Rédacteur : Jean Terrisse
Géographiquement parlant, un estuaire correspond à la partie aval d'une vallée fluviale subissant le jeu des marées et, sur le plan écologique, à la zone où les eaux salées poussées par le flot rencontrent les - et se mélangent aux - eaux douces en provenance du bassin versant. Cette définition générale ne saurait suffire toutefois à préciser les limites exactes de l'habitat et, de fait, en fonction de critères différents - administratifs, hydrologiques, commerciaux - l'estuaire peut comprendre des enveloppes très différentes :
L'estuaire de la Seudre constitue le 3ème grand estuaire charentais : ses 25km en aval du barrage de Ribérou à Saujon, sont cependant soumis aux marées salées et appartiennent donc entièrement aux estuaires maritimes (fiche VASIERES ET ESTUAIRES).
PVF 2004
RUPPIETEA MARITIMAE J.Tüxen 1960
Végétation enracinée des eaux saumâtres eury- à polyhalines
POTAMETEA PECTINATI Klika & Novack 1941
Herbiers enracinés, vivaces, des eaux douces à subsaumâtres, mésotrophes à eutrophes, courantes à stagnantes
BIDENTETEA TRIPARTITAE Tüxen, Lohmeyer & Preising 1950
Végétation pionnière annuelle et hygrophile des sols enrichis en azote
COR 1991
Directive Habitats 1992 et Cahiers d'habitats
Le problème majeur vient de la distinction entre la partie maritime des estuaires (13.2) et l'habitat « Fleuves et rivières soumis à marée » (13.1). L'observation de la végétation riveraine constitue le moyen le plus pratique pour séparer les 2 secteurs : on reconnaîtra la partie maritime de l'estuaire à la présence sur les hautes slikkes et les schorres de végétations de prés salés (15.1, 15.2, 15.3, 15.6), la partie seulement saumâtre étant soulignée par la disparition d'espèces aussi significatives que l'Obione et l'Aster maritime et leur remplacement par divers types de roselières dont la plus spectaculaire est la phragmitaie saumâtre à Angélique des estuaires (de Rochefort à Taillebourg).
![]() | eau : Ceratophyllum demersum, Myriophyllum spicatum, Potamogeton nodosus, Potamogeton pectinatus berges : *Angelica heterocarpa, Apium graveolens, (Eleocharis bonariensis), *Oenanthe foucaudii, *Schoenoplectus triqueter |
![]() | eau : *Naias marina, Ruppia maritima, Sparganium emersum, Zanichellia pedicellata berges : Althaea officinalis, Bidens tripartita, Bolboschoenus maritimus, Calystegia sepium, Leersia oryzoides, Lythrum salicaria, Phalaris arundinacea, Phragmites australis, Polygonum hydropiper, Polygonum lapathifolum, Polygonum mite, Ranunculus sceleratus |
![]() | Ardea cinerea, Egretta garzetta, Larus argentatus, L.fuscus, L. marinus, L. michahellis, L. ridibundus, Phalacrocorax carbo |
![]() | Acipenser sturio, Anguilla anguilla, Alosa alosa, Alosa fallax, Dicentrarchus labrax, Gastereosteus aculeatus, Lampetra fluviatilis, Liza ramada, Osmerus eperlanus, Petromyzon marinus, Platichthys flesus, Pomatoschistus minutus, Salmo salar, Salmo trutta, Solea vulgaris, Sprattus sprattus, Syngnathus rostellatus |
![]() | Crangon crangon, Eriocheir sinensis (exotique), Palaemon longirostris |
![]() | Assiminea grayana (espèce exotique) |
Le déplacement du front de salinité par divers aménagements, la réduction de la remontée de l'onde de marée vers l'amont (construction de barrages) constituent les facteurs les plus perturbants pour l'habitat, de même que l'artificialisation des berges ou la pollution des eaux et des sédiments par les effluents en provenance du bassin versant.
Les estuaires constituent des lieux de haute productivité biologique : à l'origine de nombreuses chaînes alimentaires, ils constituent une zone d'alimentation et de reproduction cruciale pour de nombreuses espèces animales et végétales.
Au titre des premières, on retiendra surtout les poissons : la faune piscicole estuarienne, très variée, comprend à la fois des espèces autochtones comme la Gobie buhotte Potamoschistus minutus ou l'Epinoche Gastereosteus aculeatus, des espèces euryhalines (d'origine marine mais tolérant une légère dessalure) telles que la Sole, le Bar, l'Anchois (stades larvaires et juvéniles) et, surtout, des espèces amphihalines : il s'agit de poissons migrateurs qui effectuent une partie de leur cycle en eau douce et une autre en eau salée, le transit plus ou moins long par l'estuaire étant obligatoire. On oppose ainsi les poissons thalassotoques (qui se reproduisent en mer) tels l'Anguille et les poissons potamotoques (qui se reproduisent en eau douce), plus nombreux, tels que le Saumon atlantique, l'Alose feinte, la Grande Alose, la Lamproie marine, la Lamproie fluviatile et, bien sûr, l'Esturgeon d'Europe, le plus célèbre d'entre eux, malheureusement au bord de l'extinction (l'estuaire de la Gironde constitue la dernière population naturelle au monde de cette espèce).
Certaines des végétations latérales de l'estuaire - et sous la dépendance des facteurs écologiques de celui-ci - présentent également un intérêt considérable comme biotope exclusif d'espèces végétales endémiques : c'est le cas de l'Angélique des estuaires Angelica heterocarpa connue seulement des estuaires de la Loire, de la Charente, de la Gironde et de l'Adour, et de l'Oenanthe de Foucaud Oenanthe foucaudii, présent sur les estuaires de la Sèvre Niortaise, de la Charente et de la Gironde. Quant à la Glycérie de Foucaud Puccinellia foucaudii, elle est liée aux prés salés qui bordent la partie maritime de l'estuaire de la Charente.
Situés à l'interface entre milieu marin et cours d'eau fluviaux, les estuaires sont des lieux hautement prisés par l'Homme depuis des millénaires et de nombreux aménagements y ont été réalisés au fil des siècles : urbanisation sub-littorale, installations portuaires, endiguements… La navigation, marchande, halieutique ou touristique, parfois importante, peut avoir des effets directs (érosion des berges, pollution) ou indirects (dragages de chenaux de navigation) non négligeables. En tant que réceptacles des pollutions situées en amont, les estuaires sont d'autre part très sensibles à la qualité de la gestion de leur bassin versant. Enfin, de nombreuses activités récréatives - pêche, chasse, tourisme - y sont pratiquées, dont certaines peuvent modifier la physionomie de zones particulières (installation de carrelets, creusement de mares cynégétiques…).
17 : estuaire de la Charente (en amont de Rochefort), estuaire de la Gironde
Roselière saumâtre estuarienne aux environs de Rochefort : l'important marnage entre les hautes et les basses mers de vives-eaux atteint plusieurs mètres
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Deux Apiacées endémiques des estuaires franco-atlantiques