Mibora du printemps (Mibora minima) (à g.), l’Ornithogale en ombelle (Ornithogalum umbellatum) et le Muscari à grappe (Muscari neglectum) (à dr.).

Remarquer la localisation stricte de l’ornithogale et du muscari sous le rang de vigne, là où un travail du sol est effectué régulièrement.

 

Structures paysagères d’origine anthropique

Rédacteur : David Ollivier

Physionomie – écologie

Cet habitat peut prendre l’aspect de haie champêtre, d’alignement d’arbre ou de bosquet.

Les bosquets sont des formations arborées de petites surfaces (moins d’un hectare en général) insérées dans le paysage agricole. Leur composition spécifique, lorsqu’elle est spontanée, est similaire à celles des forêts proches.

Les haies, quant à elles, diffèrent beaucoup en fonction de la gestion courante réalisée par les agriculteurs ou par les agents techniques des communes en charge de leur entretien. Ainsi, c’est le nombre de strates qui va déterminer leur physionomie. On distingue donc des haies de haut-jet ou haies arborées avec un bourrage arbustif entre chaque arbre. Si ce bourrage manque, on parlera plutôt d’un alignement d’arbres.

Lorsque les arbres sont absents de la haie ou lorsque la haie est jeune, la haie est dite arbustive et ne dépasse pas les 5 à 7 mètres.

Dans le cas d’un entretien trop drastique, la haie ne dépasse guère 1 mètre à 1 mètre 50, on la désigne comme basse-arbustive.

La composition spécifique des alignements d’arbres, des haies et des bosquets ne dépend pas uniquement de la nature du sol, du climat et de l’aire biogéographique dans laquelle elle se trouve, mais aussi du choix de l’homme qui est ici prépondérant. Ainsi, il est tout à fait possible de trouver des espèces non locales, horticoles, telles que le Cerisier à grappe, Prunus padus, couramment planté dans les jeunes haies des plaines agricoles, mais aussi parfois des variétés horticoles d’espèces locales comme cela peut être observé pour le Troëne commun Ligustrum vulgare.

Les haies peuvent aussi comporter des espèces envahissantes, comme les alignements d’Erables négundo Acer negundo dans les villes et les villages, ou bien encore la présence de Robinier faux-acacia Robinia pseudacacia, dans certaines haies. Cette dernière espèce est même parfois appréciée pour la qualité imputrescible de son bois et également pour son caractère mellifère (voir fiche « Autres forêts caducifoliées »). C’est ainsi, que l’on peut rencontrer des bosquets constitués presque exclusivement de robiniers.

Les haies jouent un rôle écologique important dans les agrosystèmes : brise-vents, tampon thermique, lutte contre l’érosion des sols, réservoirs d’auxiliaires des cultures, corridors biologiques…

Les haies forestières anciennes relictuelles ont la particularité de présenter une diversité biologique importante contrairement aux haies récentes, généralement plantées qui sont pauvres en espèces.

C’est pourquoi la composition spécifique des haies, plantées par exemple dans le cadre de mesures agri-environnementales, doit être soigneusement réfléchie et doit être le reflet de la composition des bois et forêts qui se sont développés spontanément dans son environnement proche.

Leur composition va être influencée par la nature du sol.

Dans notre région, les Terres rouges à Châtaignier du Civraisien, du Ruffecois et du pays Mellois, les sols à argile à silex et les sols plus ou moins granitiques de la Gâtine Poitevine, du Montmorillonnais, du Lussacois et du Confolentais, sont propices à l’expression des espèces des chênaies acidophiles (COR 41.5) dans les haies, telles que le Châtaignier Castanea sativa bien sûr, mais aussi le Néflier Mespilus germanica, le Houx Ilex aquifolium ou encore la Bourdaine Frangula dodonei subsp. dodonei.

En revanche, sur les sols d’origine calcaire, comme par exemple les Terres de Groies des plaines agricoles du Mirebalais-Neuvillois, du Niortais, de la Saintonge et de l’Angoumois, on rencontre préférentiellement les espèces appartenant à la chênaie-charmaie (41.2) telles le Frêne Fraxinus excelsior, le Merisier Prunus avium ou le Charme Carpinus betulus. Le Chêne pubescent Quercus pubescens et d’autres espèces plus thermophiles comme le Cormier Sorbus domestica ou le Cornouiller mâle Cornus mas, peuvent entrer dans la composition des haies lorsque le sol devient relativement mince et repose sur la roche calcaire.

