Dépressions sur substrat tourbeux

Rédacteur : Pierre Plat

Physionomie-écologie

Les communautés à Rhynchospora alba, pionnières, se développent sur des zones de sol nu au sein des landes humides ou des sources suintantes, sur sols acides. Elles sont généralement imbriquées dans une mosaïque complexe d’habitats où elles profitent des zones décapées naturellement par le ruissellement ou artificiellement par le passage d’animaux (sentiers, abreuvoirs…), voire par un étrépage intentionnel à but conservatoire.

La végétation présente l’aspect d’une pelouse hygrophile rase, plus ou moins ouverte, où les phanérogames sont souvent mêlées d’algues et de bryophytes. La présence de plusieurs plantes carnivores (genres Drosera et Pinguicula) est remarquable, de même que celle de petites Cypéracées du genre Rhynchospora, qui trouvent dans cet habitat leur biotope exclusif.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF2004

SCHEUCHZERIO PALUSTRIS-CARICETEA FUSCAE Tüxen 1937

  • SCHEUCHZERIETALIA PALUSTRIS NORDH. 1936
    • Rhynchosporion albae W.Koch 1926 : communautés des gouilles des tourbières de transition

CORINE 1991

  • 54.6 Communautés à Rhynchospora alba (RHYNCHOSPORION ALBAE)

Directive Habitats 1992

7150 Dépressions sur substrat tourbeux du Rhynchosporion

Confusions possibles

L’identification est relativement facile par la présence de plages de sol nu, détrempé, et par l’abondance de certaines espèces comme
les rhynchospores et les droséras.

Dynamique

Dans la plupart des cas, les surfaces sont réduites et quand les conditions d’hydromorphie changent (drainage, sylviculture) l’envahissement par des plantes plus compétitives (bruyères, laîches, bouleaux, molinie, pins, saules, ronces) est rapide. Une dynamique régressive est également possible par une surfréquentation régulière des grands mammifères (piétinement, bauges…).

Espèces indicatrices

[plante2] Anagallis tenella, *Carex echinata, Carex laevigata, *Drosera intermedia, *Drosera rotundifolia, Epilobium obscurum, *Eriophorum angustifolium, Hypericum helodes, *Lycopodiella inundata, Myosotis secunda, *Pinguicula lusitanica, Potamogeton polygonifolius, *Rhynchospora alba, *Rhynchospora fusca
[plante1] Carex demissa, Carex hostiana, Carex pulicaris, Coeloglossum viride, Erica tetralix, Hydrocotyle vulgaris, Isolepis setacea, Juncus acutiflorus, Juncus bulbosus, Molinia caerulea, Orchis laxiflora
[briophytes] Aulacomnium palustre, Campylium polygamum, Sphagnum palustre, Sphagnum subnitens, Sphagnum subsecundum
[orthopteres] Pteronemobius heydenii
[arachnides] Dolomedes fimbriatus

Valeur biologique

Cet habitat naturel est extrêmement rare et menacé à l’échelle régionale, ainsi qu’au niveau national et européen (inscrit à l’Annexe I de la Directive habitats). Il est souvent associé à d’autres habitats humides et sert de refuge pour des espèces végétales et animales originales souvent rares et menacées à l’échelle régionale et nationale, et bénéficiant parfois d’un statut de protection. Cet habitat et les espèces associées font partie de la biodiversité remarquable de la région Poitou-Charentes.

Menaces

Cet habitat, comme les tourbières de transition, a connu un important déclin au cours du XXème siècle. Certaines parcelles inscrites, il y a trente ans, à l’inventaire des ZNIEFF du Poitou-Charentes ont aujourd’hui disparu, le plus souvent victimes d’une forme ou l’autre de mise en valeur économique (drainage, remblai, création d’étang…).

Statut régional

Dans la région Poitou-Charentes, cet habitat est très rare et n’occupe que de très faibles surfaces.

16 : landes de la Double charentaise

17 : landes de Montendre, landes de Cadeuil

79 : apparemment absent (les espèces indicatrices de l’habitat ne sont pas connues de ce département)

86 : source diffuses (appelées « pâtis ») sur la bordure limousine, rives d’étangs du Montmorillonnais

La Rhynchospore blanche Rhynchospora alba et la Rhynchospore brune Rhynchospora fusca forment les 2 seules espèces du genre présentes en France ; en Poitou-Charentes, ce sont 2 espèces extrêmement rares, strictement localisées aux dépressions tourbeuses.

 

Tourbières de transition

Rédacteur : David Ollivier

Physionomie-écologie

Les tourbières de transition sont des habitats qui occupent les dépressions humides. Elles sont alors alimentées par les eaux de la nappe phréatique (soligènes) et par les eaux de pluie (ombrogènes). Les eaux de pluies très peu minéralisées confèrent au milieu des conditions de pH plutôt acides. Cet habitat se développe donc dans des conditions intermédiaires entre oligotrophie et mésotrophie, acides à neutres (entre pH 4,5 et pH 7,5). Les tourbières de transition se rencontrent donc, soit sur des milieux terrestres mais toujours engorgés en eau formant des pelouses ou gazons tremblants, soit à la surface des eaux stagnantes telles que les mares ou les étangs alimentés par les eaux de pluie ou par une nappe perchée, soit en contexte de pente sur des affleurement argileux (plus rare). Les tourbières alcalines peuvent aussi s’acidifier localement lorsque l’eau collectée en surface est principalement d’origine météorique. Les tourbières de transition occupent alors des superficies variables, de quelques dizaine de cm², en mosaïque ou en périphérie des mares, avec des superficies beaucoup plus grandes dans le cas de radeaux. La végétation dominée par les sphaignes forme des bombement ou des buttes en mélange avec des cypéracées de petite à moyenne taille, constituant ainsi des pelouses ou gazons tremblants sur milieux terrestres et des radeaux ou tremblants lorsque les cariçaies de transition se développent à même la surface de l’eau. Cette accumulation de sphaignes permet une formation active de tourbe suite à la décomposition partielle de ces bryophytes. Cet habitat peut présenter un micro-relief assez varié avec des alternances de buttes de sphaignes perchées au dessus de la nappe d’eau généralement éloignées du front de colonisation, de gouilles et de fossés plus profonds, de secteurs de terre nue et de secteurs colonisés par les ligneux.

