Conservation du Busard cendré en Poitou-Charentes

Conservation du Busard cendré en Poitou-Charentes

Les Busards, et en particulier le Busard cendré, sont des rapaces emblématiques de notre région. Autrefois cantonné aux landes et marais, une part importante de la population de Busard cendré installe aujourd’hui son nid dans les milieux cultivés, essentiellement les céréales à paille et les cultures fourragères, milieux de substitution de ses anciens biotopes. Les jeunes n‘étant jamais volants lors des fenaisons et rarement volants lors des moissons, ce nouvel habitat de nidification met en danger l’avenir de ce rapace migrateur.

Le contexte

Malgré la sauvegarde annuelle de centaines de nichées, les populations de Busards cendrés connaissent un déclin généralisé. La France, qui, avec la péninsule ibérique abrite plus de la moitié de la population ouest-européenne, détient une responsabilité importante pour la conservation de l’espèce. La protection du busard cendré, comme celle du Busard St-Martin, demande une implication particulièrement lourde des bénévoles pour repérer et protéger les jeunes menacés par les moissons.

L’avenir de ces espèces à long terme passe donc par une connaissance plus fine des mécanismes d’échanges de populations. Pour mieux connaître la dynamique des populations de busards et améliorer en conséquence nos actions de protection, un programme de marquage alaire des juvéniles de Busard cendré a été lancé en 2007 et doit se poursuivre sur plusieurs années.

Mieux connaître pour protéger efficacement

Le fonctionnement démographique du Busard cendré et les relations entre les différents noyaux de populations sont encore très mal connus. L’objectif premier de ce programme de marquage alaire, porté jusqu’à maintenant par un groupe de bénévoles et le CNRS de Chizé, est donc de caractériser les mécanismes de dispersion des jeunes. Les résultats permettront de mieux appréhender les déterminants de la dispersion (vigueur des oiseaux, sexe, rang dans la nichée…) ainsi que les mouvements (populations puits et populations sources, relations entre populations de milieux céréaliers et populations en milieu naturel…).
Des données sur l’hivernage des oiseaux sont également attendues, en complément des suivis par Balise Argos effectués en Hollande et en Espagne. Pour rendre possible le traitement statistique, il est primordial de recueillir un maximum de données. Le programme prévoit donc de marquer 5000 poussins sur deux saisons.

Un investissement bénévole conséquent

En 2007, des bagueurs ont été formés spécialement pour ces campagnes et ont marqué plus de 1500 poussins sur quelques sites pilotes déjà suivis actuellement. En 2008, année prévue de pic de pullulation des campagnols, il a été décidé de marquer 3000 poussins. Les zones habituellement peu suivies en milieu naturel ont été prospectées pour couvrir l’ensemble des conditions écologiques et permettre d’appréhender les échanges entre les différents milieux.

Pour assurer la réussite de ce projet, c’est une mobilisation sans précédent qui est demandée aux protecteurs. Les enjeux en terme de conservation justifient largement ce surplus temporaire d’activité. Les résultats attendus permettront également de définir de nouveaux modes d’actions. Le partenariat entre les naturalistes et scientifiques, déjà mis en œuvre pour l’enquête Rapaces, est également un intérêt majeur de cette campagne ; pour les Busards cendrés dans un premier temps, mais également à plus long terme pour de nombreuses espèces dépendantes des actions de protection.

Le site web http://www.busards.com, géré par des bénévoles, présente très concrètement les objectifs et les modalités de mise en œuvre de ce programme de marquage. Il sera le point de rendez-vous pour tous les acteurs investis dans ce projet durant les années à venir.

Un contexte régional particulier

La région Poitou-Charentes accueille la plus importante population française de Busard cendré. C’est une espèce en déclin à l’échelle nationale, qui abrite pourtant plus du tiers des effectifs ouest-européens. En Poitou-Charentes, plus de 90 % des effectifs nichent en milieu céréalier et sont soumis à une forte mortalité au moment des moissons ou des fauches. De ce fait, les Busards cendrés font l’objet d’un effort de conservation sans équivalent dans le monde animal en Europe (100 à 400 nids/an en Poitou-Charentes – 600 à 1000 nids/an en France).
Les clés de la conservation de l’espèce dans notre région reposent sur deux éléments parallèles : les échanges entre population et la gestion des milieux.
En effet la dispersion des juvéniles reste inconnue à grande échelle. Cette information est cependant cruciale pour la conservation de l’espèce. Elle devrait permettre de répondre à des questions aussi fondamentales que :
Quels sont les échanges au sein de la région ? La région Poitou-Charentes exporte-elle ou importe-t-elle des busards dans le reste de la France voire dans l’Europe ? Quelle pourrait être la méthode la plus efficace de protection des nids de Busards au regard des moyens disponibles ? Avec quelle périodicité protéger les nichées (tous les ans ou seulement lors des années pics de campagnols) et dans quels secteurs de notre région doit on concentrer nos efforts (partout, ZPS, milieux naturels) ?

C’est pourquoi un vaste programme de protection et de marquage des juvéniles de Busard cendré a été mis en place en 2008 à travers l’Europe. L’effort de recherche et de protection des nids doit être au moins doublé par rapport aux suivis habituels en région Poitou-Charentes, ce qui placera sa contribution au 1er rang en Europe. De nouveaux sites de surveillance sont donc proposés en Poitou-Charentes.
Cette action devrait conduire à protéger plus de 900 jeunes Busards cendrés en Poitou-Charentes et à découvrir précisément l’intérêt de nouveaux secteurs pour cette espèce.
Le contrôle des marques se fera tous les ans sur les sites de marquage, et à travers l’Europe et l’Afrique, avec une attention particulière pour les années 2010 et 2011, qui devraient voir nicher significativement le maximum des jeunes marqués. La phase de contrôle des marques s’étale principalement sur les 5 ans suivant le marquage. Les résultats principaux du programme seront publiés à la fin de cette période.
Les données seront analysées par le CNRS de Chizé et les coordinateurs nationaux du programme.

Un programme régional coordonné par Poitou-Charentes Nature

Sous l’impulsion du Groupe Ornithologique des Deux-Sèvres, Poitou-Charentes Nature a engagé en 2008 avec ses associations membres Charente Nature, la LPO Charente-Maritime et la LPO Vienne, grâce à l’aide de ses partenaires financiers (Conseil Régional Poitou-Charentes, fonds européens FEDER et DIREN Poitou-Charentes) et techniques (CEBC-CNRS de Chizé) un programme ambitieux de baguage.

ce programme est soutenu par :