Enfin, sur les sols riches en azote des grandes plaines céréalières, s’ajoutent les espèces de l’ormaie rudérale tels que l’Orme champêtre Ulmus minor, l’Erable sycomore Acer platanoides ou le Prunellier Prunus spinosa.

On considère que les haies jouent le rôle de forêts linéaires, structurant le paysage. Historiquement les haies servaient de clôtures naturelles séparant entre elles les pâtures de petites tailles. Ce maillage dense de haies et de prairies forme le paysage caractéristique du bocage. Ce paysage aujourd’hui en fort déclin, au profit de l’agriculture céréalière intensive, résiste encore dans les secteurs d’élevage de notre région où les sols sont trop pauvres pour permettre le développement de la céréaliculture : la Gâtine Poitevine et le Confolentais en Charente et en Vienne.

L’un des multiples héritages et richesses du bocage est l’arbre têtard, anciennement taillé à plus de 2 mètres de haut pour le bois de chauffage afin que les bêtes ne puissent pas brouter les jeunes pousses de l’arbre l’année suivante. Cette pratique a aujourd’hui tendance à se perdre dans nos campagnes et les arbres têtards sont pour la plupart tous de vieux arbres.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

Nc.

COR 1991

  • 84.1 Alignement d’arbres
  • 84.2 Haies
  • 84.3 Bosquets
  • 84.4 Bocages

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

Nc.

Confusions possibles

Il n’existe pas de confusion possible pour ces types d’habitats que l’on identifie surtout par la structure dans cette fiche. Quant à la composition spécifique des haies spontanées, le lecteur pourra se référer aux fiches des chênaies oligotrophes (COR 41.5), de la chênaie-charmaie (COR 41.2), de la chênaie pubescente (COR 41.711) et de l’ormaie (COR 41.F11).

Dynamique

Les haies peuvent constituer des structures stables et permanentes dans le cadre d’une gestion régulière mais elles auront sans doute tendance à s’élargir et gagner sur les surfaces voisines si elles ne sont pas régulièrement entretenues soit par la fauche soit par le pâturage.

Il est possible de recéper la haie, ce qui suppose de couper à la base les arbustes qui la composent. Les haies traitées ainsi ne devraient pas avoir de mal à repartir et reformer assez rapidement une formation arbustive. Néanmoins cette pratique doit être opérée par petites touches (environ 50 à 100 m d’un seul tenant maximum) afin de ne pas altérer la fonction de corridor biologique de la haie.

Espèces indicatrices

[plante2] Acer campestre, Acer pseudoplatanus, Carpinus betulus, Castanea sativa, Clematis vitalba, Cornus sanguinea, Cornus mas, Crataegus monogyna, Frangula dodonei subsp. dodonei, Fraxinus excelsior, Ilex aquifolium, Ligustrum vulgare, Malus sylvestris, Mespilus germanica, Platanus sp., Prunus avium, Prunus spinosa, Pyrus communis, Quercus robur, Quercus petraea, Quercus pubescens, Rhamnus cathartica, Rosa canina, Rosa arvensis, Rubus sp., Sorbus domestica, Sorbus torminalis, Tilia x vulgaris, Ulmus minor, Viburnum lantana, Viburnum opulus
[briophytes] Amblystegium serpens, Brachythecium rutabulum, Eurhynchium hians, Eurhynchium stokesii, Fissidens taxifolius, Hypnum cupressiforme
[champignons] Calocybe gambosa, Entoloma clypeatum, Entoloma saudersii,Entoloma sepium, Lactarius pyrogalus, Tubaria autochtona
[oiseaux] Emberiza citrinella, Sylvia atricapilla, Sylvia borin, Sylvia communis
[reptiles] Coluber viridiflavus, Lacerta viridis
[lepidopteres] Aporia crataegi, Iphiclides podalirius, Satyrium pruni, Satyrium W-album, Thecla betulae
[coleopteres] Cerambyx cerdo, Lucanus cervus, Osmoderma eremita