On peut rencontrer diverses communautés en fonction du stade d’évolution et de la profondeur de la lame d’eau :

  • les radeaux ou tremblants à Trèfle d’eau Menyanthes trifoliata et Potentille des marais Potentilla palustris. Il s’agit d’une formation pionnière intermédiaire entre les habitats aquatiques à potamots et les habitats terrestres de prairies à Juncus acutiflorus et Molinia caerulea ;
  • les radeaux de sphaignes en mélange avec la Linaigrette à feuilles étroites (Eriophorum angustifolium), flottant sur les mares permanentes. Les droséras peuvent être abondantes au sein de cet habitat. Ce stade succède généralement à la déclinaison précédente.

Phytosociologie et correspondances

PVF2004

SCHEUCHZERIO PALUSTRIS-CARICETEA FUSCAE Tüxen 1937

  • SCHEUCHZERIETALIA PALUSTRIS NORDH. 1936

    Caricion lasiocarpae Vanden Berghen 1949 : communautés des tourbières de transition, souvent sur radeaux et tremblants

CORINE 1991

  • 54.58 Radeaux de sphaignes et d’Eriophorum angustifolium flottants sur les mares permanentes
  • 54.59 Radeaux à Menyanthes trifoliata et Potentilla palustris

Directive Habitats 1992

  • 7140-1 Tourbières de transition et tremblants

Confusions possibles

Malgré une identification rendue relativement facile par la présence abondante de certaines espèces, notamment de laîches, des confusions restent possibles.

En relation dynamique et spatiale parfois étroite avec la végétation des bas-marais et des tourbières hautes actives dont certaines espèces caractéristiques se retrouvent dans le groupement, cet habitat peut être parfois confondu avec ces derniers. Par ailleurs, les tourbières de transition, à l’interface entre les milieux aquatiques et les milieux terrestres, présentent des caractéristiques intermédiaires pouvant troubler l’analyse du cortège.

Dynamique

La dynamique va dépendre de la situation initiale et du milieu dans lequel l’habitat s’installe.

Les tourbières de transition se développant au sein de bas-marais neutro-basophiles vont s’installer en mosaïque par taches de petites superficies. L’évolution progressive de l’habitat est liée à une alimentation en eau qui est majoritairement d’origine météorique (pluie). Cette eau pauvre en minéraux va favoriser l’apparition d’espèces acidiclines et modifier la composition des bryophytes. Les sphaignes oligotrophes, ou plus rarement mésotrophes, vont progressivement s’organiser en tapis serrés et vont finalement former des bombements ou des buttes. Il s’agit des prémices de l’évolution de cet habitat vers les haut-marais actifs acides.

Lorsque les tourbières de transition se développent au sein de bas-marais acides, l’évolution sera identique mais moins marquée puisque les espèces acidophiles sont déjà présentes.

Les tourbières de transition en voie de colonisation des eaux stagnantes (mares et étangs) vont être à l’origine du phénomène d’atterrissement. Les radeaux ou tremblants à sphaignes, laîches et autres espèces associées, évoluent progressivement vers le centre de la mare. Le tapis de sphaignes va s’épaissir de plus en plus et s’élever par rapport au niveau d’eau de la mare. Cet habitat va donc progressivement s’affranchir de l’alimentation en eau en provenance de la mare, progressivement remplacée par les eaux de pluie. La formation de ces bombements va conduire à l’acidification du milieu, favorable aux groupements des hauts-marais actifs acides. Ces buttes à sphaignes vont peu à peu se rejoindre et former un tapis de grande superficie.

Au sein des stations les moins hygrophiles, le boisement est possible mais généralement lent. Il se compose de bouleaux (Betula pubescens, Betula pendula), de saules et d’Aulne glutineux dans les communautés acidiphiles, et de saules, d’aulne et de bourdaine dans les communautés baso-neutrophiles.

Une dynamique régressive est possible notamment du fait de la fréquentation régulière des grands mammifères (piétinement, bauges, …).

Espèces indicatrices

[plante2] Anagallis tenella, *Carex curta, *Carex echinata, *Carex lasiocarpa, *Carex rostrata, *Drosera rotundifolia, Equisetum fluviatile, *Eriophorum angustifolium, *Lycopodiella inundata, *Menyanthes trifoliata, *Potentilla palustris, *Rhynchospora alba, *Viola palustris
[plante1] *Betula pubescens, Epilobium palustre, Hypericum helodes, Juncus acutiflorus, Juncus bulbosus,*Spiranthes aestivalis, thelypteris palustris
[odonates] Ceriagrion tenellum, Leucorrhina caudalis, Leucorrhina pectoralis, Orthetrum coerulescens, Pyrrhosoma nymphula
[lepidopteres] Coenonympha oedipus

Valeur biologique

Cet habitat naturel de zones humides tourbeuses est extrêmement rare et menacé à l’échelle de notre région, de même qu’au niveau national et européen (inscrit à l’Annexe I de la Directive Habitats). Il est souvent associé à d’autres habitats de tourbière, eux aussi d’une grande valeur patrimoniale et en grande raréfaction. Les tourbières de transition sous forme de radeaux au sein des mares sont des formations végétales très originales qui présentent des caractéristiques intermédiaires entre habitats terrestres et aquatiques. Elles sont un habitat pour des espèces végétales et animales originales souvent rares et menacées à l’échelle régionale et nationale et bénéficiant parfois d’un statut de protection. Cet habitat et les espèces associées font partie de la biodiversité remarquable de la région Poitou-Charentes.

Menaces

Cet habitat a connu un important déclin au cours du XXème siècle.
Tout ce qui porte atteinte à la qualité, la quantité d’eau et à l’écoulement naturel des eaux, est néfaste à sa conservation. C’est ainsi que les modifications des pratiques agricoles liées à leur intensification, les opérations de drainage (assèchement, altération de la qualité de l’eau), l’épandage d’engrais et de produits phytosanitaires (eutrophisation), le comblement par des remblais, les modifications du fonctionnement hydrologique des cours d’eau (canalisation, barrage…) ont conduit à la destruction et la raréfaction de ces habitats tourbeux.

Certaines tourbières de transition et les habitats tourbeux associés ont été aussi directement détruits dans le cadre d’hypothétiques valorisations économiques de ces surfaces (mise en culture, boisement, enrésinement…).

Statut régional

Dans la région Poitou-Charentes, ce type de milieu est très rare et n’occupe que de très faibles surfaces. Il semble absent des Deux-Sèvres.

