Aulnaies et Bétulaies marécageuses

Rédacteur : Jean Terrisse

Physionomie – écologie

Les aulnaies marécageuses occupent typiquement des zones dont le sol est engorgé en permanence par l’affleurement d’une nappe aquifère descendant rarement à moins de 10cm de la surface ou par des crues régulières : vallons calcaires – avec ruisselets alimentés par des sources – adjacents à un grand corridor fluvial (moyenne vallée de la Charente), bordure de plans d’eau naturels, petits vallons boisés insérés dans une matrice forestière plus large (Double charentaise, sites en Deux-Sèvres), plus rarement suintements sur versants. La faiblesse des pentes ralentit en général l’écoulement de la nappe qui stagne longuement, nuisant à l’oxygénation et réduisant l’activité microbiologique et la disponibilité en matières nutritives.

L’Aulne glutineux est l’essence dominante, voire exclusive, de ces milieux : arbre héliophile de tendance pionnière, à fécondation et dispersion anémophile et faible longévité (moins de 100 ans), l’aulne possède au niveau de ses racines superficielles des nodosités où vivent des colonies d’une bactérie – Actinomyces alni – capables de fixer l’azote atmosphérique et de suppléer au déficit en substances nutritives du milieu ambiant. La strate arbustive comprend surtout des saules – Saule roux Salix atrocinerea -, parfois du Piment royal Myrica gale dans les variantes acidophiles ; la strate herbacée est très variée selon le type d’aulnaie. La variabilité des aulnaies régionale s’ordonne autour de 2 grands pôles à déterminisme trophique :

  • l’aulnaie oligotrophe acidophile (CARICI LAEVIGATAE-ALNETUM, OSMUNDO-ALNETUM aquitain ?) : c’est le type le mieux caractérisé sur les plans stationnel et floristique ; elle occupe typiquement les fonds de vallons et les abords de ruisselets drainant un impluvium de terrains argilo-siliceux (doucins, sols sableux noirs ou gris des dépôts tertiaires de la Double charentaise, sols sur granite de la bordure cristalline de la Vienne et de la Charente, Gâtine et bocage en Deux-Sèvres) où elle prend souvent la forme d’une galerie ; la flore est marquée par la diversité et l’abondance des Fougères (dont certains quasiment exclusives de cet habitat) : Osmonde royale Osmunda regalis, divers Dryopteris, le Blechnum piquant Blechnum spicant et, souvent, la Fougère femelle Athyrium filix-femina ; la strate bryophytique est marquée par l’abondance des sphaignes qui forment parfois un tapis subcontinu excluant pratiquement toutes autres espèces, hormis l’Ecuelle d’eau Hydrocotyle vulgaris ou divers Carex, dont surtout la Laîche lisse Carex laevigata ;
  • l’aulnaie méso-eutrophe : c’est physionomiquement une aulnaie à Carex ; elle occupe les vallons dont le sol est imprégné d’une eau riche en calcaire sur des alluvions neutro-alcalines ou des tourbes basiques ; l’Aulne, largement dominant, est parfois accompagné du Frêne et, dans certaines vallées, du Peuplier blanc Populus alba ou du Peuplier grisard Populus canescens ; la strate herbacée est caractérisée par quelques hautes herbes empruntées aux cortèges des mégaphorbiaies – Eupatoire chanvrine, Grande Lysimaque – et, surtout, des magnocariçaies – Carex acutiformis, C.paniculata – ; une fougère – le Polystic des marais Thelypteris palustris – est très caractéristique de ce type d’aulnaie.

La bétulaie pubescente occupe quant à elle des sites très engorgés et acides au bord d’étangs oligotrophes ou le long de vallons de la Double boisée : une strate arborée clairsemée de Bouleau pubescent domine généralement une végétation de bas-marais acide où les sphaignes manquent rarement.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

  • ALNETEA GLUTINOSAE Br.-Bl. & Tüxen 1946
    • Alnion glutinosae Malcuit 1929 : aulnaies méso-eutrophes
    • Sphagno-Alnion glutinosae Passarge & Hoffmann 1968 : aulnaies oligotrophes acidiphiles

COR 1991

  • 44.91 Aulnaies marécageuses
    • 44.911 Bois d’aulnes marécageux méso-eutrophes
    • 44.912 Bois d’aulnes marécageux oligotrophes

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

Nc.

Confusions possibles

Si l’identification de l’aulnaie oligotrophe ne pose guère de problème (présence de sphaignes, diversité des fougères, nature du substrat), il n’en va pas de même pour l’aulnaie méso-eutrophe. Celle-ci partage en effet avec certaines variantes de l’aulnaie-frênaie des rivières lentes de nombreuses espèces en commun : abondance des grands Carex et des grandes dicotylédones de mégaphorbiaies, sur un sol plus ou moins riche en matières organiques (hydromull, anmoor) ; la rareté des hygro-nitrophytes – Rubus caesius, Rumex sanguineus, Urtica dioica – et la nette subordination du frêne à l’aulne constituent de bons indicateurs pour séparer les 2 types d’habitat.

Quant à la bétulaie pubescente, son écologie est si proche de l’aulnaie acidophile à sphaignes qu’il est probable qu’elle n’en est, dans notre région centre-atlantique, qu’une simple variante (phase pionnière ?), bien distincte des véritables bétulaies pubescentes tourbeuses nord-européennes, aux affinités nettement plus boréales et qui relèvent d’une classe de végétation bien différente (les VACCINIO-PICEETEA ABIETIS).