Valeur biologique

Les haies entourant les maisons particulières ou les fermes sont souvent constituées d’espèces sempervirentes tel le Thuya ou le Laurier. Ces haies ne présentent que très peu d’intérêt biologique.
En revanche, les haies composées d’espèces locales des plaines agricoles et du bocage jouent un rôle écologique important. Elles structurent le paysage et relient les boisements et les milieux naturels entre eux. Ce sont des corridors biologiques ou des « couloirs de déplacement » parfois indispensable pour la faune (oiseaux, mammifères « terrestres », chauves-souris, reptiles…). Leur diversité spécifique présente plusieurs intérêts pour la faune. La floraison a lieu depuis le mois de février (Cornus mas, Prunus spinosa) jusqu’au milieu de l’été (Rosa sp. Rubus sp.), ce qui est attractif pour les insectes butineurs et pollinisateurs, qui trouvent peu de fleurs en début de printemps.

Les haies portent des fruits et des baies comestibles pour la faune (oiseaux) jusqu’au plus fort de l’hiver (Néflier, Lierre…), période où la recherche de nourriture devient difficile.

Dans les agrosystèmes, la haie et la banquette herbeuse en pied de haie sont des abris pour une entomofaune variée, dont certains sont de précieux auxiliaires des cultures.

Les vieux arbres creux (arbres têtards) ou morts de la haie sont favorables aux larves d’insectes xylophages dont certains sont patrimoniaux pour notre région tels la Rosalie des Alpes Rosalia alpina (Gâtine Poitevine) ou le Piqueprune Osmoderma eremita. Tous deux sont des coléoptères protégés au niveau européen. Ces insectes (Capricorne, scolytes, taupins…) constituent également une réserve alimentaire pour de nombreux oiseaux (turdidés, fauvettes…).

Incapables de creuser le bois avec leur bec, les Chouettes chevêches sont à la recherche des cavités naturelles des vieux arbres et des arbres têtards pour y installer également leur progéniture.

Les haies sont donc à l’origine d’une richesse biologique importante et parfois patrimoniale.

Menaces

Les haies ont été victimes de la mécanisation et de l’industrialisation de notre agriculture traditionnelle paysanne. Le maillage des petites pâtures du bocage séparées de haies, a peu à peu laissé la place aux très grandes parcelles de l’agriculture céréalière intensive. Cette mutation a nécessité et nécessite encore au gré des remembrements, l’arrachage massif des haies champêtres. Seuls les secteurs d’élevage ont conservé le bocage et les haies arborées qui les structurent.

Les grandes plaines céréalières ont, quant à elles, conservé quelques fragments de haies souvent déconnectés de tout boisement ou milieu naturel. Les haies sont parfois replantées, souvent avec le soutien d’aides publiques. Cela pose le problème de l’artificialisation des espèces, de leur indigénat et des caractéristiques génétiques locales qui ne sont plus respectées.

On observe parfois dans les campagnes un entretien trop sévère, qui soit éclate les branches, soit contraint la haie à moins de 1 mètre de haut. Dans ce dernier cas il est évident que le rôle de corridor biologique de la haie est très amoindri. Enfin, l’abandon des techniques traditionnelles se traduit par l’absence de renouvellement des arbres têtards dans les haies, qui sont aujourd’hui tous ou presque tous de très vieux sujets.

Statut régional

Dans la région Poitou-Charentes, les haies et bosquets sont répandus partout.

Les zones de bocages sont en revanche localisées à quelques secteurs particuliers : Gâtine en 79, Confolentais en 16 et Montmorillonnais en 86.

 

Plantations de feuillus

Rédacteur : Jean Terrisse

Physionomie – écologie

Cette rubrique comprend divers types de plantations d’arbres feuillus destinés à la production de bois. Leur physionomie et leur écologie sont très variées selon l’essence impliquée mais, dans la plupart des cas, la structure verticale de l’habitat est très simplifiée par rapport à celle des forêts « naturelles » avec, le plus souvent, une seule strate ligneuse appartenant à une unique classe d’âge ; de plus, les pratiques courantes d’entretien – labour, broyage, désherbage chimique, coupes d’élagage ou d’éclaircie – visant à supprimer toute concurrence vis-à-vis de l’essence-cible contribuent beaucoup à appauvrir les strates arbustive et herbacée qui peuvent même parfois manquer totalement. Dans ces écosystèmes simplifiés à la flore appauvrie, les niches possibles pour la faune sont peu nombreuses (hormis pour certains insectes ravageurs !) et peu d’espèces animales y trouvent un lieu de vie, se contentant le plus souvent de traverser les plantations lorsqu’elles sont en contact avec d’autres zones d’habitats naturels.