16 : Butte de Frochet (limite 87), étangs des environs de Brigueuil et de Montrollet, Double Charentaise

17 : Landes de Montendre, landes de Cadeuil

79 : pas de données

86 : Etangs et mares du Montmorillonais, mares de la RN du Pinail

 

Parvo-cariçaies neutro-basiclines (bas-marais alcalins)

Rédacteur : David Ollivier

Physionomie – écologie

Les bas-marais alcalins sont liés à une importante alimentation du sol en eau chargée en calcaire, pouvant être méso à oligotrophe et de pH compris entre 6 et 8. Ils sont localisés principalement au sein d’argiles plaquées sur les roches calcaires où le niveau des nappes se maintient toujours relativement proche de la surface du sol malgré de possibles variations saisonnières et se développent sur des substrats divers, le plus souvent humiques ou holorganiques (tourbe à pleurocarpes). L’hydromorphie du sol bloque les processus biologiques d’humification et forme ainsi une sorte d’humus inachevé. Ces conditions édaphiques particulières sont rendues possibles dès lors que la pluviométrie, ou les eaux de ruissellement (liées à la topographie du site), deviennent supérieures à l’évapotranspiration. Or, en région Poitou-Charentes les précipitations sont relativement modérées et seule la topographie va pouvoir conditionner la présence de tourbières alcalines. Ces dernières ne se rencontrent donc qu’à la faveur de sources et de suintements au sein des pentes calcicoles (tourbières soligènes), de dépressions (proches du niveau d’eau des nappes aquifères souterraines) sur sols calcaires ou subissant des influences calcaires par les eaux de ruissellement ou encore et enfin au niveau des marges régulièrement inondées de certaines rivières (tourbières de fond de vallée ou fluviogènes).

Cinq associations végétales, apparentées aux bas-marais alcalins (appartenant à l’alliance Hydrocotylo vulgaris – Schoenion nigricantis) s’observent en Poitou-Charentes. Elles représentent chacune, des stades évolutifs différents, avec une physionomie qui les distingue les unes des autres.

En milieu ouvert, se développent des groupements de petites plantes basses essentiellement non graminiformes telles que Anagallis tenella, Parnassia palustris, Eleocharis quinqueflora (COR 54.2G, Anagallido tenellae-Eleocharetum quinqueflorae, Junco subnodulosi-Pinguiculetum lusitanicae sur tourbes neutro-acidiphiles dénudées).

Le cortège des stades pionniers laisse peu à peu la place au stade optimal des tourbières alcalines où les strates herbacées (Schoenus nigricans) et muscinales sont denses (COR 54.21, Cirsio dissecti-Schoenetum nigricantis ) ou, sur les sols faiblement tourbeux, à des prés tourbeux dominés par le Jonc noueux (Juncus subnodulosus) (COR 54.21, Hydrocotylo vulgaris-Juncetum subnodulosi ).

Il se forme parfois un épais tapis de bryophytes hypnacées, constituant ainsi un bombement sur lesquels on peut rencontrer quelques espèces caractéristiques de ce type de tourbière telles que Schoenoplectus tabernaemontani.

Lorsque le niveau trophique augmente, certains bas-marais alcalins sont rapidement envahis par de « hautes herbes » telles que Lysimachia vulgaris, Lythrum salicaria, Eupatorium cannabinum ou si le sol est très engorgé en eau, par les hélophytes de roselières hautes tels que Phragmites australis, Typha latifolia ou Cladium mariscus conduisant parfois à des peuplements pauvres en espèces (COR 54.2I, Lathyro palustris-Lysimachietum vulgaris ).

Le groupement optimal des bas-marais alcalin, à Choin noirâtre et mousses Pleurocarpes peut être une végétation très riche en espèces avec une majorité d’hémicryptophytes assorties d’un grand nombre de géophytes tels que les orchidées dont certaines peuvent d’ailleurs aussi se rencontrer au sein du Mesobromion des coteaux calcaires (Gymnadenia odoratissima).

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF2004

MOLINIO CAERULEAE-CARICETALIA DAVALLIANAE Julve 83 em.de Foucault 84

Hydrocotylo-vulgaris-Schoenion nigricantis de Foucault 84 em.Julve 89

Anagallido tenellae-Eleocharetum quinqueflorae, Junco subnodulosi-Pinguiculetum lusitanicae, Cirsio dissecti-Schoenetum nigricantis, Hydrocotylo vulgaris-Juncetum subnodulosi

 

CARICETALIA ELATAE Pignatti 53 apud 54

Caricion rostratae (J.duvigneaud 58) Balatova-Tulackova 63

Lathyro-palustris-Lysimachietum vulgaris

 

CORINE 1991

54.21 Bas-marais à Schoenus nigricans (Hydrocotylo-Schoenion nigricantis)

54.2G Bas-marais à petites espèces non graminoïdes (Anagallis, Parnassia)

54.2I Bas-marais envahis par Eupatorium, Lysimachia vulgaris, Cladium, Phragmites.

Directive Habitats 19927230 Tourbières basses alcalines

Confusions possibles

Lorsque cet habitat se présente sous sa forme caractéristique et que le cortège floristique est bien représenté, les risques de confusion sont relativement faibles.
En revanche lorsque le cortège des bas-marais alcalins est appauvri en espèces caractéristiques et envahi par des espèces d’habitats voisins, des erreurs d’interprétation peuvent être alors commises avec les roselières (COR 53.1), les formations à grandes Laîches (COR 53.2), les marais à Cladium mariscus (COR 53.3, UE 7210), les prairies à joncs (notamment prairies à Joncs noueux COR 37.218) ou encore les prairies humides oligotrophes à Molinie sur calcaire (COR 37.311, UE 6410).

Dynamique

Les groupements végétaux des bas marais alcalins dépendent de plusieurs facteurs abiotiques tels que la nature du sol, le niveau trophique, l’hydromorphie et les fluctuations de la nappe ou encore le pH.

Si la nappe se maintient à proximité de la surface, mais observe des fluctuations saisonnières permettant une certaine oxygénation du sol, le cortège des petites plantes basses essentiellement non graminiformes (COR 54.2G, Anagallido

 

tenellae-Eleocharetum quinqueflorae, Junco subnodulosi-Pinguiculetum lusitanicae sur tourbes neutro-acidiphiles dénudées) des bas marais alcalins subit une dynamique progressive qui le conduit vers une formation végétale à Choin noirâtre Schoenus nigricans où les strates herbacée et muscinale sont denses (tourbière optimale, Cirsio dissecti-Schoenetum nigricantis ).