Dynamique

Pour s’implanter dans un milieu neuf, l’aulne a besoin d’un ressuyage minimum du sol en été où ses samares minuscules entourées d’une aile circulaire pourront germer après avoir été véhiculées par le vent. Lorsque l’hydromorphie est trop marquée et que la nappe ne connaît aucun battement, la dynamique peut rester bloquée au stade saulaie. Malgré sa faible longévité (moins d’un siècle en principe), sa capacité à rejeter de souche lui permet de perdurer longtemps dans le biotope qui lui a été un jour favorable. Mais en l’absence de facteurs de rajeunissement du milieu (crue, coupe) ou à la suite d’un abaissement durable de la nappe, il peut être rapidement supplanté par des essences dont les semis tolèrent l’ombrage et qui possèdent un fort pouvoir concurrentiel, au premier rang desquels le Frêne.

Espèces indicatrices

[plante2] Alnus glutinosa, *Betula pubescens, Blechnum spicant, *Carex echinata, Carex laevigata, Carex paniculata, Dryopteris affinis, Dryopteris carthusiana, Dryopteris dilatata, Frangula alnus, Hydrocotyle vulgaris, *Osmunda regalis, *Thelypteris palustris
[plante1] *Aconitum napellus, Agrostis canina, Athyrium filix-femina, Caltha palustris, Carex acutiformis, Eupatorium cannabinum, Galium palustre, Hypericum helodes, Iris pseudacorus, Lycopus europaeus, Lysimachia vulgaris, Mentha aquatica, Molinia caerulea, *Myrica gale, Populus alba, P.canescens, Potentilla erecta, Ranunculus flammula, Salix atrocinerea, Solanum dulcamara, *Viola palustris
[champignons] Mitrula paludosa
[briophytes] – acidophiles : Aulacomnium palustre, Polytrichum commune, Sphagnum capillifolium, Sphagnum palustre, Sphagnum subnitens

mésoeutrophes : Amblystegium riparium, Climacium dendroides, Eurhynchium speciosum, Marchantia polymorpha, Pellia endiviifolia, Plagiomnium undulatum

[orthopteres] Conocephalus discolor, Pholidoptera griseoaptera, Ruspolia nitidula, Tetrix subulata

Valeur biologique

Les aulnaies marécageuses ne sont pas, curieusement, concernées par l’Annexe I de la Directive 92/43/CEE dite « Directive Habitats ». Au niveau régional, il s’agit pourtant d’un type d’habitat rare, lié à des conditions stationnelles très spécifiques et qui couvrant en général des surfaces restreintes. Sur le plan botanique, l’habitat présente un intérêt floristique moyen qui tient surtout à la présence de fougères rares : le Polystic des marais, inscrit sur la Liste Rouge de la Flore menacée du Poitou-Charentes y possède ses plus belles stations, avec des populations riches de plusieurs milliers de pieds (vallée du Bruant, en 17, par ex.) ; il y est accompagné parfois du Dryoptéris des chartreux Dryopteris carthusiana et, surtout, du Dryopteris dilaté Dryopteris dilatata, plus rare. Mais c’est surtout au niveau de l’aulnaie oligotrophe que la diversité en fougères est la plus remarquable, certains vallons de la Double saintongeaise abritant jusqu’à 10 espèces différentes : c’est là que la magnifique Osmonde royale Osmunda regalis a son optimum, accompagnée parfois, en plus des 2 Dryoptéris précités, du Dryopteris affin Dryopteris affinis et du Blechnum piquant Blechnum spicant. La Laîche lisse Carex laevigata, peu commune, est également inféodée assez étroitement à ce type d’habitat.

Menaces

Les aulnaies marécageuses constituent des habitats fragiles en raison de leur étroite dépendance à un niveau de nappe élevé ; le drainage du sol en vue de la production de peupliers est une menace qui tend toutefois à s’estomper, les surfaces les plus favorables ayant déjà été converties au cours des 3 précédentes décennies.

L’augmentation du niveau trophique par enrichissement des eaux de la nappe circulante constitue un processus moins spectaculaire mais plus insidieux : il tend à banaliser la flore en sélectionnant les taxons les plus « gourmands » au détriment des espèces plus frugales mais moins concurrentielles. Couplé à un abaissement significatif de la nappe, qui lui-même stimule la minéralisation de la matière organique, il favorise alors le développement d’une strate herbacée « exubérante » où les nitrophytes – Grande ortie, Grande consoude, Ronce bleuâtre – tendent à supplanter les espèces mésotrophiques d’origine (fougères, notamment).

Statut régional

L’habitat est très disséminé dans l’ensemble de la région, avec une distribution distincte selon les faciès.

16 : vallées de la Charreau, de la Boême, forêt de la Rochebeaucourt ; Double charentaise.

17 : vallons calcaires affluents de la Charente (Bruant, Rochefollet, Seugne) ; vallons boisés de la Double saintongeaise.

79 : forêts de Secondigny, de l’Absie, de l’Hermitain, bois de l’Abbesse, vallées de l’Autize, de la Vonne

86 : vallée du Clain, massif de Sérigny, étang de l’Hermitage (Lussac-les-Châteaux)

 

Frênaie mixte humide

Rédacteur : Jean Terrisse

Physionomie – écologie

Il s’agit d’une forêt alluviale de bois durs occupant le fond de lits majeurs larges et subissant des crues régulières en fin d’hiver et au printemps, plus ou moins longues et plus ou moins importantes (quelques centimètres à plus d’1 mètre). Les sols sont des sols alluviaux peu évolués, limoneux ou limono-argileux où une nappe battante plus ou moins profonde détermine la présence d’un horizon réduit (gley).