les plantations de peupliers : elles occupent environ 20 000ha en Poitou-Charentes, situées pour la plupart sur des sols alluviaux argileux, correctement aérés (nappe située à 40cm de profondeur au moins à l’étiage) et à pH proche de la neutralité. Les peupliers cultivés représentés autrefois par des cultivars d’espèces pures (Populus nigra, Populus deltoides), sont aujourd’hui des cultivars issus d’hybrides entre ces 2 espèces et connus sous l’appellation générique de « peupliers euraméricains ». Les clones les plus représentés dans la région sont le « Blanc du Poitou », cultivar rustique exploitable à 25 ans, le I 45-51 et le I 214 cultivars performants exploitables à 20 ans et le Dorskamp, très performant et support d’une populiculture intensive avec 204 tiges/ha (contre 156 pour les précédents) et une exploitation au bout de 15 ans seulement, avec une productivité supérieure à 15 m3/ha/an.

Le principal débouché pour ces bois tendres est le déroulage pour le contreplaqué ou l’emballage (60 % des contreplaqués « peupliers » produits en France, sont fabriqués en Poitou-Charentes). Selon l’option choisie par le populiculteur, la peupleraie peut offrir des visages très différents : dans le cas de la voie intensive, le travail du sol préparatoire, la fertilisation initiale puis le désherbage chimique durant les 5 premières années et les broyages d’entretien bisannuels laissent peu de place à la biodiversité, l’habitat se réduisant alors à une culture d’arbres ; dans le cas de la voie extensive, sans travail du sol préparatoire, ni désherbage chimique et avec un broyage d’entretien restreint à un seul passage annuel, le sous-bois peut être occupé par une mégaphorbiaie eutrophe, mêlant hautes herbes hygrophiles comme la Reine des prés Filipendula ulmaria ou la Grande salicaire Lythrum salicaria et nitrophytes tels que le Grand Liseron Calystegia sepium, le Gaillet gratteron Galium aparine, des épilobes etc ; dans certains contextes, une flore de type nettement forestier peut même s’implanter avec la Ficaire, le Lierre, le Lierre terrestre etc.

les plantations d’eucalytus : des plantations expérimentales ont été tentées en Charente au début des années 1980 dans le cadre d’un programme de recherches sur la valorisation possible de cette essence dans le sud de la France mais elles ont été abandonnées.

les plantations de chênes exotiques : le Chêne rouge Quercus rubra, arbre originaire de l’est de l’Amérique du Nord, fait l’objet de reboisements limités en région Poitou-Charentes – Confolentais, argiles à silex, Double – sur sols légers et acides. C’est une essence à croissance juvénile forte qui peut atteindre 200 ans mais dont l’âge d’exploitabilité optimal se situe vers 50-70 ans. Son bois, de qualité inférieure à celui des chênes indigènes, est utilisé pour le tranchage, en ébénisterie et en menuiserie. La densité des tiges et l’intensité de l’entretien (sous-solage initial, désherbage anti-graminées, coupes d’éclaircie fréquentes) nécessités par la volonté de produire du bois d’œuvre, font de ces plantations des cultures d’arbres plutôt que de véritables forêts et la biodiversité y est réduite.

les plantations de robiniers : celles-ci sont traitées dans la fiche AUTRES FORETS CADUCIFOLIEES .

les plantations de noyers : le Noyer commun Juglans regia (originaire des Balkans mais introduit en Europe de l’Ouest depuis l’époque romaine) est l’arbre emblématique des terroirs argilo-calcaires du Poitou-Charentes. En régression depuis la mécanisation de l’agriculture, il est de plus en plus remplacé pour la production de bois depuis les années 1990 par le Noyer noir Juglans nigra (originaire d’Amérique du Nord) et, surtout, par l’hybride entre ces 2 espèces Juglans X intermedia. Ce dernier, moins exigeant sur le pH du sol, est adapté à une plus large gamme de situations. Le bois des noyers, de très grande valeur, est très recherché pour l’ébénisterie, la tournerie, les placages décoratifs etc. Les plantations, par la densité des tiges et la sévérité des entretiens, s’apparentent plus à des vergers qu’à des forêts naturelles. Elles sont parfois utilisées en reboisement de terres agricoles.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

Nc.