En absence d’entretien, le groupement d’espèces caractéristiques s’appauvrit au profit de formations ligneuses à Saules Salix sp., Aulne glutineux Alnus glutinosa et Bourdaine Frangula alnus. Parfois le Choin noirâtre Schoenus nigricans forme un peuplement très dense, relativement pauvre en espèces ne permettant pas l’installation de tels ligneux.

Un sol très engorgé et une circulation de l’eau superficielle vont être favorables à l’installation de formations à hélophytes de type caricaie-cladiaie avec des peuplements parfois denses de massettes Typha sp., de Roseau Phragmites australis, de Marisque Cladium mariscus ou de grandes Laîches Carex sp.

La modification de l’hydromorphie du sol, souvent liée aux activités humaines (drainage, plantation de peupleraie, prélèvements dans les eaux de surface et dans les nappes pour l’irrigation…) entraîne un assèchement irrémédiable de la tourbe et le groupement végétal caractéristique évolue alors vers des formations végétales généralement plus pauvres de type prairies tourbeuses à Molinie (COR 37.31, UE 6410, Molinion caerulae ) ou dominées par le Jonc noueux Juncus subnodulosus (COR 54.21, Hydrocotylo vulgaris-Juncetum subnodulosi ).

L’assèchement et l’oxygénation du sol lèvent alors partiellement les conditions bloquantes (encore relativement asphyxiques) qui empêchaient le boisement et conduisent ainsi à une formation de type taillis tourbeux à fougères (COR 44.91, Alnion glutinosae ). Ce type boisement peut aussi succéder à la Cladiaie turficole lorsque les ligneux arrivent à s’y implanter.

L’intensification du drainage du sol entraîne une banalisation des milieux et des espèces encore plus accrue conduisant ainsi progressivement à des formes pauvres de la charmaie-chênaie.

Espèces indicatrices

[plante2] *Carex lasiocarpa, Carex lepidocarpa, *Carex mairei, *Dactylorhiza elata, *Epipactis palustris, *Eleocharis quinqueflora, *Eriophorum latifolium, *Liparis loeseli, *Parnassia palustris, *Pinguicula vulgaris
[plante1] Anagallis tenella, Carex hostiana, Carex panicea, Cirsium tuberosum, Cladium mariscus , *Dactylorhiza incarnata, Gymnadenia conopsea, Hydrocotyle vulgaris, Juncus subnodulosus, Molinia caerulea, Oenanthe lachenali, *Orchis palustris, Schoenoplectus tabernaemontani, Schoenus nigricans
[briophytes] Campylium protensum, Campylium stellatum, Cratoneurion filicinum, Drepanocladus lycopioides
[lepidopteres] *Coenonympha oedippus, *Maculinea teleius
[orthopteres] Conocephalus discolor, Pteronemobius heydenii
[mollusques] Vertigo moulinsiana

Valeur biologique

Il s’agit d’un habitat qui a connu une très forte régression au cours du siècle dernier liée au développement d’un certain nombre d’activités humaines.

La plupart des tourbières de la région ont fait l’objet de mesures d’inventaire (ZNIEFF de type 1 et 2) ou ont été intégrées dans les périmètres des Sites d’Intérêt Communautaire (SIC) du réseau Natura 2000, afin d’essayer de garantir leur conservation, ainsi que celle de leur faune et de leur flore.Les tourbières alcalines à leurs différents stades évolutifs (54.21, 24.2G, 54.2I) présentent un très grand intérêt pour de nombreuses espèces végétales et animales très spécialisées, rares et menacées en Poitou-Charentes ainsi qu’à l’échelle nationale telles que la Grassette commune Pinguicula vulgaris, la Linaigrette à feuilles larges Eriophorum latifolium, le Liparis de Loesel Liparis loeseli, la Laîche de Maire Carex mairei, l’Orchis élevé Dactylorhiza elata, le Scirpe pauciflore Eleocharis quinqueflora, l’Azuré de la Sanguisorbe Maculinea teleius.

Menaces

Les espèces végétales rencontrées dans les tourbières alcalines ont souvent des exigences écologiques très strictes, notamment en ce qui concerne la saturation du sol en eau. Les modifications du fonctionnement écologique de leur habitat sont souvent d’origine anthropique et peuvent s’exercer à l’échelle très localisée de la tourbière elle-même (drainage, plantation…) mais aussi parfois à l’échelle plus vaste d’un territoire ou d’un bassin versant (ponctions importantes d’eau dans les nappes et les rivières en amont de la tourbière). Elles vont entraîner la plupart du temps la disparition irréversible de ces espèces rares.
La tourbe active une fois asséchée ne peut plus se réhydrater car l’eau ne peut plus remonter par capillarité jusqu’à la surface qui se trouve ainsi déconnectée de la nappe qui l’alimentait jadis.
Enfin, si l’exploitation manuelle traditionnelle de la tourbe peut parfois présenter quelques intérêts au niveau floristique (rajeunissement du milieu), son exploitation constitue en revanche une menace sérieuse pour la conservation du milieu (utilisation d’herbicides, assèchement total avant extraction…).

Statut régional

Dans la région Poitou-Charentes, ce type de milieu est rare et très disséminé. La plupart du temps présent sur de faibles surfaces, cet habitat se rencontre trop souvent en mauvais état de conservation (relictuel) et dégradé de façon irréversible au profit des activités humaines.

Sites remarquables :

16 : Tourbières de Vendoire (vallée de la Lizonne)
17 : Tourbière de la Châtaigneraie
79 : Tourbière du Bourdet (APPB, Natura 2000 : Marais Poitevin)
86 : Tourbière alcaline Les Régeasses (Montmorillonais), Vallée du Rivau (Pinail)

 

Parvocaricaie acidophile (bas-marais acides)

Rédacteur : David Ollivier

Physionomie-écologie

Les bas-marais acides sont alimentés par des eaux pauvres en base. Ils se sont développés à la faveur d’écoulements lents et de suintements (bas-marais soligènes), au sein de lieux où la nappe aquifère est affleurante ou au sein de micro-reliefs (cuvettes, fonds de vallées) collecteurs d’eau (bas-marais topogènes). Ils occupent généralement des surfaces plutôt réduites et sont en mosaïque avec d’autres habitats humides acides. Le niveau d’eau est toujours situé à proximité ou au dessus de la surface du sol. Cet engorgement permanent est une condition nécessaire à la formation de la tourbe (matière organique peu décomposée). Les bas-marais acides sont composés de communautés de laîches (Carex echinata, Carex curta, Carex canescens), de joncs (Juncus acutiflorus, Juncus articulatus) et d’une strate muscinale à mousses brunes et sphaignes. Ils sont souvent associés aux prairies humides acidiclines (JUNCO-MOLINON), aux communautés de grandes laîches (MAGNOCARICION) et des roselières (PHRAGMITION).