Dans son centre de répartition médio-européen (Danube, Rhin, Rhône), l’habitat est caractérisé, dans ses stades matures, par une diversité dendrologique exceptionnelle (une cinquantaine d’espèces sur 8 strates) et a souvent été comparé à certaines forêts tropicales ou aux forêts tempérées chaudes du Pléistocène. Dans les systèmes alluviaux océaniques plus ou moins altérés (Seine, Loire, Adour, Garonne), la diversité dendrologique est beaucoup moins forte ; c’est le cas en Poitou-Charentes, où les quelques occurrences avérées de l’habitat le long de la Charente se présentent comme une frênaie physionomique dominée par le Frêne oxyphylle Fraxinus angustifolia et/ou de populations hybrides de cette espèce avec le Frêne commun (Fraxinus excelsior) dont certains individus peuvent atteindre 30 mètres de hauteur : très voisin du Frêne commun, mais de tempérament plus thermophile, le Frêne oxyphylle s’en distingue par ses bourgeons brun rouille (et non noirs), son feuillage plus léger à folioles plus étroites et ses samares à graine occupant plus de la moitié de leur longueur ; la région Poitou-Charentes se trouvant dans la zone de contact entre les aires de répartition des 2 espèces, des populations hybrides présentant des caractères intermédiaires sont présentes un peu partout, notamment en Charente-Maritime.

Par rapport aux forêts médio-européennes, la strate arborescente est dépourvue de l’Orme diffus Ulmus laevis, du Charme Carpinus betulus, de l’Orme de montagne Ulmus glabra, du Tilleul à petites feuilles Tilia cordata, et même le Chêne pédonculé reste rare. La strate arbustive est occupée par un manteau peu dense à Nerprun purgatif Rhamnus catharticus et Viorne obier Viburnum opulus dans les stations à hydromorphie moyenne ; en situation plus mésophile, le cortège est plus diversifié et comprend plusieurs arbustes à large amplitude écologique (non typiquement alluviaux) comme l’Aubépine monogyne Crataegus monogyna, l’Orme champêtre Ulmus minor, le Troëne Ligustrum vulgare, le Noisetier Corylus avellana. Dans ce faciès plus sec, le Lierre est constant et parfois abondant. Dans les stations fortement enrichies en nitrates (interface frênaie-cultures de maïs), un manteau franchement nitrophile à Houblon Humulus lupulus et Sureau noir Sambucus nigra remplace les 2 précédents. Au niveau de la strate herbacée, la Ronce bleuâtre Rubus caesius, la Grande ortie Urtica dioica, l’Oseille sanguine Rumex sanguineus, le Gaillet des marais Galium palustre, l’Angélique sylvestre Angelica sylvestris sont constantes ou, du moins, fréquentes. L’abondance des espèces de mégaphorbiaies et de roselières semble être par ailleurs un trait caractéristique local de l’habitat par rapport à d’autres régions de France – 25 espèces pour 14 relevés effectués en basse vallée de la Seugne, contre 7 seulement dans la frênaie-ormaie du Val de Saône (ULMO MINORIS-FRAXINETUM ANGUSTIFOLIAE) – alors qu’à l’inverse les mésophytes forestières sont beaucoup plus rares.

Une variante particulière de l’habitat peut être observée en dehors des corridors fluviaux sensu stricto : il s’agit des frênaies oxyphylles présentes en périphérie des marais arrière-littoraux charentais (et en fond du Marais Poitevin ?) et dont le cortège tant ligneux qu’herbacé s’apparente tout à fait à celui de la moyenne vallée de la Charente. Dans cette optique, les dépôts alluviaux fossiles d’origine fluvio-marine (bri) de ces marais correspondraient à une sorte de « lit majeur » très large en bordure duquel ces boisements se seraient installés.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

  • QUERCO-FAGETEA Br.-Bl. & Viegler 1937 : forêts tempérées caducifoliées
    • Alno glutinosae-Ulmenalia minoris Rameau 1981 : communautés riveraines non marécageuses d’Europe tempérée
      • Ulmenion minoris Oberdorfer 1953 : communautés du bord des grands fleuves

COR 1991

  • 44.4 Forêts mixtes de chênes, d’ormes et de frênes des grands fleuves
    • 44.42 Forêts fluviales médio-européennes résiduelles

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

  • 91F0-3 Chênaies-ormaies à Frêne oxyphylle

Confusions possibles

Le meilleur critère de reconnaissance de l’habitat serait d’ordre fonctionnel : l’habitat ne se rencontrerait qu’en bordure des fleuves exposés à des crues régulières et suffisamment importantes, la largeur du lit majeur constituant alors un bon indice.

Les critères floristiques, en revanche, paraissent beaucoup plus problématiques : la séparation de la véritable frênaie oxyphylle du 44.4 des faciès à frênes (les 2 espèces en mélange et leurs hybrides !) de l’aulnaie-frênaie non marécageuse du 44.3, peut s’avérer très délicate dans certains secteurs, comme, notamment, la basse vallée de la Seugne en Charente-Maritime ou de l’Antenne en Charente, où l’influence des grandes crues de la Charente se fait encore sentir et peut générer un fonctionnement complexe.

