Rédacteur : Jean Terrisse
Les prés salés constituent un groupe d’habitats côtiers dont l’occupation est centrée sur l’étage médio-littoral (ou estran = zone de balancement des marées)) mais qui déborde en partie sur l’étage supra-littoral et peut même pénétrer sous certaines circonstances à plusieurs kilomètres à l’intérieur des terres loin de l’influence marine directe (marais endigués, prairies saumâtres, partie aval des estuaires). Classiquement, l’estran est divisé en 2 compartiments écologiques majeurs en fonction de la fréquence et de la durée des submersions par la mer :
Les marées, dont dépendent entièrement sur la côte atlantique les prés salés, correspondent à un phénomène périodique d’oscillation du niveau marin : au rythme biquotidien (2 marées par cycle de 24 heures) se superpose un rythme bimensuel, le marnage étant le plus important (les vives eaux) à la fois au moment de la pleine lune et lors de la nouvelle lune (syzygies). Le marnage, qui s’exprime par un coefficient s’étendant de 20 (mortes eaux) à 120 (vives eaux exceptionnelles) connaît par ailleurs son amplitude maximale au moment des équinoxes (mars et septembre) et son oscillation minimale lors des solstices.
Toutes ces variations au cours d’un cycle annuel sont évidemment fondamentales pour comprendre la zonation et l’agencement des communautés de prés salés, la nature et la granulométrie des sédiments - vases, sables, graviers, amas coquilliers - ne jouant finalement qu’un rôle secondaire.
En ce qui concerne l’étage supra-littoral, les apports de sel sont effectués à la fois par les vagues (côtes rocheuses basses) et par les embruns, les vents d’ouest fréquents projetant des aérosols à plusieurs centaines de mètres de la frange littorale (beaucoup plus lors des tempêtes « sèches », sans pluie, où le sel peut griller les bourgeons des arbres exposés au vent à plusieurs kilomètres du littoral).
Les types biologiques des végétaux structurants et, donc, la physionomie, sont très variables selon l’habitat élémentaire concerné - vivaces ou annuels, herbacés ou ligneux - et pas moins de 6 classes différentes de végétation (sur les 76 décrites en France) sont présentes :
La plupart des espèces végétales constituantes des prés salés sont des halophytes : cette appellation commode cache en fait une adaptation au sel des phanérogames très variable selon les espèces et les stades phénologiques : la germination des graines d’Aster tripolium est ainsi optimale en milieu salé mais certaines salicornes germent très bien en l’absence de sel ; durant la croissance, les taux de sels exigés/tolérés sont également très variables et ont amené à distinguer des halophytes strictes d’halophytes dites seulement préférantes.
Un trait morphologique commun à de nombreuses plantes de prés salés est par ailleurs la succulence de leurs organes végétatifs : rameaux charnus des salicornes, feuilles cylindriques des Suaeda. Cette adaptation qui génère un potentiel osmotique élevé permet à la plante de conserver un potentiel hydrique inférieur à la solution du sol et facilite son alimentation en eau.
![]() | Aster tripolium, Halimione portulacoides, Limonium vulgare, Salicornia ramosissima |
![]() | Anser anser, Anthus pratensis, Carduelis cannabina, Emberiza schoeniclus, Motacilla flava |
![]() | Hydrobia ventrosa, Leucophysia (Auriculinella) bidentata, Myosotella myosotis, Peringia ulvae |
![]() | Epacromius tergestinus |
Végétations pionnières annuelles des sols salés
Prés salés méditerranéens et thermo-atlantiques