Dépressions humides arrière-dunaires

Rédacteur : Guy Chezeau

Physionomie – écologie

L’habitat générique regroupe l’ensemble des végétations des dépressions humides arrière dunaire. Le substrat sableux, meuble, très filtrant permet l’émergence de la nappe phréatique superficielle en période hivernale. Les eaux plus ou moins oligotrophes à mésotrophes sont souvent légèrement chlorurées. Le battement de la nappe étant souvent important, il en résulte un assèchement estival de la dépression. Seules les rares secteurs les plus bas ou ceux qui ont été artificiellement creusées restent en eau durant la saison sèche (mares aménagées par les chasseurs pour l’abreuvement du gibier par ex.). L’habitat se décline en 5 habitats élémentaires :

  • les fourrés à Saule des sables Salix arenaria (COR 16.26) occupent certaines dépressions arrière dunaires dont la nappe phréatique, alimentée par les pluies hivernales, inonde le fond de manière plus ou moins prolongée en hiver et au printemps. L’habitat forme une brousse basse de 1 à 1.5m de hauteur, souvent très dense, que n’arrivent à pénétrer que quelques rares espèces de bas-marais ainsi que, typiquement, la liane thermophile Rubia peregrina ;
  • les mares (COR 16.31) correspondent aux dépressions inondées de manière quasi permanente (un court assec estival reste possible) par des eaux oligotrophes, douces à saumâtres connaissant de fortes variations saisonnières de niveau. Elles hébergent une végétation aquatique se développant sous forme d’herbiers enracinés plus ou moins denses, pauvres en espèces, où les Characées et certains potamots halo-tolérants forment l’essentiel de la biomasse ;
  • les bas marais dunaires (COR 16.33) se présentent comme des jonçaies physionomiques ou des jonçaies-cariçaies où le Choin Schoenus nigricans forme parfois faciès et où l’Ecuelle d’eau Hydrocotyle vulgaris et, surtout, le Scirpe choin Holoschoenus romanus, sont rarement absents. En raison de la nature généralement basique du substrat (calcaires coquilliers), la flore présente de fortes affinités avec celles des bas-marais alcalins non littoraux (plusieurs orchidées rares, notamment, leur sont communes). La variabilité régionale de cet habitat élémentaire est remarquable (3 associations végétales connues) et son originalité floristique exceptionnelle (nombreuses plantes rares/ou protégées) ;
  • les prairies humides dunaires (COR 16.34) correspondent à des prairies basses, inondables temporairement lors des remontées de la nappe mais en général exondées, dominées par des Poacées (Agrostis, Cynodon) et diverses dicotylédones comme l’Oenanthe de Lachenal Oenanthe lachenalii, la Germandrée des marais Teucrium scordioides ou le Trèfle faux-fraisier Trifolium fragiferum ;
  • les roselières et cariçaies dunaires (COR 16.35) bordent les plans d’eau arrière-dunaires doux à saumâtres, à niveau variable. Elles forment en général des peuplements pauci- à monospécifiques dominés tantôt par le Phragmite, tantôt par le Scirpe maritime Bolboschoenus maritimus, plus rarement par de grands Carex ou par le Marisque Cladium mariscus.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

Salicion arenariae Tüxen ex Passarge in Scamoni 1963 : fourrés à Saule des sables

Charion canescentis Krausch 1964 et Potamion pectinati (Koch 1926) Libbert 1931 : mares douces à saumâtres dunaires

Hydrocotylo vulgaris-Schoenion nigricantis de Foucault 1984 : bas-marais dunaires

Molinio arundinaceae-Holoschoenion vulgaris Br.-Bl. ex Tchou 1948 : prairies humides dunaires

Scirpion compacti Dahl & Hadac 1941 cor. Rivas-Martinez 1980 : roselières et cariçaies dunaires

COR 1991

16.26 Formations à Salix arenaria des dépressions dunaires
16.31 Mares des lèdes dunaires
16.32 Pelouses pionnières des lèdes
16.33 Bas-marais des lèdes
16.34 Prairies des lèdes
16.35 Roselières et cariçaies des lèdes

Directive Habitats 1992

  • 2170 Dunes à Salix repens ssp.argentea
  • 2190 Dépressions humides intradunales
    • 2190-1 Mares dunaires
    • 2190-3 Bas-marais dunaires
    • 190-4 Prairies humides dunaires
    • 2190-5 Roselières et cariçaies dunaires

Confusions possibles

La situation et l’écologie qui conditionnent l’habitat générique ne laissent la place à aucune confusion possible. En revanche, la distinction sur le terrain entre les prairies et les bas-marais requiert parfois une approche phytosociologique fine.