Dynamique

La frênaie oxyphylle des rives de Charente est visiblement une forêt post-pionnière occupant les espaces pâturés laissés vacants par l’abandon durant la 2ème moitié du XXème siècle des pratiques agro-pastorales sur de vastes zones aux conditions difficiles (accès, durée des crues). Ce caractère récent expliquerait en partie la pauvreté du cortège dendrologique de l’habitat comparativement à celui du Rhin ou du Rhône, ou même de la Loire. Il s’agirait alors d’un stade transitoire ayant conservé beaucoup d’espèces relictuelles des stades antérieurs – prairies humides en déprise, mégaphorbiaies, roselières sèches -, la maturation forestière s’effectuant peu à peu avec l’implantation du chêne et de diverses autres essences (orme, tilleul).

Espèces indicatrices

[plante2] Carex remota, Fraxinus excelsior, Fraxinus angustifolia (et leurs hybrides), Populus alba, Rhamnus catharticus, Rubus caesius, Rumex sanguineus, Ulmus minor, Viburnum opulus
[plante1] Acer campestre, Alliaria petiolata, Alnus glutinosa, Angelica sylvestris, Arum italicum, Brachypodium sylvaticum, Calystegia sepium, Cardamine pratensis, Cornus sanguinea, Crataegus laevigata, Crataegus monogyna, Galium mollugo, Galium palustre, Hedera helix, Iris foetidissima, Ligustrum vulgare, Lysimachia nummularia, Ornithogalum pyrenaicum, Quercus robur, Salix atrocinerea, Urtica dioica
[briophytes] Atrichum undulatum, Eurhynchium hians, Eurhynchium stokesii, Eurhynchium striatum, Plagiomnium undulatum, Thamnobryum alopecurum
[mammiferes] Lutra lutra, Mustela lutreola
[oiseaux] Alcedo atthis, Ardea cinerea, Ardea purpurea, Ardeola ralloides, Egretta garzetta, Falco subbuteo, Milvus migrans, Nycticorax nycticorax, Platalea leucorodia
[coleopteres] Rosalia alpina
[orthopteres] Nemobius sylvestris, Pholidoptera griseoaptera, Tettigonia viridissima
[champignons] Daldinia concentrica, Hysterographium fraxini, Morchella costata, Morchella esculenta, Perenniporia fraxinea

Valeur biologique

L’habitat est considéré comme menacé en Europe et figure à l’Annexe I de la Directive 92/43/CEE dite « Directive Habitats ». Sur le plan botanique, la frênaie humide ne présente pas d’intérêt particulier. Certaines frênaies arrière-littorales de Charente-Maritime accueillent des colonies nicheuses mixtes d’Ardéidés sociaux – Héron cendré, Héron pourpré, Aigrette garzette, Héron gardeboeufs, Héron bihoreau, Crabier chevelu, Spatule blanche – dont les effectifs sont d’importance nationale. Dans ces mêmes secteurs, les frênaies constituent des lieux privilégiés de refuge pour certains des mammifères les plus rares de France comme la Loutre ou le Vison d’Europe.

Comme dans le cas de l’aulnaie-frênaie non marécageuse, la présence d’arbres sénescents ou morts, ou encore traditionnellement taillés en têtard et riches alors en cavités naturelles, permet la présence d’une riche communauté d’insectes sapro-xylophages, au premier rang desquels la Rosalie des Alpes.

Menaces

L’habitat est exposé aux principales altérations qui concernent le lit majeur des rivières : artificialisation du cours d’eau par la construction de barrages et de retenues, ou les pompages agricoles, qui peuvent modifier le débit et influer sur le régime des crues ; déforestation pour la mise en culture ou la plantation de peupliers ; creusement de carrières pour l’exploitation de matériaux…

Statut régional

Actuellement, l’habitat est surtout connu des rives de la moyenne vallée de la Charente. Sa présence en Vienne et en Deux-Sèvres demanderait confirmation.

16 : moyenne vallée de la Charente en amont d’Angoulême (depuis Ruffec) et en aval (jusqu’à Cognac)

17 : moyenne vallée de la Charente (de Cognac à Saintes), basses vallées de la Seugne et de la Boutonne, marais arrière-littoraux (Rochefort, Brouage)

79 : Marais Poitevin ? (Venise verte)

86 : basse vallée de la Vienne (en aval de Poitiers) ?

 

Aulnaie-Frênaie alluviale non marécageuse

Rédacteur : Jean Terrisse

Physionomie – écologie

Cet habitat représente les différents faciès de forêt alluviale à bois durs ; il se localise dans le lit majeur des plaines alluviales, tantôt au contact immédiat du lit mineur du cours d’au, tantôt en arrière d’une frange de ripisylve occupée par une forêt à bois tendre. Les sols y sont inondés périodiquement, soit par des crues hiverno-printanières de régime océanique, soit par des remontées de la nappe phréatique ; dans tous les cas, cependant, le rabattement plus ou moins important de la nappe en période estivale permet le développement au dessus de l’horizon réduit du gley, d’une couche suffisamment aérée qui favorise une forte activité biologique et une bonne nitrification (hydromull). En Poitou-Charentes, 2 essences se partagent la canopée de l’habitat :

  • l’Aulne glutineux Alnus glutinosa : espèce héliophile et pionnière, ne dépassant pas 20-25m et 60-100 ans, pollinisée et dispersée par le vent ;
  • le Frêne élevé Fraxinus excelsior : essence atteignant 150-200 ans et 30m de hauteur, également anémogame, mais tolérant bien l’ombrage ce qui permet à ses semences de germer et de prospérer même sous un couvert boisé déjà en place ; ce caractère post-pionnier et nomade lui permet de succéder à l’aulne dans les cycles naturels de maturation sylvigénétique ; le Frêne oxyphylle Fraxinus angustifolia : espèce voisine mais de répartition plus méridionale, se mêle parfois au Frêne élevé (surtout en Charente-Maritime) et forme des populations hybrides d’identification délicate.

