Rédacteur : Jean Terrisse
Par opposition aux eaux courantes, les eaux calmes (ou stagnantes, ou dormantes) sont caractérisées par un écoulement nul ou très faible et une rétention plus ou moins longue dans des systèmes semi fermés ; du fait de ce « piégeage » temporaire, elles présentent une certaine autonomie vis-à-vis du bassin versant et favorisent par là même le stockage et/ou le recyclage de la matière organique et des éléments nutritifs. La typologie principale de ces milieux s’appuie avant tout sur leur taille et leur morphologie ; parmi les types classiquement retenus, seuls les suivants sont présents dans la région : les mares, de petite taille et peu profondes, les étangs, plus grands et plus profonds mais pas suffisamment pour posséder la stratification thermique (alternance de couches froides et chaudes) typique des lacs, les réservoirs ou lacs de barrages, avec généralement un marnage des eaux important, les bras morts abandonnés et les fossés et canaux des marais (ces derniers présentant un léger courant qui les situe aux frontières entre les eaux dormantes et les eaux courantes). Les étangs de carrières et gravières abandonnées, les bassins de décantation des autoroutes et les mares DFCI (Défense Contre les Incendies) constituent d’autres types, d’origine entièrement anthropique, mais qui peuvent, sous certaines conditions, revêtir une grande importance biologique.
La qualité des eaux est également un facteur essentiel de différenciation : on distingue ainsi les eaux oligotrophes, mésotrophes ou eutrophes, selon qu’elles sont peu, moyennement ou fortement chargées en éléments nutritifs, les eaux dystrophes désignant un type particulier où s’accumulent les acides humiques. Quant aux eaux hypertrophes, elles représentent une modalité extrême des eaux eutrophes sous l’influence d’un apport massif de nutriments.
Différents autres facteurs sont également pris en compte pour définir la variabilité des principaux types : le type d’alimentation (pluie, source…), le profil des berges et la morphologie des fonds, l’éclairement, la granulométrie et la nature des sédiments, la minéralisation et le pH des eaux, le type d’utilisation (loisirs, pisciculture..) etc.
La diversité végétale des eaux calmes est très variable selon la nature du milieu concerné mais peut être très élevée. Elle se caractérise souvent par la juxtaposition de nombreux groupes taxonomiques - characées, algues, bryophytes, fougères, phanérogames - qui peuvent coexister dans des communautés complexes. La plupart de ces végétaux présentent des adaptations particulières au milieu aquatique qui sont résumées dans différents types écomorphologiques :
les hydrophytes, qui comprennent les plantes aquatiques au sens strict, sont les plus diversifiées : elles peuvent être enracinées et totalement submergées, enracinées et possédant à la fois des feuilles submergées et des feuilles flottantes ou enracinées mais ne développant que des feuilles flottantes ; les pleustophytes sont des végétaux flottant librement (lentilles d’eau) alors que les amphiphytes ont une partie de leur appareil végétatif immergé mais se reproduisent hors du milieu aquatique. Chez les hélophytes enfin, l’essentiel de l’appareil végétatif est aérien mais il existe une tolérance à une immersion partielle plus ou moins prolongée.
En ce qui concerne la faune, les eaux calmes présentent une grande importance pour certains groupes de Vertébrés : plusieurs amphibiens s’y reproduisent, notamment dans les milieux de faible surface (mares, étangs) où sont en général absents les poissons prédateurs ; certaines familles de Poissons sont également bien représentées dans ces milieux, ce qui a donné lieu depuis des siècles à différents types d’aménagements destinés à valoriser la production piscicole ; les oiseaux d’eau utilisent aussi les eaux dormantes lors de diverses phases de leur cycle annuel : reproduction, alimentation, refuge, hivernage…
Parmi les Invertébrés, le groupe des Odonates est un de ceux les plus liés à ce groupe d’habitat puisque pas moins de 33 espèces de libellules sont inféodées, dans la région, à un faciès ou l’autre des eaux calmes et 9 autres s’y rencontrent occasionnellement, soit 63% des 67 espèces recensées en Poitou-Charentes.
![]() | Mitrula paludosa |
![]() | Anas platyrhynchos, Fulica atra, Gallinula chloropus, Podiceps cristatus, Tachybaptus ruficollis |
![]() | Perca fluviatilis, Tinca tinca |
![]() | Rana ridibunda |
![]() | Emys orbicularis, Natrix maura, Natrix natrix |
![]() | Aeshna affinis, Crocothemis erythraea, Ischnura elegans, Libellula quadrimaculata |
| Anodonta cygnea, Planorbius corneus |
![]() | Arvicola sapidus, Lutra lutra, Myocastor coypus, Myotis daubentoni |
Deux aspect de l’habitat "Eaux calmes"
Dépression en marais arrière-littoral, peu profonde et s’asséchant en été, couverte de renoncules aquatiques (17).
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