Dynamique

Ces habitats sont très étroitement liés au fonctionnement hydraulique général : périodicité et amplitude des fluctuations de la nappe phréatique, nature physico-chimique des eaux. La ségrégation des différents habitats élémentaires s’opérant sur un fin gradient d’hydromorphie, des modifications mêmes mineures de celle-ci (suite d’hivers et de printemps secs, par exemple) suffisent à précipiter un habitat vers un autre : l’enfoncement durable du plafond de la nappe provoque ainsi une perte de typicité du faciès de bas-marais et son introgression par diverses plantes banales, voire son boisement par des ligneux nomades (saules, ronces, frênes).

Espèces indicatrices

[plante2] *Blackstonia imperfoliata, Calamagrostis epigeios, *Carex serotina, *Carex trinervis, Centaurium erythraea, Centaurium pulchellum, *Dactylorhiza incarnata, *Epipactis palustris , Holoschoenus romanus, Hydrocotyle vulgaris, *Juncus anceps, Juncus maritimus, Juncus subnodulosus, *Liparis loeselii, Lythrum salicaria, Mentha aquatica, Ophioglossum vulgatum, *Orchis coriophora ssp.fragrans, *Orchis palustris, *Salix arenaria, Samolus valerandi, *Spiranthes aestivalis, Sonchus maritimus, Schoenus nigricans, *Teucrium scordium ssp.scordioides, *Trifolium lappaceum
[plante1] Anagallis tenella, Apium inundatum, Baldellia ranunculoides, Blackstonia perfoliata, Bolboschoneus maritimus, *Callitriche truncata, Carex flacca, *Juncus striatus, Oenanthe lachenalii, Phragmites australis, *Potamogeton coloratus, P.pectinatus
[amphibiens] Hyla meridionalis, Pelobates cultripes
[oiseaux] Acrocephalus arundinaceus, Acrocephalus scirpaceus, Cettia cetti, Ixobrychus minutus

Valeur biologique

Certains faciès de l’habitat possèdent une valeur biologique exceptionnelle dans le contexte du Poitou-Charentes : c’est le cas du bas-marais qui abrite une flore très originale, comprenant plusieurs espèces ayant virtuellement disparu des tourbières alcalines régionales ou, tout simplement, pratiquement inconnues ailleurs du territoire régional. Les orchidées sont particulièrement bien représentées avec 6 espèces, toutes plus ou moins rares et/ou bénéficiant d’un statut de protection régional ou national. Certaines Gentianacées (genres Blackstonia et Centaurium) y sont très diversifiées, de même les Joncacées (le Jonc à feuilles tranchantes Juncus anceps est strictement lié à cet habitat en PC). Les dépressions arrière-dunaires constituent aussi un habitat important pour plusieurs espèces animales rares : amphibiens tels que le Pélobate Pelobates cultripes et oiseaux (genre Acrocephalus, Blongios nain Ixobrychus minutus).

Menaces

Ces habitats déjà fort peu répandus sur le littoral charentais maritime ont subi des atteintes irréversibles du fait de remblaiements, de décharges, d’aménagements touristiques ou urbanistiques. En effet, situés en arrière de la dune grise, à l’abri des atteintes directes de la mer et des embruns, ils ont souvent été les premiers touchés par les aménagements. La sensibilité de l’habitat aux variations de la nappe phréatique le rend par ailleurs très dépendant des pompages agricoles et prélèvements divers effectués à proximité immédiate des cordons dunaires. L’invasion par des xénophytes (Séneçon en arbre) est une cause identifiée de l’extinction d’un des sites majeurs de cet habitat en arrière de la baie de Bonne Anse quelques années seulement après la réalisation de la station de la Palmyre.
Des causes plus accidentelles telles que le ras de marée qui a accompagné l’ouragan « Martin » de décembre 1999 sont susceptibles également de perturber durablement l’habitat (salinisation de la nappe, apport de vases et matières organiques dans des systèmes naturellement oligotrophes etc..).