Hormis ces 3 espèces, l’Orme champêtre, l’Erable champêtre et, par pieds dispersés, le Chêne pédonculé, sont les autres essences structurant l’habitat. La strate arbustive est souvent très diversifiée mais présente peu de véritables caractéristiques – sauf la Viorne obier Viburnum opulus ou le Nerprun purgatif Rhamnus catharticus. La strate herbacée varie beaucoup selon les sous-types (voir ci-dessous).

Dans la région 3 sous-types de l’habitat sont observables :

  • l’aulnaie-(frênaie) des bords de petits ruisseaux (CARICI REMOTAE-ALNETUM GLUTINOSAE) : il s’agit en général de galeries étroites frangeant des ruisseaux collinéens à courant faible à marqué ; l’aulne est généralement dominant (sauf sur les banquettes supérieures), souvent exclusif. Le Noisetier, le Groseillier rouge, la Viorne obier sont les arbustes les plus typiques. Dans la strate herbacée, la Grande laîche Carex pendula et, à un moindre degré, la Laîche espacée C.remota, sont constantes et, parfois, très recouvrantes ; elles sont accompagnées par tout un cortège d’espèces à tendance nitrophile – Urtica dioica, Rubus caesius, Glechoma hederacea – favorisées par la litière améliorante de l’aulne, auxquelles se joignent diverses mésophytes forestières (Lierre, Lamier jaune, Ail des ours..) ; on peut distinguer une variante calcifuge à Impatiens noli-tangere et Chrsysosplenium oppositifolium des terrains primaires sur la bordure orientale de 86, 16 et du nord de 79, et une variante neutro-calcicole avec, souvent, la Mercuriale vivace Mercurialis perennis sur terrains sédimentaires ;
  • (l’aulnaie)-frênaie-ormaie des bords de rivières à courant lent (var. centre-atlantique de l’AEGOPODIO PODAGRARIAE-FRAXINETUM EXCELSIORIS) : les 2 frênes et leur hybrides y sont dominants sur l’aulne, l’Orme champêtre est constant mais peu abondant et le Chêne pédonculé sporadique ; parmi les arbustes, l’Aubépine monogyne, le Cornouiller sanguin, le Nerprun purgatif sont fréquents. Quant à la strate herbacée, elle est constituée par un mélange original de nitrophytes – Rubus caesius, Urtica dioica, Galium aparine – et d’espèces de roselières ou de mégaphorbiaies telles que la Reine des prés Filipendula ulmaria, l’Angélique sauvage Angelica sylvestris ou le Grand Liseron Calystegia sepium ;
  • l’aulnaie à hautes herbes (FILIPENDULO ULMARIAE-ALNETUM GLUTINOSAE) : contrairement au type précédent où la nappe est circulante, les sols de ce sous-type présentent un engorgement marqué résultant souvent d’une position topographique particulière : cuvette au sein d’un vallon où le drainage se fait difficilement, dépression marginale d’un lit majeur en arrière du bourrelet alluvionnaire etc. L’aulne y est en général dominant sur le frêne et, dans la strate herbacée, les grands Carex eutrophiques – Carex acutiformis et Carex riparia – accompagnent en masse Carex remota (C.pendula est en général absent ou très rare) ; les espèces de roselières et de mégaphorbiaies indiquant un niveau de nappe plus élevé sont plus abondantes/recouvrantes que dans le sous-type précédent : Alpiste faux-roseau Phalaris arundinacea, Grande scutellaire Scutellaria galericulata, Grande salicaire Lythrum salicaria..

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

  • QUERCO-FAGETEA Br.-Bl. & Viegler 1937 : forêts tempérées caducifoliées
    • Populetalia albae Br.-Bl. 1948 : communautés riveraines non marécageuses
      • Alnenion glutinoso-incanae Oberdorfer 1953 : communautés des bords de ruisseaux et torrents, jusqu’à ceux des rivières à eaux lentes

COR 1991

  • 44.3 Forêts de frênes et d’aulnes médio-européens
    • 44.31 Aulnaie-frênaies des ruisselets et des sources
    • (44.32 Aulnaies-frênaies des rivières à débit rapide ?)
    • 44.33 Aulnaies-frênaies des rivières à eaux lentes

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

  • 91E0 – 8 Aulnaies-frênaies à Laîche espacée des petits ruisseaux
  • 91E0 – 9 Frênaies-ormaies atlantiques à Aegopode des rivières à cours lent
  • 91E0 – 11 Aulnaie à hautes herbes

Confusions possibles

Un croisement entre l’essence dominante et le type de cours d’eau (ruisseau, rivière) permettrait en principe de reconnaître les 3 sous-types de l’habitat distingués ci-dessus. En pratique, cependant, l’existence de banquettes alluviales plus ou moins différenciées complique l’interprétation : il existe ainsi un faciès à frêne de l’aulnaie-galerie des bords de ruisseaux, sur banquette surélevée, à ne pas confondre avec la frênaie-ormaie des rivières lentes. L’examen de la totalité du cortège floristique peut être alors d’un grand secours. Mais le problème principal vient plutôt de la différenciation entre l’aulnaie à hautes herbes et l’aulnaie marécageuse méso-eutrophe, des formes de transition insensibles existant entre les 2 en fonction de la durée de la stagnation de la nappe : la dominance absolue de l’aulne et la présence d’espèces indicatrices telles que Carex paniculata et diverses fougères dont, surtout, Thelypteris palustris, inclinent à reconnaître la seconde, alors que la première sera plutôt caractérisée par la coexistence de l’aulne et du frêne, l’absence des fougères et la présence de Carex différents (C.remota, notamment).