L’abondance des joncs marque parfois la transition de cet habitat vers les groupements de prairies acidiclines du MOLINION.

La variabilité de cet habitat va être marquée principalement par des variations au niveau de l’abondance d’espèces ou de groupes
d’espèces. Ainsi on peut distinguer des marais acides dominés par :

  • les laîches (COR 54.4221), notamment Carex canescens . La strate des mousses brunes peut être parfois très fragmentaire ;
  • les laîches et les joncs (COR 54.4222), notamment Carex canescens, C. echinata, et Juncus acutiflorus. La strate muscinale de mousses pleurocarpes est présente ;
  • les laîches et sphaignes (COR 54.4223), Eriophorum angustifolium peut être présent en complément des carex cités plus haut. Les sphaignes sont abondantes ;
  • les laîches, joncs et sphaignes (COR 54.4224), Eriophorum angustifolium peut être présent en complément des carex et joncs cités plus hauts. Les sphaignes sont abondantes ;
  • la Linaigrette à feuilles étroites Eriophorum angustifolium (COR 54.46) avec généralement un tapis de sphaignes (notamment Sphagnum cuspidatum).

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF2004

Classe : SCHEUCHZERIO PALUSTRIS-CARICETEA FUSCAE Tüxen 1937

  • CARICETALIA FUSCAE W.Koch 1926
    • Caricion fuscae W.Koch 1926 : communautés sur sol tourbeux à paratourbeux, oligotrophe et peu oxygéné
    • Carici canescentisAgrostietum caninae Tüxen 1937

CORINE 1991

  • 54.42 Tourbières basses à Carex nigra, C. curta, C. echinata
    • 54.422 Bas-marais subatlantiques à Carex nigra, C. curta, C. echinata
      • 54.4221 Bas-marais subatlantiques à Carex (dominés par les laîches)
      • 54.4222 Bas-marais subatlantiques à Carex et Juncus (J. acutiflorus + strate muscinale à Pleurocarpes)
      • 54.4223 Bas-marais acides subatlantiques à Carex et Sphagnum (tourbières à sphaignes avec Carex dominants et Eriophorum angustifolium)
      • 54.4224 Bas-marais subatlantiques à Carex, Juncus et Sphagnum (tourbières à sphaignes avec Carex et Juncus codominants et Eriophorum angustifolium)
  • 54.46 Bas-marais à Eriophorum angustifolium

Directive Habitats 1992

Non concerné

Confusions possibles

Des confusions peuvent être possibles entre les différentes déclinaisons de l’habitat. D’autre part, les bas-marais acides peuvent présenter des faciès de transition vers des habitats associés tels que les prairies humides acides à Molinie, ce qui peut rendre leur identification difficile. Ils occupent généralement des surfaces plutôt réduites et forment des mosaïques avec d’autres habitats humides tourbeux ou paratourbeux qui leur sont parfois très proches.

Dynamique

Dans notre région la pluviosité est plutôt modérée, ce qui ne favorise pas les tourbières ombrogènes dont le développement est généralement centrifuge. Les bas-marais acides sont donc majoritairement topogènes, alimentés par les eaux de ruissellement et connaissent généralement une progression centripète.

Les bas-marais acides sont le résultat d’une très lente évolution du sol et des communautés végétales associées. La tourbe brune, où les végétaux (principalement les sphaignes) sont partiellement décomposés, est le résultat d’environ 2000 ans d’évolution et la tourbe noire, où la matière organique est plus dégradée, est le fruit de plus de 5000 ans d’évolution.

Lorsque les conditions d’hydromorphie du sol s’atténuent, le boisement par les ligneux devient possible. On assiste alors à l’installation de quelques espèces du cortège de l’aulnaie marécageuse et/ou de la lande humide avec Betula pubescens, Salix aurita, Calluna vulgaris, Erica teralix, Thelypteris palustris, Alnus glutinosa

Dans les stades régressifs, c’est-à-dire les zones écorchées, de terre nue, de bas-marais creusés par des fossés ou fosses d’extraction de tourbe, le cortège du RHYNCHOSPORION ALBAE peut réapparaître.

Espèces indicatrices

[plante2] Agrostis canina, Anagallis tenella, *Carex echinata, Carex laevigata, *Carex nigra, Carex viridula oedocarpa, Carum verticillatum, Cirsium dissectum, *Deschampsia setacea, *Epilobium palustre, *Eriophorum angustifolium, Juncus acutiflorus, Lobelia urens, Lotus uliginosus, *Menyanthes trifoliata, *Pedicularis palustris, *Pinguicula lusitanica, Scorzonera humilis, Scutellaria minor, *Viola palustris, *Wahlenbergia hederacea
[plante1] *Carex lasiocarpa, Carex panicea, Carex pulicaris, Dactylorhiza maculata, *Drosera intermedia, *Drosera rotundifolia, Galium uliginosum, Hydrocotyle vulgaris, Juncus articulatus, Molinia caerulea, Ranunculus flammula, *Salix repens, Succisa pratensis, *Valeriana dioica, Veronica scutellata
[odonates] Somatochlora flavomaculata, Sympetrum danae
[lepidopteres] Coenomympha oedipus

Valeur biologique

Les bas-marais acides sont des habitats naturels à très forte valeur patrimoniale régionale, souvent refuge d’espèces végétales et animales rares et menacées à l’échelle régionale, nationale et parfois même européenne. Ils s’intègrent souvent à un complexe d’écosystèmes et d’habitats naturels liés aux zones humides, riches et originaux.