Statut régional

Habitat présent uniquement sur le littoral de Charente-Maritime et des îles où il est partout très menacé. Toutes les sites de quelque importance ont été intégrés dans les inventaires ZNIEFF et NATURA 2000.

Sites remarquables et/ou représentatifs

17 : Réserve Naturelle des Marais d’Yves, Aytré, arrière-dune de la forêt de Saint-Trojan et des Saumonards sur Oléron

 

Dunes

Rédacteur : Guy Chezeau

Physionomie – écologie

Il y a là toute une série d’habitats présentant un ensemble de caractéristiques communes. Ce sont des habitats littoraux, sur substrat meuble de sables coquilliers de formation récente (quelques milliers d’années pour les plus anciens), modelés par le vent et plus ou moins stabilisés.
Plusieurs facteurs permettent cependant de les différencier. L’influence de la mer, des apports de sel et du vent, diminue au fur et à mesure que l’on s’éloigne de la plage en même temps que la stabilité du substrat augmente. On peut passer ainsi rapidement de conditions d’aridité extrême à des milieux franchement hydromorphes.
Les types de végétations qui se succèdent selon des bandes plus ou moins parallèles au rivage vont des annuelles pionnières (haut de plage) aux boisements plus ou moins âgés (arrière-dune boisée, objet d’une fiche spécifique : « Forêts de Pin maritime »), en passant par des milieux où dominent les cryptogames, lichens et mousses. Il en résulte des adaptations spécifiques causes d’une endémicité relativement importante. L’influence de l’homme sur ces habitats pour avoir été assez tardive n’en est pas moins grandissante depuis plus d’un siècle.
Immédiatement au contact supérieur des laisses de haute mer apparaît un habitat linéaire assez instable et par conséquent plus ou moins développé au sein duquel dominent des populations parfois denses de Chiendent à feuilles de jonc Elymus farctus, c’est la dune embryonnaire. Localement, le Pourpier de mer Honckenia peploides peut être abondant. L’apparition de l’Oyat des sables Ammophila arenaria, celle de l’Euphorbe des dunes Euphorbia paralias et celle du Panicaut des dunes Eryngium maritimum permettent de définir la dune blanche. Ces deux premiers habitats sont regroupés sous l’appellation générique de « dunes mobiles » (COR 16.21).
L’halonitrophilie y est très variable, le recouvrement au sol toujours faible de l’ordre de 20 à 30%, la végétation dominée par des espèces vivaces, géophytes à rhizomes et hémicryptophytes. Les adaptations assurent une grande résistance au vent et à la forte mobilité du substrat en même temps qu’à l’aridité résultant de l’extrême perméabilité de la dune. On observe ainsi le très grand développement d’un double système racinaire (horizontal et vertical). Plusieurs espèces patrimoniales trouvent ici leur développement optimum, la Linaire à feuilles de thym, Linaria thymifolia, la Silène de Thore, Silene thorei ainsi que l’Armoise de Lloyd, Artemisia Lloydii ou encore l’Œillet de France, Dianthus gallicus.
À l’arrière, apparaissent des végétations pelousaires pérennes à mousses et lichens ou à dominante de phanérogames annuelles et vivaces selon les synusies saisonnières. L’ensemble prend un aspect qui lui a fait donner le nom générique de « dune grise ou dune fixée » (COR 16.22). Sur le littoral de la Charente Maritime on y distingue deux habitats, tous les deux considérés comme prioritaires par la Directive européenne des Habitats : les dunes grises des côtes atlantiques et les pelouses annuelles arrière dunaires. Les végétaux appartiennent à une seule strate basse au sein de laquelle dominent les chaméphytes associés à diverses herbacées. La présence des mousses et des lichens formant un tapis dense est susceptible d’entraîner un recouvrement important (jusqu’à 100%). Si la quantité d’eau disponible peut être suffisante durant les mois humides assurant par-là même le développement de nombreuses plantes annuelles qui germent avant l’hiver, fleurissent et fructifient au printemps suivant, l’aridité est extrême durant les mois d’été. Les lichens du genre Cladonia réduisent leur métabolisme,les graminées (Koeleria, Corynephorus…) cherchent à recueillir la moindre humidité en enroulant leurs feuilles en forme de gouttière, d’autres espèces comme l’Immortelle des sables Helichrysum stoechas limitent leur évapotranspiration foliaire, d’autres enfin (Sedum) ont accumulé lors de la saison des pluies l’eau dont elles ont besoin. Une espèce patrimoniale trouve ici son développement optimum, le Cynoglosse des dunes, Omphalodes littoralis.
À la lisière de la dune boisée, il est possible parfois d’observer une végétation arbustive moyenne à haute, formant une broussaille impénétrable ou un fourré dense au sein duquel deux espèces sont dominantes : le Troëne Ligustrum vulgare et le garou ou sain bois Daphne gnidium, il s’agit d’un habitat équivalent aux broussailles à Argousier (Hippophae rhamnoides) et Troëne des côtes de la Manche et de la mer du nord, ici dans une variante thermophile. Ces dunes avec fourrés et bosquets (COR 16.25) se rencontrent sur l’ile d’Oléron, ailleurs cet habitat est très fragmentaire.