Dynamique

Les forêts alluviales du 44.3 peuvent dériver de mégaphorbiaies (elles-mêmes issues d’une coupe de la forêt d’origine), après un stade intermédiaire de fruticée plus ou moins hygrophile à Saule roux, Viorne obier…. Tant que la dynamique du cours d’eau (périodicité des crues, vitesse du courant, battement de la nappe) n’est pas substantiellement modifiée, ces forêt subissent une lente maturation où les essences pionnières sont progressivement remplacées par des essences post-pionnières (frênes, orme champêtre, chêne pédonculé). Dans le cas de petites vallées où le cordon alluvial est inséré dans une matrice boisée plus large englobant des boisements de versants, la maturation peut se faire plus rapidement, par colonisation latérale à partir des semenciers présents (chênes, Charme, érables, Orme etc.).

Espèces indicatrices

[plante2] *Aegopodium podagraria, Alnus glutinosa, *Anemone ranunculoides, Carex pendula, Carex remota, *Carex strigosa, *Cuscuta europaea, *Equisetum hyemale, Fraxinus angustifolia, Fraxinus excelsior, *Hesperis matronalis, Humulus lupulus, Lathraea clandestina, *Paris quadrifolia, *Petasites hybridus, *Prunus padus, Ribes rubrum, Rubus caesius, Rumex sanguineus, Viburnum opulus
[plante1] (Acer negundo), Adoxa moschatellina, Agrostis stolonifera, Allium ursinum, Angelica sylvestris, Brachypodium silvaticum, Caltha palustris, Calystegia sepium, Cardamine pratensis, Carex acutiformis, Carex cuprina, Carex pseudocyperus, Carex riparia, Circaea lutetiana, Cornus sanguinea, Corylus avellana, Crataegus monogyna, Equisetum telmateia, *Erysimum cheiranthoides, Eupatorium cannabinum, Evonymus europaeus, Festuca gigantea, Filipendula ulmaria, *Fritillaria meleagris, Galium palustre, Geum urbanum, Glechoma hederacea, (Impatiens glandulifera), *Impatiens noli-tangere, Iris pseudacorus, Lamium galeobdolon, Listera ovata, Lycopus europaeus, Lysimachia nummularia, Lythrum salicaria, Malachium aquaticum, Mentha aquatica, Myosotis scorpioides, Phalaris arundinacea, *Primula elatior, Ranunculus repens, (Reynoutria japonica), Rhamnus catharticus, (Robinia pseudacacia), Salix atrocinerea, Sambucus nigra, Scutellaria galericulata, (Sicyos angulatus), (Solidago canadensis), Solanum dulcamara, Symphytum officinale, Ulmus minor, Urtica dioica
[mammiferes] Arvicola sapidus, Castor fiber, Lutra lutra, Mustela lutreola, Neomys fodiens
[oiseaux] Alcedo atthis, Ardea cinerea, Falco subbuteo, Milvus migrans, Motacilla cinerea, Muscicapa striata, Nycticorax nycticorax, Oriolus oriolus, Picus canus
[coleopteres] Leptura quadrifasciata, Rosalia alpina, Xylotrechus rusticus
[lepidopteres] Apatura ilia, Apatura iris, Arashnia levana, Nymphalis antiopa
[orthopteres] Conocephalus discolor, Meconema thalassinum, Pteronemobius heydenii, Pteronemobius lineolatus, Tetrix subulata
[champignons] Inocybe lanuginosa, Lactarius lacunarum
[briophytes] Amblystegium riparium, Climacium dendroides, Dialytrichia mucronata, Eurhynchium hians, Eurhynchium stokesii, Leskea polycarpa, Lunularia cruciata, Pellia endiviifolia, Plagiomnium undulatum, Scleropodium cespitans, Thuidium tamariscinum

Valeur biologique

L’aulnaie-frênaie alluviale non marécageuse est considérée comme un habitat menacé en Europe et figure à l’Annexe I de la Directive 92/43/CEE, dite « Directive Habitats », comme habitat menacé prioritaire. Il s’agit en effet le plus souvent d’un habitat relictuel dont les surfaces aujourd’hui sont résiduelles et qui a subi des pressions anthropiques très fortes au cours des âges. Sur le plan botanique, elle constitue l’habitat exclusif de plusieurs espèces de répartition plutôt eurosibérienne et qui, dans notre région, se cantonnent par compensation climatique, dans des biotopes à tendance fraîche et humide : c’est le cas de la Parisette Paris quadrifolia dont toutes les stations poitou-charentaises sont localisées au 44.3, de l’Anémone fausse-renoncule Anemone ranunculoides, connue d’une unique aulnaie-frênaie de l’ouest de la Charente, du Pétasite hybride Petasites hybridus des bords de la Touvre ou encore du Cerisier à grappes Prunus padus dans l’est de la Charente. Des espèces globalement rares dans l’ouest, comme la Balsamine des bois Impatiens noli-tangere ou la Primevère élevée Primula elatior, y ont également leurs plus belles stations régionales.