COR 1991

  • 83.32 Plantations d’arbres feuillus
    • 83.321 Plantations de peupliers
    • 83.322 Plantations d’Eucalyptus
    • 83.323 Plantations de Chênes exotiques
    • 83.324 Plantations de Robiniers
    • 83.325 Autres plantations d’arbres feuillus

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

Nc.

Confusions possibles

Aucune.

Dynamique

Dans la mesure où il s’agit de plantations, il n’y a pas de dynamique propre des peuplements.

Espèces indicatrices

[plante2] Juglans nigra, Juglans regia, Juglans x intermedia, Populus X canadensis, Quercus rubra, Robinia pseudacacia
[plante1] peupleraies : Calystegia sepium, Eupatorium cannabinum, Filipendula ulmaria, Galium aparine, Humulus lupulus, Lythrum salicaria, Phalaris arundinacea, Rubus caesius, Sambucus nigra, Solanum dulcamara, Symphytum officinale, Urtica dioica
[oiseaux] peupleraies : Dendrocopos major, Dendrocopos minor, Oriolus oriolus
[coleopteres] peupleraies : Cryptorrhynchus lapathi, Melasoma populi, Melasoma phyllodecta, Saperda carcharias, Saperda populnea
[lepidopteres] peupleraies : Aegeria apiformis, Cossus cossus, Sciapteron tabaniformis, Zeuzera pyrina
[champignons] peupleraies : Agrocybe aegerita, Amanita malleata, Hebeloma populinum, Hemipholiota populnea, Lactarius controversus, Leccinum aurantiacum, Leccinum duriusculum, Tricholoma populinum

Valeur biologique

La valeur biologique des plantations de feuillus est très faible, la fréquence et l’intensité des traitements d’entretien y limitant fortement les potentialités pour la flore et la faune. Seules les peupleraies à gestion extensive peuvent présenter un intérêt quelconque : lorsque l’entretien s’y limite à un unique broyage annuel, une végétation à hautes herbes s’y développe en sous-strate, présentant de forte affinités avec les véritables mégaphorbiaies ; la peupleraie peut alors constituer un habitat de substitution pour certaines espèces végétales et animales.

Menaces

Nc.

Statut régional

  • plantations de peupliers : répandues sur l’ensemble des vallées alluviales de la région
  • plantations de Chêne rouge d’Amérique : çà et là hors secteurs calcaires (Confolentais, Terres Rouges, Double)
  • plantations de Robinier : surtout au nord de la Vienne, sur les sols sableux du Saumurois-Loudunais (50% du total régional) ; sinon, disséminées partout ailleurs
  • plantations de noyers : Terres rouges, Terres de groies, Saumurois, Loudunais, Champagne et Saintonge, Plaines de Thouars et Moncontour.

 

Plantations de conifères

Rédacteur : Jean Terrisse

Physionomie – écologie

Les peuplements artificiels de résineux constituent un milieu homogène consacré à la production de bois. Les premières espèces mises à contribution dans la région Poitou-Charentes ont été des pins (Pin maritime sur sols siliceux et Pin sylvestre sur sol calcaire) espèces pionnières très rustiques, le Pin maritime appartenant par ailleurs à la flore indigène. Ces deux espèces constituent encore sans doute les essences les plus utilisées (60000 ha pour le Pin maritime et 10000 ha pour le Pin sylvestre)

De nombreuses espèces exotiques ont par la suite été introduites avec des succès mitigés, soit en peuplements purs, soit beaucoup plus rarement en mélange. On peut citer les espèces suivantes :