Avec 15 espèces de la Liste Rouge Régionale, les phanérogames sont particulièrement bien représentés ; la plupart sont des espèces de flore « froide » – médio-européennes, continentales ou sub-boréales – qui atteignent souvent leur limite de distribution occidentale sur la marge orientale de la région Poitou-Charentes : Violette des marais Viola palustris, Laîche blanchâtre Carex curta, Laîche noire Carex nigra, Pédiculaire des marais Pedicularis palustris (non revu toutefois de sa dernière localité en Charente depuis le milieu des années 1970)… D’après les données des anciens catalogues floristiques, il semble que la majorité de ces espèces ait connu un important déclin régional qui ne serait pas imputable seulement à la disparition des habitats – bien qu’il s’agisse aussi d’une cause importante – mais probablement aussi à un changement climatique, sensible depuis la fin du XIXème siècle.

Les bryophytes sont généralement abondants et diversifiés, et sont représentés principalement par des mousses pleurocarpes et des sphaignes.

Il s’agit enfin d’un habitat de reproduction ou de chasse pour quelques libellules rares et menacées inféodées aux milieux oligotrophes, telles que la Cordulie à taches jaunes Somatochlora flavomaculata (espèce en danger), ou pour des papillons très raréfiés dans toute l’Europe comme le Fadet des laîches Coenonympha oedipus.

Menaces

Les bas-marais acides, comme la plupart des zones humides et tourbeuses, ont subi un très fort déclin au cours du XXème siècle.
Compte tenu de leur très lente évolution, la destruction de l’habitat paraît irréversible. Les principales menaces à l’origine de sa raréfaction sont l’agriculture (retournement pour la mise en culture, amendements, apport d’engrais et produits phytosanitaires dans les eaux de ruissellement, populiculture, drainage…), les projets de développement des infrastructures ou encore l’urbanisme.

Statut régional

Dans la région Poitou-Charentes, ce type de milieu est rare, très disséminé et n’occupe toujours que de très faibles surfaces.

16 : cantons de Confolens, Chabanais, Montemboeuf, Montbron

17 : Double saintongeaise, landes de Cadeuil

79 : partie armoricaine du département

86 : réserve naturelle du Pinail (86), cantons de Montmorillon, de l’Isle-Jourdain

 

Magnocariçaies

Rédacteur : David Ollivier

Physionomie-écologie

Les communautés de grandes laîches occupent les zones de dépressions humides en bords de cours d’eau ou en queue d’étangs. Elles sont constituées de laîches mesurant généralement plus d’un mètre de hauteur. Cet habitat est très souvent caractérisé par la dominance d’une espèce de Carex social formant, soit une nappe uniforme parfois dense lorsqu’il s’agit de géophytes comme Carex acutiformis ou Carex acuta, soit des ensembles de touradons séparés entre eux par des couloirs, lorsqu’il s’agit d’espèces hémicryptophytes telles que Carex elata ou Carex paniculata. C’est entre les touradons que quelques espèces végétales plus petites peuvent parfois s’exprimer. Dans le cas des cariçaies en nappe uniforme, si le peuplement n’est pas trop dense, d’autres hélophytes peuvent se mélanger aux laîches tels l’Iris des marais, la Reine des prés, la Lysimaque vulgaire ou encore la Salicaire.

Les cariçaies à C. acutiformis, C. riparia et C. acuta occupent les sols plutôt minéraux généralement alcalins, à légèrement acides. La caricaie à Carex acutiformis forme de grandes nappes au bord de nombreux cours d’eau de la région Poitou-Charentes mais peut aussi se rencontrer au sein de prairies humides ou de boisements alluviaux (la plante forme alors souvent de vastes peuplements qui fleurissent peu et s’étendent surtout grâce à leur système de stolons), ou même dans des stations assez éloignées de zones d’inondation régulières.

En Poitou-Charentes, la cariçaie à touradons est composée de deux espèces : sur la bordure limousine, Carex paniculata fréquente surtout les sols organiques près des sources tourbeuses et autour des étangs ; en plaine, Carex elata remplace totalement l’espèce précédente qui se réfugie, cependant, près des sources aux eaux froides.

Lorsque la cariçaie à touradons ne s’est pas encore installée, Carex vesicaria ceinture les rives et queues d’étangs. Les bas-marais acides à sphaignes sont, quant à eux, le domaine de prédilection du Carex rostrata, dans des stations généralement plus oligotrophes que le Carex précédent.

La cariçaie à Carex pseudocyperus se rencontre dans des conditions plutôt mésotrophes, sur des sols vaseux non consolidés (fossés non curés, bords de pièces d’eau à forte dynamique d’atterrissement).

Les magnocaricaies accompagnent aussi parfois d’autres habitats de milieux humides tels que les bas-marais alcalins ou acides, les roselières et communautés de petits hélophytes, les prairies humides et les forêts ripariales (saulaies, aulnaies).

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF2004

  • PHRAGMITO AUSTRALIS – MAGNOCARICETEA ELATAE in Klika et Novak 1941
  • MAGNOCARICETALIA ELATAE Pignatti 1954 : communautés des sols riches en matière organique, à éléments fins, mésotrophes à eutrophes
    • Caricion gracilis Neuhäusl 1959 : sols argilo-humifères eutrophes
    • Caricetum gracilis Neuhäusl 1959
    • Caricetum ripario-acutiformis Kobendza 1930
  • Magnocaricion elatae Koch 1926 : sols souvent tourbeux, mésotrophes à dystrophes
    • Caricetum rostratae Rübel 1912
    • Caricetum vesicariae Chouard 1924
    • Caricetum elatae Koch 1926
    • Eupatorio cannabinae-Caricetum paniculatae (Tüxen 1962) Passarge 1999
  • Carici pseudocyperi-Rumicion hydrolapathi Passarge 1964 : sols vaseux non consolidés

CORINE 1991

  • 53.21 Peuplements de grandes laîches (MAGNOCARICION)
    • 53.212 Cariçaies à Carex acuta et/ou C. acutiformis
      • 53.2121 Cariçaies à Carex acuta
      • 53.2122 Cariçaies à Carex acutiformis
    • 53.213 Cariçaies à Carex riparia
    • 53.214 Cariçaies à Carex rostrata et C. vesicaria
      • 53.2141 Cariçaies à Carex rostrata
      • 53.2142 Cariçaies à Carex vesicaria
    • 53.215 Cariçaies à Carex elata et C. cespitosa
      • 53.2151 Cariçaies à Carex elata
    • 53.216 Cariçaies à Carex paniculata
    • 53.218 Cariçaies à Carex pseudocyperus

Directive Habitats 1992

Non concerné.