Phytosociologie et correspondance typologiques

PVF 2004
Euphorbio paraliae-Ammophiletea australis Gehu & Géhu-Franck 1988 : dunes mobiles
Ammophiletalia australis Br.Bl.
Ammophilion arenariae Géhu 1988
EUPHORBIO PARALIAE-AGROPYRETUM JUNCEI
EUPHORBIO PARALIAE-AMMOPHILETUM ARENARIAE
SILENO THOREI-AMMOPHILETUM ARENARIAE
FESTUCO DUMETORUM-GALIETUM ARENARII
Koelerio glaucae-Corynephoretea canescentis Klika & Novak 1941 : dunes fixées
Artemisio lloydii-Koelerietalia albescentis Sissingh 1974
Euphorbio portlandicae-Helichrysion staechadis Géhu & Tüxen ex Sissingh 1974
ARTEMISIO LLOYDII-HELICHRYSETUM STAECHADIS
Thero-Airion Tüxen ex Oberdorfer 1957
Crataego monogynae-Prunetea spinosae Tüxen 1962
DAPHNO GNIDII-LIGUSTRETUM VULGARIS

COR 1991

16.21 Dunes mobiles
16.22 Dunes fixées
16.25 Dunes avec, fourrés, bosquets

Directive Habitats 1992

2110 Dunes mobiles embryonnaires
2120 Dunes mobiles du cordon littoral à Ammophila arenaria (dunes blanches)
2130 Dunes côtières fixées à végétation herbacée (dunes grises)
2130-2 Dunes grises des côtes atlantiques
2130-5 Pelouses rases annuelles arrière-dunaires

Confusions possibles

Excepté dans les secteurs fortement dégradés ou à évolution rapide, les systèmes dunaires sont assez facilement identifiables, néanmoins il est parfois difficile de fixer précisément les limites des habitats entre eux. Les cordons dunaires fossiles en situation côtière interne (=non strictement littoraux) peuvent parfois poser problème car le modelé est en général très atténué et la végétation de type prairial mésophile se trouve en continuité aves les systèmes prairiaux alentour.
Par ailleurs, au niveau de la dune fixée peuvent exister des risques de confusion des dunes grises des côtes atlantiques avec celles de la Mer du Nord et de la Manche qui appartiennent à d’autres groupements.

Dynamique

Les milieux dunaires sont soumis à une dynamique naturelle parfois très intense entraînant ici une sédimentation, ailleurs une érosion. De fait cette intensité varie beaucoup d’un secteur à l’autre et peut varier également au cours du temps, d’autant que l’homme cherche souvent à intervenir essentiellement dans la recherche d’une stabilisation de la dynamique sédimentaire (gestionnaire : l’ONF).