L’intérêt faunistique de l’habitat est aussi très élevé, lorsqu’il forme des complexes avec certains cours d’eau, comme zone de refuge pour des mammifères très menacés tels que le Vison d’Europe ou la Loutre ou, tout récemment, pour le Castor européen qui commence à recoloniser les rives de la Vienne à partir du bassin de la Loire. Plusieurs espèces d’oiseaux menacées comme le Milan noir ou le Martin-pêcheur, ou simplement spectaculaires comme le Loriot, y nichent régulièrement. Parmi les invertébrés, l’habitat, riche en vieux arbres troués de cavités, constitue le milieu électif de la Rosalie des Alpes, un des plus beaux coléoptères longicornes de France, considéré comme menacé en Europe et des papillons spécialisés comme le Petit Mars changeant y élisent domicile.

Menaces

L’aulnaie-frênaie-alluviale a subi de multiples destructions et dégradations au cours des siècles passés, tant directes – déforestation et transformation en prairies ou en cultures céréalières (maïs), substitution par des plantations de peupliers, coupes trop sévères – qu’indirectes : modification de la dynamique du cours d’eau réduisant les crues, enfoncement durable de la nappe. L’habitat est çà et là le lieu d’implantation et de multiplication d’espèces végétales invasives – Erable négundo, Balsamine de l’Himalaya, Renouée du Japon, Solidage du Canada – qui banalisent la flore et sont susceptibles de gêner par concurrence la survie des espèces autochtones.

Statut régional

L’habitat est répandu sous forme fragmentaire en bordure des cours d’eau de la région mais les grands ensembles spatiaux sont devenus très rares et figurent généralement aux grands inventaires de flore, d’habitats et de faune : ZNIEFF, ZICO, réseau NATURA 2000 ;

16 : moyenne vallée de la Charente (de Ruffec à Cognac)

17 : moyenne vallée de la Charente (de Cognac à Saintes), basses vallées de la Boutonne et de la Seugne

79 : vallées de la Boutonne, de l’Autize, de la Sèvre, du Thouet

86 : vallées de la Vienne, de la Gartempe, du Clain, de la Creuse

 

Saulaie blanche

Rédacteur : Jean Terrisse

Physionomie – écologie

La saulaie blanche appartient au groupe des forêts riveraines à bois tendres ; celles-ci sont constituées d’essences pionnières et peu longévives, appartenant à la famille des Salicacées ; les Salix argentés arborescents et les Populus qui prennent une part essentielle dans ce type de forêt sont des espèces héliophiles, frugales, à croissance rapide et produisant de grandes quantités de semences dispersées par le vent (anémochorie). Elles se développent directement en bordure des cours d’eau de moyenne importance (parfois en arrière d’une fruticée à saules arbustifs) sur des levées alluvionnaires remaniées périodiquement par les crues. Les sols sont peu évolués, de granulométrie variable (graviers, sables ou limons) enrichis régulièrement par les dépôts organiques des laisses de crues qui se minéralisent rapidement dans la zone de battement de la nappe ; un gley plus ou moins profond témoigne toutefois d’un engorgement durable en profondeur. La saulaie blanche colonise donc des milieux instables susceptibles de perturbations fréquentes, parfois catastrophiques et qui bloquent alors la dynamique d’évolution vers des forêts à bois durs.

En Poitou-Charentes, où l’habitat est peu représenté et où les conditions hydro-dynamiques favorables à son implantation sont peu fréquentes, sa variabilité semble faible : l’association centrale est la saulaie à Saule blanc du SALICETUM ALBAE ; toutefois, la présence sporadique du saule cassant Salix fragilis (et/ou de populations hybrides saule blanc x saule cassant Salix x rubens), notamment en moyenne vallée de la Charente sur des terrasses de graviers siliceux, laisse envisager la possible présence du SALICETUM FRAGILIS qui, d’après la littérature, occuperait des situations moins riches en calcaire (études complémentaires à mener).

La strate arborée de la saulaie blanche est dominée presque exclusivement par le Saule blanc, le Peuplier noir Populus nigra étant devenu très rare dans la région. Les arbustes sont peu diversifiés : Saule des vanniers Salix viminalis, Sureau noir Sambucus nigra, Cornouiller sanguin Cornus sanguinea. La strate herbacée varie beaucoup selon les conditions stationnelles (abaissement estival de la nappe) mais est généralement dominée par de grands hélophytes (en lien avec les inondations fréquentes) mêlés de nombreuses nitrophytes favorisées ici par la rapide minéralisation de la litière : Alpiste roseau Phalaris arundinacea, Roseau commun Phragmites australis, Grande Ortie Urtica dioica, Ronce bleuâtre Rubus caesius, Gaillet gratteron Galium aparine… La saulaie à Saule cassant, quant à elle, est très peu connue en Poitou-Charentes en tant qu’habitat, les rares stations connues de « Salix fragilis » correspondant souvent à des hybrides de celui-ci avec Salix alba et devant plutôt être rapportées à des saulaies blanches typiques. L’habitat serait à rechercher préférentiellement le long des rivières de la marge orientale de la Charente et de la Vienne, au contact des terrains primaires du Massif Central (Gartempe, Issoire, Tardoire) ainsi que dans la moitié nord des Deux-Sèvres : le biotope optimal de la saulaie cassante se trouvant à l’étage collinéen sur des alluvions sableuses et pauvres en calcaire.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

  • SALICETEA PURPURAE Moor 1958 : végétation forestière arbustive et riveraine à bois tendre
    • Salicetalia albae Müller & Gors 1958 : communautés arborescentes
      • Salicion albae Soo 1930 : communautés pionnières ou matures

COR 1991

  • 44.13 Forêt galeries de saules blancs

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

  • 91E0 – 1 Saulaies arborescentes à Saule blanc
  • 91E0 – 2 Saulaies arborescentes à Saule cassant

Confusions possibles

Par sa position particulière dans le lit majeur du cours d’eau et sa composition dendrologique originale, dominée par des saules au feuillage argenté repérables à distance et parfaitement reconnaissables sur des photos aériennes, l’identification de l’habitat ne pose pas de problème particulier.

