Rédacteur : David Ollivier
Les roselières basses à moyennes sont des ceintures végétales situées au bord des cours d'eau ou des eaux dormantes. Composées de petits hélophytes généralement non graminoïdes, elles sont représentées par un ensemble de communautés végétales souvent dominées par une ou plusieurs espèces sociales qui leur confèrent leur apparence. Cet habitat est composé d'espèces héliophiles plus ou moins basses, généralement situées dans une zone de transition entre le milieu aquatique continuellement submergé par l'eau et le milieu terrestre ou parfois sur des sols hygromorphes. Il se développe souvent sur substrats vaseux à limoneux dans des eaux mésotrophes à eutrophes et se rencontre la plupart du temps en formation linéaire ou en petites nappes soit en mélange avec les roselières hautes (phragmitaie) soit en contact avec ces dernières. Ce type de roselière présente une grande variabilité en fonction des propriétés physico-chimiques de l'eau et du substrat au sein desquelles elles se développent. En effet, cet habitat se décline en 14 associations végétales et 4 alliances phytosociologiques. Ces différents types de roselière sont classés en fonction de l'espèce dominante et sont décrits sous la forme de communautés d'espèces :
Communautés des zones à nappe à faibles variations de niveau :
Communautés pionnières des bordures perturbées d'eaux calmes
Communautés des rives de fleuves et rivières
Communautés subhalophiles
PVF2004
PHRAGMITI AUSTRALIS-MAGNOCARICETEA ELATAE Klika in Klika et Novak 1949
PHRAGMITETALIA AUSTRALIS Koch 1926
Phragmition communis Koch 1926
Oenanthion aquaticae Hejny ex Neuhausl 1959
Phalaridion arundinaceae Kopecky 1961
SCIRPETALIA COMPACTI Hejny in Holub et al. 1967
Scirpion compacto-littoralis Rivas-Martinez 1980
CORINE 1991
53.14 Roselières basses à moyennes
53.15 Végétation à Glyceria maxima (GLYCERIETUM MAXIMAE)
53.16 Végétation à Phalaris arundinacea (PHALARIDETUM ARUNDINACEAE)
53.17 Végétation à scirpes halophiles (SCIRPION MARITIMI)
Cet habitat s'identifie facilement ce qui exclue toute confusion avec d'autres habitats. Cependant il peut parfois se rencontrer en mélange avec les roselières hautes à Phragmites australis (CB : 53.11) et former la strate inférieure de ces dernières.
D'autre part cet habitat, souvent présent en ruban le long des cours d'eau, peut se trouver pénétré par des espèces des prairies humides et des mégaphorbiaies voisines ce qui peut rendre l'identification plus difficile.
Dynamique
La dynamique naturelle va dépendre du maintien du régime hydrique des cours d'eau ou des étangs que ces roselières bordent. En effet, si la fréquence et l'importance des inondations diminuent, les conditions deviennent moins contraignantes pour d'autres espèces moins hygrophiles.
La dynamique progressive de cet habitat peut conduire à l'installation de grands hélophytes tels que les phragmites ou les massettes. Les formations à Grande Glycérie installées dans les fossés ou petits ruisseaux, laissent parfois la place à des cariçaies relativement pauvres semées de quelques saules.
![]() | Acorus calamus, Alisma lanceolatum, Alisma plantago aquatica, Bolboschoenus maritimus, Butomus umbellatus, Equisetum fluviatile, Glyceria maxima, *Hippuris vulgaris, Oenanthe aquatica, Phalaris arundinacea, Rorippa amphibia, Sagittaria sagittifolia, *Sium latifolium, Schoenoplectus tabernaemontani, *Scirpus triqueter, Sparganium emersum, Sparganium erectum ssp. erectum, Sparganium erectum ssp. neglectum, Veronica anagallis-aquatica |
![]() | Baldellia ranunculoides, Eleocharis palustris, Oenanthe fistulosa |
![]() | Fontinalis antipyretica, Octodiceras fontanum, Rhynchostegium riparioides |
Valeur biologique
Ce sont des habitats d'interface entre le milieu aquatique et le milieu terrestre qui ont une fonction importante dans le cycle annuel de développement d'insectes dont les larves sont aquatiques tels que les Odonates et les Ephémères. Elles peuvent être utilisées comme support de pontes par certaines espèces d'amphibiens et comme site d'alimentation et de reproduction pour la faune piscicole. Souvent résistantes aux pollutions et perturbations d'origines anthropiques, les roselières jouent un important rôle épurateur et dénitrifiant. Certaines de leurs espèces végétales structurantes présentes un caractère de rareté régionale marqué : Sium latifolium, Scirpus triqueter surtout et, à un moindre degré, Hippuris vulgaris, Schoenoplectus tabernaemontani ou Butomus umbellatus.
La simplification et les modifications - recalibrage, enrochements, bétonnage - apportées aux petits cours d'eau parfois considérés comme de « vulgaires fossés » portent gravement atteinte au maintien de ces habitats et ainsi au fonctionnement écologique global du cours d'eau et plus généralement des zones humides auxquelles ils appartiennent. D'autre part les modifications du régime hydrique des cours d'eau (prélèvements d'eau en période d'étiage), se traduisant par des kilomètres d'assec, ne sont pas pour favoriser le maintien de ces habitats qui vont être colonisés par des espèces moins hygrophiles plus compétitives. Par ailleurs, les faciès de l'habitat liés aux biotopes neufs ou perturbés - carrières inondées, fossés « nettoyés » - présentent une forte résilience à la pollution et aux brusques variations de milieux.
Dans la région Poitou-Charentes, ce type de milieu est assez rare à assez commun. Cependant le recalibrage des petits cours d'eau marqués par ailleurs par des assecs estivaux importants dans les secteurs à agriculture intensive sont à l'origine de la forte régression de ces habitats.