Confusions possibles

Il arrive que les magnocaricaies soient en mélange avec d’autres habitats du bord des eaux tels que les mégaphorbiaies ou les phragmitaies, ou constituent la strate herbacée de certaines forêts ripariales, ce qui ne facilite pas leur analyse et leur identification. Elles peuvent aussi constituer des ceintures associées aux roselières localisées aux bords des étangs ou des cours d’eau.

Cependant, lorsque les peuplements de laîches sont relativement purs, en nappe ou en touradons homogènes, aucune confusion n’est possible.

Dynamique

La dynamique de ces habitats est souvent liée au niveau d’engorgement du sol par les inondations (fonction de la fréquence et de la durée d’immersion). En effet, certains Carex sont plus tolérants que d’autres à l’exondation. Les inondations prolongées bloquent souvent l’installation des espèces ligneuses dont très peu sont véritablement adaptées à ces conditions plutôt asphyxiantes.

Les fauches répétées et le drainage du sol favorisent l’apparition de prairies plus ou mois humides.

Lorsque le fonctionnement de l’hydrosystème ou de l’étang auquel les cariçaies sont associées n’est pas profondément modifié, ces dernières sont généralement stables.

Espèces indicatrices

[plante2] Carex acuta, Carex acutiformis, Carex disticha, Carex paniculata, Carex elata, Carex pseudocyperus, Carex riparia, Carex rostrata, Carex vesicaria
[plante1] Eleocharis palustris, Eleocharis uniglumis, *Euphorbia palustris, Filipendula ulmaria, Galium palustre, Iris pseudacorus, Lycopus europaeus, Lysimachia vulgaris, Lythrum salicaria, Mentha aquatica, Oenanthe fistulosa, Phalaris arundinacea, Rumex hydrolapathum, Scutellaria galericulata
[briophytes] Calliergonella cuspidata, Amblystegium riparium, Bryum pseudotriquetrum
[orthopteres] Conocephalus discolor, Conocephalus dorsalis, Pteronemobius heydenii, Ruspolia nitidula
[mollusques] Carychium minimum, Deroceras leave, Euconulus spp, Oxyloma elegans, Succinea putris, Vertigo moulinsiana, Vertigo antivertigo, Zonitoides nitidus

Valeur biologique

Les cariçaies en contexte alluvial jouent un rôle important de filtration et d’épuration des eaux lié à l’absorption racinaire des laîches. Elles sont aussi un lieu de vie et de chasse pour de nombreuses espèces animales et notamment les libellules qui se hissent à l’état larvaire le long des tiges de Carex pour muer et passer au stade d’adulte.

Les cariçaies sont relativement pauvres en espèces mais la présence de certains Carex peu communs à l’échelle de notre région, tels que Carex paniculata, C pseudocyperus ou encore de Carex rostrata, en peuplements denses présente un intérêt patrimonial.

Menaces

Toutes les modifications du régime hydrologique des cours d’eau (canalisation, barrage, drainage, pompage en rivière…), conduisant à régulariser et modifier les variations de débits et les inondations périodiques des cours d’eau, sont de nature à porter préjudice à la conservation de cet habitat naturel dont certaines déclinaisons ne supportent que très modérément les exondations.

Statut régional

Les communautés à grandes laîches sont relativement abondantes et disséminées de façon homogène en région Poitou-Charentes. Cet habitat peut couvrir des surfaces importantes.

 

Cladiaie (formations à Marisque)

Rédacteur : David Ollivier

Physionomie-écologie

La physionomie de cet habitat est très marquée par la présence abondante du Marisque, parfois monospécifique. Il s’agit d’une grande Cypéracée colonisatrice d’environ 2 à 3 mètres de haut, aux feuilles extrêmement coupantes, connue localement sous le nom de « rouchis ». Elle peut former un peuplement dense, pauvre en espèces végétales, la cladiaie (ou le « rouchis »). Il s’agit d’une espèce hygrophile, qui supporte mal les périodes d’exondation prolongées. Les cladiaies occupent les dépressions humides, les fonds de vallées, les bords de cours d’eau et les milieux alluviaux gorgés d’eau. Elles peuvent se développer à la surface des eaux lorsqu’elles sont peu profondes (moins de 1 mètre car les marisques doivent tout de même ancrer leurs racines dans le substrat) et forment alors un habitat flottant nommé aussi radeau ou tremblant. Sous leurs formes terrestres, les cladiaies peuvent coloniser d’autres habitats naturels tourbeux ou minéraux associés, plutôt alcalins, voire légèrement acides, notamment des bas-marais alcalins, des phragmitaies, certaines magnocariçaies ou encore des prairies humides tourbeuses ou paratourbeuses à Molinie.

Les peuplements denses de Marisque, de composition floristique relativement peu diversifiée, semblent en revanche être favorables à une forte diversité des espèces animales et notamment de l’entomofaune. Cette entomofaune est liée au tapis de litière épaisse qui se développe au pied des marisques.
Inversement, lorsque les cladiaies sont plus aérées, la diversité et l’originalité floristique sont généralement plus élevées au détriment de la diversité faunistique.

Cet habitat se caractérise par une certaine persistance hivernale des tiges aériennes sèches et donc par le maintien de sa structuration verticale.
Les cladiaies peuvent se développer en mélange avec d’autres espèces d’hélophytes et, notamment, avec des espèces du cortège des roselières telles que le Roseau Phragmites australis, le Scirpe des marais Schoenoplectus lacustris ou les Massettes (Typha sp.).

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF2004

  • PHRAGMITO AUSTRALIS – MAGNOCARICETEA ELATAE in Klika et Novak 1941
    • MAGNOCARICETALIA ELATAE Pignatti 1954 : communautés des sols riches en matière organique, à éléments fins, mésotrophes à eutrophes
      • Magnocaricion elatae Koch 1926

CORINE 1991

  • 53.31 Cladiaies des bas-marais alcalins, riches en espèces (cortège du CARICION DAVALLIANAE, ou du CARICION LASIOCARPAE)
  • 53.33 Cladiaies acidophiles riveraines, paucispécifiques (bords de rivières et d’étangs, cortège du PHRAGMITION)

Directive Habitats 1992

7210* – Marais calcaires à Cladium mariscus et espèces du Caricion davallianae (habitat prioritaire)

Confusions possibles

Il n’existe pas ou peu de confusion possible pour cet habitat. Il faut cependant faire attention à décrire les cladiaies sans oublier de caractériser le biotope associé ou colonisé par le Marisque. Ce dernier peut avoir en effet autant de valeur patrimoniale régionale, si ce n’est plus, que la cladiaie elle-même. Par exemple le Marisque peut coloniser les bas-marais alcalins, habitat à forte valeur patrimoniale. Le gestionnaire fera ensuite le choix de l’habitat à privilégier par la mise en œuvre d’une gestion adaptée. Les cladiaies que l’on observe dans les dépressions humides arrière-dunaires sont traitées dans le cadre des roselières et des cariçaies des lèdes (Fiche : Dépression humides arrière-dunaires).