Dynamique

La saulaie blanche est un habitat très dépendant de la dynamique fluviale. Elle reste stable dans les situations basses ou lorsque la régularité des crues empêche l’installation d’une forêt à bois durs. Dans ces situations, elle est souvent précédée temporellement et spatialement par des taches de roselière et/ou le fourré à saules arbustifs du SALICETUM TRIANDRO-VIMINALIS (association néanmoins rare dans la région).

Dans les cas où divers travaux hydrauliques (barrages de retenue, ouvrages d’écrêtage de crues) ont altéré la dynamique fluviale en stabilisant le cours d’eau ou en abaissant durablement la nappe, la
saulaie blanche ne peut lutter comme l’implantation progressive des essences nomades de la forêt à bois durs : frênes, aulnes, ormes.

En situations secondaires, la saulaie blanche peut aussi exister en marge des trous d’eau des carrières et des sablières ; sa présence y reste cependant transitoire en l’absence des facteurs de rajeunissement du milieu (crues, alluvionnement) et elle évolue alors rapidement vers des frênaies ou des chênaies-frênaies fraiches.

Espèces indicatrices

[plante2] (Acer negundo), Populus nigra, Salix alba, (Salix X babylonica), Salix fragilis, Salix x rubens
[plante1] Carex riparia, Galium aparine, Galium palustre, Lythrum salicaria, Mentha aquatica, Phalaris arundinacea, Phragmites australis, Rubus caesius, Sambucus nigra, Solanum dulcamara, Stachys palustris, Symphytum officinale, Urtica dioica
[briophytes] Amblystegium riparium, Fontinalis antipyretica
[oiseaux] Alcedo atthis, Ardea cinerea, Muscicapa striata, Oriolus oriolus
[coleopteres] Aromia moschata, Lamia textor, Oberea occulata, Saperda carcharias, Saperda populnea
[lepidopteres] Apatura ilia, Arashnia levana, Sesia apiformis
[orthopteres] Conocephalus discolor, Metrioptera roeselii, Pteronemobius lineolatus, Tetrix subulata
[champignons] Cortinarius uliginosus, Daedaleopsis confragosa, Hebeloma pusillum, Inocybe salicis, Pluteus salicinus, Tricholoma cingulatum

Valeur biologique

La saulaie blanche est considérée comme un habitat menacé en Europe et figure à l’Annexe I de la Directive 92/43/CEE, dite « Directive Habitats ». Sur le plan botanique, elle ne présente pas d’intérêt particulier, hormis la présence possible du Saule cassant, dont les stations régionales sont peu nombreuses. Son intérêt ornithologique est en revanche plus marqué, la saulaie servant de reposoir, de poste de chant ou de site de nidification pour l’avifaune des ripisylves : ardéidés, Loriot, Martin-pêcheur, divers autres passereaux. L’intérêt entomologique est aussi potentiellement très élevé mais semble dépendant surtout de la présence de vieux arbres riches en cavités et où les insectes xylophages peuvent creuser des galeries dans le bois tendre (coléoptères cérambycidés, notamment). Le Petit Mars changeant Apatura ilia, dont la chenille se nourrit de feuilles de saules et de peupliers, est un papillon rare au niveau régional. L’intérêt paysager n’est pas non plus négligeable, le feuillage argenté du Saule blanc conférant aux ripisylves qu’il frange une qualité esthétique certaine. Mais c’est avant tout l’intérêt écosystémique de l’habitat qu’il faut retenir, comme témoin du bon fonctionnement hydraulique d’un cours d’eau et, surtout, quand il s’insère dans des mosaïques alluviales complexes associant stades pionniers et stades matures, forêts de bois tendres et forêts à bois durs.

Menaces

L’habitat a beaucoup régressé par le passé et ne se rencontre plus que sporadiquement le long des 2 principales rivières de la région et de leurs gros affluents : la Charente et la Vienne. La régularisation des cours d’eau, en limitant les crues et stabilisant la dynamique, a probablement beaucoup contribué à cette régression. L’intensification des plaines alluviales – culture du maïs, populiculture – a également joué un rôle négatif. De nos jours, il est devenu difficile de trouver des saulaies blanches spatiales étendues, les occurrences de l’habitat se limitant désormais à de minces linéaires discontinus ou à des taches ponctuelles en bordure de frênaies-galeries. L’habitat sert souvent de niche d’implantation à l’Erable negundo Acer negundo, adventice d’origine nord-américaine, qui peut gêner dans certains cas la régénération des saules autochtones.

Statut régional

L’habitat est disséminé et souvent fragmentaire dans l’ensemble de la région.

16 : vallée de la Charente

17 : vallée de la Charente, basses vallées de la Boutonne et de la Seugne

79 : ?

86 : vallée de la Vienne