Espèces indicatrices

[plante2] Aetheorhiza bulbosa, Ammophila arenaria, Arenaria serpyllifolia ssp.macrocarpa, Artemisia campestris ssp.maritima var.lloydii, *Asparagus officinalis ssp. prostratus,*Avellinia michelii, Calystegia soldanella, Carex arenaria, Centaurea aspera, Clematis flammula, Corynephorus canescens, *Crepis suffreniana, *Dianthus gallicus, Elymus farctus, Ephedra distachya, Erodium lebelii, Eryngium maritimum, Euphorbia paralias, Euphorbia portlandica, Festuca juncifolia, *Galium arenarium, *Galium neglectum, Helichrysum stoechas, Herniaria ciliolata, Honckenia peploides, Koeleria albescens, *Linaria arenaria, *Linaria thymifolia, Matthiola sinuata, *Medicago marina, *Omphalodes littoralis, Ononis repens var.maritima, *Pancratium maritimum, Phleum arenarium, Senecio vulgaris fo.littoralis, *Silene vulgaris ssp. thorei, Viola kitaibeliana
[plante1] Aira praecox, Arenaria leptoclados, *Asterolinon linum-stellatum, Bupleurum baldense, *Carex liparocarpos, Cerastium diffusum, Cerastium semidecandrum, Desmazeria marina, Erodium cicutarium ssp.dunense, Lagurus ovatus, Leontodon taraxacoides, Mibora minima, Sedum acre, Stellaria pallida, Tuberaria guttata, Vulpia fasciculata, V.membranacea, *V.ciliata ssp ambigua
[briophytes] Rhynchostegium megapolitanum, Tortella flavovirens, Tortula ruraliformis
[lichens] Cladonia ciliata, Cladonia chlorophaea, Cladonia fimbriata, Cladonia foliacea subsp convoluta, Cladonia foliacea subsp foliacea, Cladonia furcata, Cladonia mediterranea, Cladonia portentosa, Cladonia rangiformis, Cladonia squamosa, Collema tenax, Leptogium corniculatum, Leptogium gelatinosum, Leptogium lichenoides, Peltigera canina, Peltigera rufescens
[champignons] Agaricus devoniensis, A. menieri, Geopora arenosa, Gyrophragmium dunalii, Gyroporus ammophilus, Inocybe psammophila, L. littoralis, Leucoagaricus idae-fragum, Morchella spongiola dunensis, Omphalina barbularum, Psathyrella ammophila, Stropharia halophila
[amphibiens] Pelobates cultripes
[reptiles] Lacerta lepida
[oiseaux] Anthus campestris, Charadrius alexandrinus
[coleopteres] Ammophila hirsuta, Ammophila sabulosa, Harpalus melancholicus, Pelor inflatus, Phylan gibbus, Polyphylla fulo, Tentyria curculionides, Xanthomus pallidus
[arachnides] Arctosa perita
[mollusques] Cochlicella acuta, Cochlicella barbara, Theba pisana
[orthopteres] Calephorus compressicornis, Dociostaurus jagoi, Platycleis affini, Sphingonotus caerulescens

Valeur biologique

L’ensemble de ces habitats possède un intérêt patrimonial majeur lié à la présence de nombreuses espèces végétales protégées au niveau national et régional, ou inscrites au Livre Rouge de la Flore Menacée de France : Œillet de France Dianthus gallicus, Cynoglosse des dunes Omphalodes littoralis (inscrit à l’Annexe II de la Directive Habitats), Lis des sables Pancratium maritimum, Linaire à feuilles de thym Linaria thymifolia, parmi d’autres.

Menaces

La surfréquentation estivale avec ses corollaires – piétinement de la dune, prélèvements et rudéralisation du milieu – constitue sans doute actuellement la principale menace ; il faut y ajouter la pratique de sports mécaniques (moto verte, quad, 4×4 …), celle du VTT ou des randonnées pédestre ou équestre, toutes en plein développement et dont la première au moins se déroule en totale infraction avec la loi. Des aménagements lourds : infrastructures routières, parkings, urbanisation peuvent être responsables de la disparition définitive du milieu.