Dynamique

Les cladiaies représentent un stade dynamique des bas-marais sur tourbe, principalement alcaline. Elles se développent sur sols basiques à neutres, éventuellement légèrement acides. L’importance des inondations (fréquence et durée) va conditionner l’évolution de cet habitat. Ainsi, au sein des stations les moins inondées, les cladiaies sont généralement moins denses et donc plus diversifiées. Lorsque les inondations sont plus répétées et prolongées, ce sont les espèces des roselières sur tourbe (PHRAGMITION COMMUNIS) qui persistent. Les cladiaies présentent alors une diversité floristique plus faible.

Lors du développement à la surface d’une eau peu profonde, les cladiaies conduisent à l’atterrissement de la mare ou de l’étang, par progression vers le centre, mais aussi vers le fond par épaississement du radeau formé par les racines. Une partie du radeau se trouve alors au dessus de la surface de l’eau. L’alimentation en eau de pluie du réseau flottant de racines conduit à une certaine acidification du milieu. La cladiaie évolue alors progressivement vers un groupement plus acidophile – la cariçaie de transition – dans laquelle les espèces acidophiles, ainsi que les buttes de sphaignes, peuvent se développer.

Comme pour les « cladiaies-radeaux », si l’alimentation en eau de pluie est importante, les cladiaies « terrestres » peuvent connaître une acidification du milieu qui permettra l’installation des sphaignes et des espèces des bas-marais et hauts-marais acides.
En revanche, si l’alimentation par les eaux de pluie est faible, les sphaignes ne pourront s’installer et la dynamique naturelle conduira au stade ultime d’une cladiaie dense. Celles-ci ont la particularité d’accumuler un important tapis de litière empêchant assez efficacement la germination. Dans ces conditions, les cladiaies sont relativement pauvres en espèces végétales, stables et leur boisement reste difficile.

La fauche peut faire réapparaître temporairement des espèces des bas-marais alcalins (CARICION DAVALLIANAE), avant la repousse assez rapide de la cladiaie (lorsque les fauches ne sont pas trop répétées).

Le boisement, lorsqu’il est possible, comme c’est le cas quand l’épaisse litière est dégradée par des passages répétés de grands mammifères, conduit aux fourrés ou bois tourbeux (saulaie à bourdaine, aulnaie marécageuse) ; dans ces conditions, le Marisque, espèce héliophile, régresse et peut finir par disparaître.
L’assèchement du milieu va remettre en cause la préservation de la cladiaie au profit d’espèces plus adaptées, alors que l’eutrophisation de l’eau va être favorable au Roseau commun au détriment du Marisque.

Espèces indicatrices

[plante2] *Anacamptis palustris, *Carex lasiocarpa, Carex lepidocarpa, Cladium mariscus, *Euphorbia palustris, Hydrocotyle vulgaris, *Lathyrus palustris, Lysimachia vulgaris, Lythrum salicaria, *Menyanthes trifoliata, Sanguisorba officinalis, Serratula tinctoria, Schoenoplectus tabernaemontani, Samolus valerandi, Schoenus nigricans, *Spiranthes aestivalis, *Thelypteris palustris
[plante1] Carex elata, Cirsium tuberosum, Frangula alnus, Juncus subnodulosus, Oenanthe lachenali, *Ranunculus lingua, Salix atrocinerea
[briophytes] Calliergonella cuspidata, Campylium stellatum, Drepanocladus lycopodioides
[oiseaux] Acrocephalus schoenobaenus, Circus aeruginosus
[mollusques] Carychium minimum, Deroceras laeve, Euconulus spp, Oxyloma elegans, Succinea putris, Vertigo antivertigo, Vertigo moulinsiana, Zonitoides nitidus
[orthopteres] Conocephalus discolor, Conocephalus dorsalis

Valeur biologique

Les cladiaies denses présentent un fort intérêt lié à la présence de certains insectes, araignées et mollusques (Vertigo sp.) originaux fréquentant le tapis de litière accumulée. Ce dernier engendre l’existence de conditions de vie très particulières qui permettent à des insectes méditerranéens et xéro-thermophiles de fréquenter des zones parfois éloignées de leur aire de répartition d’origine.

Les cladiaies ouvertes et aérées présentent un intérêt floristique plus marqué, mais entomologiquement plus faible. L’originalité floristique est liée bien souvent à l’habitat d’origine qui a été colonisé par le Marisque et qui présente une forte valeur patrimoniale régionale (bas-marais alcalin, par ex.).

Menaces

Cet habitat naturel a connu une forte régression au cours du XXème siècle sur le territoire national et au niveau européen. La cladiaie figure ainsi parmi les habitats menacés prioritaires sur la Directive Européenne pour la conservation des Habitats et de leurs espèces.

Tout ce qui porte atteinte à la qualité, la quantité d’eau et son écoulement naturel est néfaste à la conservation de cet habitat. C’est ainsi que les modifications des pratiques agricoles liées à leur intensification, les opérations de drainage (assèchement, altération de la qualité de l’eau), l’épandage d’engrais et de produits phytosanitaires (eutrophisation), le comblement par des remblais, les modifications du fonctionnement hydrologique des cours d’eau (canalisation, barrage…) ont conduit à la destruction et la raréfaction des cladiaies (formations à Marisque).

Dans les situations où le boisement est possible l’abandon d’entretien régulier par fauche peut être une cause de disparition de l’habitat par dynamique naturelle.


Statut régional

Dans la région Poitou-Charentes, ce type de milieu est rare et très disséminé, mais il peut localement couvrir des surfaces étendues (plusieurs dizaines d’hectares dans certains sites favorables).

Sites remarquables :

16 : Marais de Gensac

17 : Marais de l’Anglade

79 : Tourbière de Prin-Deyrançon

86 : Basse vallée de la Gartempe (St-Pierre-de-Maillé) ; tourbière des Régeasses, à Montmorillon