  • Le Sapin de Nordmann – origine Caucase – en départements 16 et 17
  • L’Epicéa de Sitka – origine Amérique du NO – en 16
    -Le Douglas vert (ou pin de l’Orégon) – origine Amérique du NO – en16 (3500 ha)
  • Le Mélèze du Japon – origine Japon – en 16
  • Le Pin laricio de Corse – origine Corse – en 16, 79 et 86 (4000 ha)
  • Le Pin noir d’Autriche – origine Europe des Balkans – en 16 79 et 86
  • Le Pin pignon (ou pin parasol) – origine pourtour méditerranée – en 17
  • Le Pin Weymouth – origine Amérique de l’Est – en 16 et 86

On y ajoutera des essences plantées en parcs et jardins (Cèdre de l’Atlas, Cyprès divers, Mélèze du Japon, If, Sapin de Vancouver….)
L’ensemble couvre une surface représentant 6% des surfaces plantées en Poitou-Charentes.

Les plantations de conifères se font en plein ou en alignements.

En plein, on recherche la simplicité. Les forestiers utilisent une seule essence avec des populations constituées d’individus du même âge et de même dimensions, issus de techniques de clonage, ce qui rend la plantation facile à conduire. Les plants sont alignés et régulièrement espacés de manière à faciliter les opérations de gestion, les différentes étapes pouvant être mécanisées. L’espace est occupé en totalité, on éclaircit par une succession de dépressages. La végétation adventice est considérée comme concurrente et donc éliminée. Il arrive de plus en plus fréquemment que l’on pratique des améliorations génétiques par sélection, que l’on fertilise le sol et que l’on s’assure d’un bon état sanitaire par utilisation de pesticides, la culture mono spécifique favorisant les attaques de parasites.

L’exploitation se fait par coupe rase sans chercher à retrouver une régénération par semis, on ne conserve donc pas de semenciers.

Il arrive que les plantations en plein de résineux soient masquées par alignements de feuillus disposés en écran paysager.

Ailleurs, ce sont les résineux qui sont disposés en alignements, notamment en brise vent ce que favorise leur feuillage persistant. Ici ou là, ces alignements ont pu constituer des éléments remarquables du paysage local, citons ici les alignements de Cyprès de Lambert dans les îles du Ponant.

Les conifères sont responsables d’une acidification du sol avec un appauvrissement de la pédoflore bactérienne et cryptogamique, la décomposition de la litière à la surface du sol en est ralentie.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

Nc.

COR 1991

  • 83.31 Plantations de conifères

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

Nc.

Confusions possibles

Aucune.

Dynamique

Pas de dynamique naturelle.

Espèces indicatrices

[plante2] (Abies nordmanniana), (Larix kaempferi), Monotropa hypopitys, (Picea sitchensis), (Pinus nigra ssp.nigra), (Pinus nigra ssp.laricio), Pinus pinaster, (Pinus pinea), (Pinus strobus), (Pinus sylvestris), (Pseudotsuga menziesii)
[coleopteres] Ergastes faber
[lepidopteres] Dendrolimus pini, Thaumatopea pityocampa

Valeur biologique

Outre les résineux plantés, il est possible de rencontrer quelques espèces qui vivent soit en parasites soit en commensaux, ou qui trouvent en sous bois un abri favorable. La flore mycologique peut présenter parfois un certain intérêt (bolets, tricholomes, russules, Sparassis crépu…).

Menaces

Les ouragans du type de celui qui s’est abattu fin décembre 1999 sur le département de la Charente-Maritime constituent la première menace pour les plantations. L’utilisation du Pin à l’encens Pinus taeda lors des reconstitutions des peuplements sinistrés constitue parfois une bonne alternative, ce pin possédant un enracinement plus important. Toutes les espèces sont soumises à l’attaque de parasites, processionnaires, charançons, cochenilles, chenilles défoliatrices, pissodes, pyrale du tronc, scolytes, tordeuses, ou champignons (rouilles, fomes, agents de chancre…)

Le grand gibier peut poser de sérieux problèmes sur les jeunes plantations, le chevreuil étant à lui seul responsable des principales dégradations.

Statut régional

La Charente-Maritime, dans sa partie Saintonge boisée, et la Charente hébergent les surfaces enrésinées les plus importantes. Les plantations y sont en relation avec la déprise agricole.

Ces régions sont de culture forestière ancienne mais les plantations mixtes ont été supplantées dans la seconde moitié du 20ème siècle par des plantations mono spécifiques de résineux.