Statut régional

Cet habitat strictement limité au littoral de la Charente Maritime a été intégré dans sa majorité aux inventaires ZNIEFF et Natura 2000.

Sites remarquables ou représentatifs

17 : baie de Bonne Anse, dunes de la forêt de la Coubre, côtes ouest et est de l’île d’Oléron, côte ouest de l’île de Ré

 

Végétation annuelle des laisses de mer

Rédacteur : Guy Chezeau

Physionomie – écologie

Il s’agit d’habitats linéaires, ponctuels et discontinus, situés en haut de plage sur substrat de sables ou de galets et sur la partie sommitale de l’estran sur substrat vaseux. D’une manière générale ils se situent immédiatement au-dessus des HMVE (hautes mers de vive eau). Ils apparaissent de plus en plus fréquemment sous l’aspect de structures fragmentaires et en régression, ce qu’il faut mettre en relation avec un recul quasi général du trait de côte en même temps qu’à des interventions humaines.
Le dépôt des laisses de mer riches en matière organiques azotées détermine l’existence d’une végétation halonitrophile. L’existence de ces habitats est donc liée à des conditions stationnelles que l’on rencontre sur la plus grande partie du linéaire côtier ; la nature du substrat permet par contre de caractériser deux grands types d’habitats élémentaires :

  • les laisses de mer sur substrat sableux à vaseux : la végétation est constituée d’annuelles et de bisannuelles halonitrophiles. Il s’agit de thérophytes au comportement pionnier assurant un recouvrement limité du substrat (inférieur à 20%) dont le développement optimal est atteint en été pour disparaître en hiver. Plusieurs espèces sont crassulescentes (Roquette de mer, soudes…).
    On observe une variabilité d’ordre écologique ; sur sable, les espèces dominantes sont le Cakilier maritime Cakile maritima, l’Arroche des sables Atriplex laciniata, la Bette maritime Beta maritima alors que sur les milieux vaseux dominent avec la Bette maritime, l’Arroche hastée Atriplex hastata et les soudes Salsola kali, Salsola soda, Suaeda maritima.
    Les algues en décomposition maintiennent une humidité permanente abritant une masse de crustacés amphipodes du genre Talitrus. Ces puces de mer en se nourrissant des algues en décomposition assurent le recyclage de la matière organique. Les talitres, sauteurs, très actifs la nuit, fuient la marée montante et accompagnent la laisse de mer. D’autres Amphipodes, un cloporte Tylos europaeus, la Forficule des sables Labidura riparia, accompagnent les talitres. À noter également la présence de larves de Diptères (Cercyon littoralis, Fucellia maritima, Fucellia tergina dont les adultes (mouches) sont souvent le prétexte de demandes d’intervention de la part des vacanciers pour l’enlèvement des laisses.
  • les laisses de mer sur cordon de galets : la végétation basse herbacée à faible recouvrement est constituée de thérophytes au comportement pionnier ; parmi les espèces dominantes, on note l’Arroche hastée et la Bette maritime. Ici encore la faune associée est constituée essentiellement de Crustacés détritivores. Ces organismes sont largement exploités à marée haute par de nombreuses espèces d’oiseaux (chevaliers, bécasseaux…).

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004
Cakiletea maritimae Tüxen & Preising ex Br.-Bl. & Tüxen 1952
Cakiletalia integrifolia Tüxen ex Oberdorfer 1950 corr. Rivas-Martinez,Costa & Loidi 1992 : communautés européo-atlantiques
Atriplicion littoralis Nordhagen 1940
BETO MARITIMAE-ATRIPLICETUM LITTORALIS
ATRIPLICI HASTATAE-BETETUM MARITIMAE
Atriplici laciniatae-Salsolion kali Nordhagen 1940
BETO MARITIMAE-ATRIPLICETUM LACINIATAE

Euphorbietalia peplis Tûxen 1950 : communautés méditerranéennes et thermo-atlantiques
Euphorbion peplis Tüxen 1950
MATRICARIO MARITIMAE-EUPHORBIETUM PEPLIS

COR 1991
15.36 Laisses de mer des prés salés atlantiques
16.12 Groupements annuels des plages de sable
17.2 Plages de galets avec végétation sur laisses de mer

Directive Habitats 1992
1210 Végétation annuelle des laisses de mer

  • CH Laisses de mer sur substrat sableux à vaseux des côtes Manche-Atlantique et mer du Nord
  • CH Laisses de mer sur cordons de galets et de graviers des côtes Manche-Atlantique et mer du Nord

Confusions possibles

Ces habitats pionniers temporaires ne peuvent prêter à confusion avec aucun autre habitat sauf contacts supérieurs avec la dune embryonnaire. Dans ces cas, le Chiendent à feuilles de jonc devient l’espèce dominante, le micro-relief est plus marqué et l’habitat persiste même durant la mauvaise saison (habitat structuré par des hémicryptophytes vivaces et non des thérophytes).

Dynamique

Il s’agit d’un habitat éphémère présent de la fin du printemps jusqu’au début de l’hiver. La mobilité du substrat le prive de toute dynamique interne propre. Dans les secteurs de côte sableuse en accrétion, il précède et prépare l’apparition du cordon dunaire embryonnaire à Chiendent à feuilles de jonc. En hauts de prés salés, il peut être colonisé par la prairie glauque à Chiendent piquant.

Espèces indicatrices

[plante2] Atriplex hastata, Atriplex laciniata, Atriplex littoralis, Cakile maritima, Beta maritima, *Euphorbia peplis, Glaucium flavum, Honckenya peploides, Salsola soda, Salsola kali, Suaeda maritima
[plante1] Elymus farctus, Elytrigia atherica, Matricaria inodora ssp.maritima
[oiseaux] Anthus petrosus, Arenaria interpres, Calidris alba, Charadrius hiaticula
[coleopteres] Callicnemis latreilli, Eugrapha trisygnata, Eurynebria complanata, Labidura riparia, Phaleria cadaverina, Psylliodes marcida
[lepidopteres] Agrotis ripae
[crustaces] Talitrus saltator, Tylos europaeus, Tylos latreilli

Valeur biologique

Ces habitats, zones de transition entre milieu aquatique et milieu terrestre, zone de recyclage du matériel organique en épaves, zone de gagnage pour de nombreux oiseaux du littoral, participent à l’équilibre dynamique des littoraux sédimentaires.
Une espèce végétale, considérée comme disparue de la quasi-totalité du littoral atlantique, alors qu’elle était donnée comme commune encore au début du XXéme siècle, vient d’être redécouverte sur le littoral de Charente-Maritime (Euphorbia peplis). Cette euphorbe est protégée au niveau national. Le perce-oreille (Labidura riparia) est en très forte régression sur l’ensemble du littoral. Les autres espèces végétales et animales ne présentent pas de caractère de rareté.
La forte productivité du milieu en fait une zone de nourrissage pour de nombreux oiseaux : Gravelots (Charadrius hiaticula, C. alexandrinus), Bécasseau variable (Calidris alpina), Pipit maritime (Anthus petrosus), Tournepierre à collier (Arenaria interpres)
Les transferts d’énergie de ces types d’habitats « d’interface » mériteraient des évaluations scientifiques approfondies.

Menaces

Ces hauts de plage sont fortement affectés par les rejets anthropiques et les dépôts de toutes natures : déchets des navires et des plaisanciers, hydrocarbures, matériel ostréicole ou mytilicole abandonné, engins de pêche…. l’ensemble étant désigné sous le terme de « macrodéchets ». Cette zone fait l’objet de nettoyages mécaniques totalement destructeurs pour les habitats, la cribleuse étant incapable de faire la part entre laisse de mer et macrodéchets. Le ramassage manuel est parfois réalisé par des brigades départementales qu’il serait nécessaire de former.
Ces habitats sont particulièrement sensibles aux marées noires.

Statut régional

Habitat strictement limité au littoral de la Charente Maritime où il est assez répandu mais partout ponctuel et en régression. Sa valeur patrimoniale est élevée.

Sites remarquables

17 : côtes abritées (est) des îles de Ré et d’Oléron ; anse des Boucholeurs, anse de Fouras